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08 Jun

09 juin 1795

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Louis XVII

Tous était très net

Dès le début de la séance, croit-on, un peu après 10H, par conséquent, le député Sevestre, du Comité de Sûreté Générale, apprit officiellement à la Convention la mort du fils de Capet: son court rapport est au "moniteur"

A 11H

Quatre docteurs, Pelletan, chirurgien en chef du grand hospice de l'Humanité, Dumangin, médecin en chef de l'hospice de l'Unité, Jeanroy, professeur à l'Ecole de médecine et Lassus, professeur de médecine légale à l'Ecole de santé, arrivèrent au Temple pour procéder à l'autopsie du cadavre; les deux premiers avaient donné des soins au petit malade depuis quelques jours

C'étaient quatre savants d'une honorabilité indiscutable; ils ne certifièrent pas, il est vrai, que le corps qu'on leur présentait était bien celui du Dauphin, mais ils n'avaient pas à le certifier: ils reconnurent simplement qu'on les mettait en présence du cadavre d'un enfant qui leur parut âgé d'environ 10 ans et qu'on leur dit être celui du fils de défunt Louis Capet

C'est là, assure-t-on, la formule ordinaire de tous les certificats d'autopsie

Notons aussi que le fils de Louis XVI, né en mars 1785, devait avoir, au moment de scier le crâne pour examiner le cerveau, raser une partie de sa chevelure; le commissaire Damont, présent à l'opération, demanda à Pelletan et obtint de lui une boucle de chevaux de l'enfant qu'il désirait conserver

il la plia dans un fragment de journal qu'il mit aussitôt dans sa poche

pour lui-même Pelletan, profitant d'un instant d'inattention de ses confrères, roula le coeur du mort dans une serviette et le dissimula dans sa redingote; puis il remit en place les débris du corps, rajusta la calotte du crâne et enveloppa toute la tête "d'un linge ou mouchoir, ou peut-être d'un bonnet de coton, fixé au-dessous du menton ou de la nuque, comme il se pratique en pareil cas"

 

16H 30

L'autopsie commencée à 11H du matin était terminée le même jour, à 16H 30

C'est donc pendant le travail des médecins que se présenta, à midi, le citoyen Darlot, commissaire civil de la section de la Réunion, venu pour prendre son tour de service, au lieu et place du citoyen Darmont, dont les 24 heures de garde étaient écoulées

Néanmoins, en raison des circonstances, Damont, prolongeant sa fraction, resta au Temple tout le reste de la journée du 9 et toute la journée du 10

Ces dates et ces faits sont incontestables

Ils ressortent de procès-verbaux ou de rapports que nul n'a eu intérêt à falsifier et qui se contrôlent d'ailleurs l'un par l'autre; pourtant se place ici un incident qui prête à discussion

Le Comité de Sûreté Générale adresse une lettre aux commissaires chargés de la garde du Temple, dont le post-criptum reflète cet état d'esprit:

"La Convention Nationale s'étant trouvé séparée à la réception de votre lettre, le Comité n'a pu lui faire part de l'évènement que vous lui annoncés, il en rendra compte demain"

Dans la soirée, le citoyen Bourguignon, un des secrétaires du Comité de Sûreté Générale se rend au Temple pour vérifications sur l'ordre de Gauthier, membre de ce Comité

L'évènement est, toujours, ignoré de la population, car les autorités de l'Etat ne semblent pas y attacher une grande importance

Damont, 22 ans plus tard, a parlé d'une visite qui firent au Temple quatre membres de la Convention

Damont est un pâtissier, Président de sa Section, ne se doutait pas que sa garde au Temple se prolongerait plusieurs jours, et qu'il assisterait à l'autopsie du corps de l'enfant

"Après avoir vu l'enfant, ils dirent qu'il ne fallait pas mettre tant d'importance, qu'on l'enterrerait tout simplement"

Quelqu'un fit observer aux députés "que la garde qui entourait la tour ne laisserait pas sortir la bière sans en faire l'ouverture, qu'il valait mieux avant midi, faire monter les officiers et leur faire voir l'enfant, ce qui fut exécuté et répété, après-midi, par la garde montante, au nombre d'une vingtaine; et on leur fit à tous la question s'ils reconnaissaient l'enfant pour être le Dauphin; la majeure partie attestèrent le reconnaître pour l'avoir vu dans le jardin des Tuileries et ailleurs; ils laissèrent sortir librement le convoi qui fur conduit à Sainte-Marguerite..."

Il est établi aujourd'hui que cette reconnaissance multiple eut lieu non l'après-midi mais dans la nuit du 9 au 10 juin

or à ce moment-là, l'autopsie était terminée depuis six ou sept heures, et les officiers qui furent appelés à défiler devant la dépouille de l'enfant, ne purent apercevoir qu'un cadavre dépecé, recousu, rapiécé, scalpé, rasé, ayant d'ailleurs, comme le dit Pelletan "toute la tête enveloppée d'un linge, fixé au-dessous du menton ou de la nuque"

Ceux qui, en de telles conditions, reconnurent le Dauphin pour l'avoir aperçu, trois ans auparavant, jouant aux Tuileries, y mettaient certainement une extrême complaisance

Cette fameuse confrontation, dont Chantelauze et La Sicotière, jadis, ont fait si grand état, réduite à sa valeur, ne nous apprend plus qu'une chose: c'est la facilité avec laquelle on obtient, de témoins dociles, insouciants ou poltrons, les déclarations le plus fantaisistes

 

La bière de bois blanc sortit donc du Temple sans difficultés et fut "portée par quatre hommes, se relayant deux à deux, et escortée par huit soldats commandés par un sergent" jusqu'au cimetière Sainte Marguerite

 

21H

Elle fut enterrée là, vers 21 heures, près de la fosse commune, non loin du mur

on plaça un factionnaire près de la fosse et un autre à la porte du cimetière

Une des nuits suivantes, le fossoyeur Bertrancourt, qui habitait la petite maison encore aujourd'hui située dans le cimetière même, retira le cerceuil de la fosse où il l'avait placé et l'enfouit dans un trou qu'il creusa, à l'autre extrémité de l'enclos, au pied d'un des piliers de l'église

il fit confidence de cette inhumation clandestine à sa femme et à son ami le bedeau Decouflet, qui le répétèrent, Bertrancourt étant mort, lors de la Restauration

Ce n'est pourtant qu'en 1846 qu'on eut la curiosité d'y regarder, et cette première fouille fut due à l'initiative de M. Haumet, curé de Sainte Marguerite

En quelques coups de pioche, à l'endroit désigné, on découvrit un cercueil, un très vieux cercueil de plomb ! Ce qui surprit

Comme il n'était pas invraisemblable qu'en 1795 le fossoyeur Bertrancourt en changeant le petit cadavre de fosse, l'eût placé dans un cercueil de plomb que son état lui permettait de se procurer facilement, M. Haumet fit porter ce cercueil à son presbytère, où on l'ouvrit; le docteur Milcent, ami du curé, se chargea d'examiner es ossements qu'on y trouva; il conclut qu'ils avaient appartenu à un sujet fort jeune, qu'ils portaient tous un cachet particulier de faiblesse, de gracilité, de longueur disproportionnée qu'on remarque chez les personnes d'une constitution débile, scrofuleuse, ou qui ont vécu dans de mauvaises conditions hygiéniques

Il reconnut la calotte du crâne sciée et remise en place

il ne pouvait y avoir doute; on était bien là en présence des restes de l'enfant mort et autopsié au Temple, inhumé à Sainte Marguerite, non loin du mur, et transféré par Bertrancourt à la place où l'on venait de le découvrir

 

La chose, pourtant, fut gardée a peu près secrète: 40 ans plus tard seulement, Chantelauze en avait connaissance et publiait le procès-verbal du docteur Milcent en poussant un cri de victoire:

"Louis XVII est bien mort au Temple, puisqu'on a retrouvé son corps, en 1846, à Sainte Marguerite !"

 

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