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04 Jan

04 janvier 1793

Publié par Louis XVI

Copenhague

Secours donnés par le prince royal du Danemark à un vaisseau français échoué

Hambourg

Mécontentement des habitants du Holstein

Liège

Nomination des représentants de cette ville à la convention nationale

FRANCE

Paris

Discours du citoyen Reybas, ministre de Genève, à sa présentation

Littérature

Analyse de la comédie de Laya, intitulée: L'Ami des lois

Séance du 4 janvier.Présidence de Monestier.

Après la lecture du procès-verbal et de la correspondance, le président annonce une lettre d'un chef d'un des bureaux de la guerre. On en donne lecture; celui qui l'écrit fait !e tableau du dénuement absolu où se trouvent nos armées; il ne croit pas pouvoir mieux s'adresser qu'à la société pour fournir aux besoins de nos soldats; il compte sur la générosité des Jacobins, il espère qu'ils seront aussi généreux que la société de Bordeaux, et qu'ils donneront des couvertures aux défenseurs de la patrie. Un citoyen observe qu'il serait peut-être plus utile de consacrer à l'entretien de nos soldats les sommes considérables que l'on destine à la fabrication des nouvelles tribunes. Cette proposition parait suspecte et est écartée par la question préalable.

Il s'élève une très-longue et très-chaude discussion sur les journalistes. .;

C... t Qui de vous n'est pas surpris de l'audace du rédacteur du Journal des Débats, que nous avons chassé du temple de la liberté? Quoi, ce perfide rédacteur, malgré notre défense formelle , malgré sa publique expulsion, continue toujours son infâme journal! Est-il possible de concevoir un homme plus audacieux? Comment ce folliculaire peut-il connaître nos discussions, et donner quelquefois nos discours tels que nous les avons prononcés? Ceci est invraisemblable. Cependant, ne serait-il pas vraisemblable que ce libelliste aurait ici parmi nous des membres gangrénés et vendus, qui lui rapporteraient tout ce que nous disons ? Si cela est vrai, pourquoi tarde-t-on si long-temps à procéder au scrutin épuratoire qui doit exclure de notre sein, l'alliage impur des brissotins, des rolandistes et surtout les partisans de la faction de la Gironde, qui est enfin démasquée? Mais ne serait-il pas plus croyable que, parmi le peu de journalistes auxquels nous permettons de publier nos séances, il s'en trouvât quelques-uns qui se soient parés du masque du patriotisme pour nous séduirè, et qui trahissent ensuite la cause des Jacobins, pour révéler aux journalistes chassés tout ce qui se passe ici? S'il en était ainsi, Jacobins, soyez inflexibles, et chassez du sanctuaire de la liberté ce reste impur d'écrivains soudoyés par Roland et Brissot. ( Applaudi. )

» Je suis d'autant plus fondé à croire que les journalistes que nous admettons encore ici, quoique en petit nombre, révèlent dès le soir ce que nous disons et ce que nous faisons, que nous voyons Gorsas et la Chronique de Paris amuser le public dès le lendemain matin avec la séance de la veille. Or, pour cela il faut que Gorsas et Millin aient des intelligences avec des brissotins de la société. Donc je conclus que pour plus grande sûreté nous devons chasser sur-le-champ les journalistes qui se trouvent ici;leur présence ne peut qu'être funeste à la société, et nous devons éviter tout ce qui peut compromettre nos principes. (Applaudissemens très-vifs. )

(A la porte! à la porte! s'écrie-t-on dans les tribunes; il faut chasser tous les journalistes, ce sont des brissotins.)

La même scène qui a eu lieu à notre égard allait se renouveler , et tous nos confrères allaient être forcés de s'exiler du temple de la liberté, lorsqu'un membre s'est efforcé de modérer le bouillant patriotisme des ennemis des journalistes, en disant: « Citoyens, nous pouvons être prudens sans être injustes ; il ne faut pas qu'une société d'hommes sages déclarent la guerre à quelques écrivains paisibles, qui viennent ici recueillir vos sages discussions. ( Murmures. ) Lorsque vous avez cru devoir fermer l'entrée de votre salle au rédacteur du Journal des Débats, vous ne crûtes pas devoir faire partager sa disgrace à tous les autres journalistes; qui a pu vous faire changer d'opinion ? que vous ont fait ces écrivains, que l'on calomnie? (Murmures. ) A-t-on quelques reproches à leur faire? Il faut les leur adresser, la société en jugera, mais s'ils n'ont point prévariqué, je crois qu'il serait injuste de les proscrire. » ( Murmures. — Qu'on les chasse, point de graces ! s'écrie-t-on.)

Moenne. « J'aperçois ici un grand nombre de personnes qui prennent des notes; cela me paraît suspect. Il faut savoir pour qui sont ces notes? »

— Ici les censeurs interrogent les journalistes, qui déclinent le nom de leur journal.

« Le nombre de journalistes est trop grand; qu'avons-nous besoin que le public apprenne ce qui se passe ici? Un seul journal suffit, c'est le journal de Milcent Créole, c'est là un journal excellent , admirable, c'est le seul que puissent avouer les Jacobins: il est bien malheureux que ce journal ne soit pas répandu dans la République; si le peuple était curieux de connaître la vérité, il ne lirait que le journal de Milcent; tous les autres sont pitoyables; Milcent seul est à la hauteur des Jacobins. Je demande en conséquence que l'on chasse d'ici tous les écrivains qui n'on»^

assez d'esprit pour s'élever à la hauteur de la société, et que Milcent seul soit conservé. » (Applaudi.)

C « J'appuie la motion du préopinant avec autant plus de

fondement que tous les journalistes sont vendus à la liste civile de Roland. On avait lieu de croire que l'expulsion dn rédacteur de vos Débats rendrait à la raison et à la justice cette foule de folliculaires qui se nourrissent de la substance du peuple. Mais nous nous sommes cruellement trompés : les journaux n'ont point changé , ils sont toujours infectés du virus brissotique,t et je crois que tous ces libellistes mourront tous dans l'impénitence finale. Il n'en est aucun qui ne se moque de nous, qui ne tourne Marat en ridicule, et les meilleurs appuis de la société. Ils ne valent pas mieux que le rédacteur du journal de vos débats. En conséquence je demande qu'on les chasse tous, en exceptant pourtant le patriote Milcent, qui, encore bien qu'il ne soit pas très-connu, n'en est pas moins le meilleur de tous les journalistes. >

Desfieux. t Je crois qu'il est un tempérament que l'on peut adopter, et qui peut concilier toutes les opinions. Il faut établir un bureau de censeurs pour examiner les productions des journalistes. >

C... e Comment peut-on proposer de recréer les censeurs royaux dans un pays libre? > ( Murmures violens. )

Desfieux. « On parle de censeurs royaux, il ne s'agit pas de cela, il s'agit de censeurs créés par la société, cela est bien différent. (Applaudi.) Ces censeurs seraient chargés de l'examen et de la critique de tous les journaux. Chaque journaliste serait obligé de remettre son journal à la censure du corps des censeurs , qui examineraient bien scrupuleusement s'il ne s'y trouve rien qui annonce le brissotisme, le rolandisme, le buzotisme ou le girondisme. Dans le cas où le journal serait infecté de quelques erreurs, ou ne serait pas favorable aux Jacobins, on interdirait au journaliste la faculté de faire le journal des Jacobins, et on le chasserait ignominieusement. Si au contraire. le journj était à la louange des Jacobins, les censeurs donneraient

leur approbation, et le journaliste aurait le privilége de continuer; on lui donnerait même une carte qui constaterait le titre qui lui serait donné d'excellent journaliste et d'écrivain patriote. Voilà, citoyens, le seul moyen d'éviter l'influence de Roland, de Brissot et de sa faction. Au moins, de cette manière, nous serons sûrs d'avoir aussi nos écrivains. Ne croyez pas que les écrivains amis de la liberté des opinions soient effarouchés à l'aspect de nos censeurs. Non, les censeurs n'effraieront que les brissotins ; mais la censure n'a rien d'effrayant pour un vrai jacobin. ( Applaudi.)

» Il est fâcheux que le rédacteur du Journal des Débats ait trouvé le secret de savoir tout ce que nous disons sans venir ici; cet infâme échappera à la censure, mais au moins les autres n'y échapperont pas. Je demande que les comités réunis remplissent les fonctions de censeurs des journalistes. ( Applaudissement très-vifs. )

La société arrête qu'à l'avenir aucun journaliste n'aura le droit de publier ses séances, si préalablement il ne soumet son journal à l'examen des censeurs qn'elle nomme à cet effet.

» Les censeurs seront spécialement chargés de censurer toute espèce de proposition brissotine, rolandiste, girondiste ou buzotiste. Et après quelques corrections fraternelles, ils chasseront tous les écrivains qui ne seront pas à la hauteur des Jacobins. » (Applaudi. )

Couppé de l'Oise fait le récit de ce qui s'esr. passé à la Convention. Fabre d'Églantine lui succède à la tribune. Il parle de la dénonciation de Gasparin contre Vergniaud et ses amis. Il termine ainsi: « Gensonné nous a fait pressentir qu'on trouverait sans doute à Ville-d'Avrai le mémoire qui doit faire leur éloge. Une chose digne d'être connue, c'est que David a déclaré que Boze lui avait dit qu'il ne dormait plus la nuit, et qu'il tremblait le jour, dans la crainte que ce mémoire ne fût trouvé. Or, cet aveu de Boze est de la plus haute importance, parce que , puisqu'on dit que le mémoire doit se retrouver, il importe qu'on l'examine scrupuleusement, afin de savoir s'il peut être présumé le même que celui qui a été présenté à Louis XVI. »

Boisset. « Depuis long-temps nous ayons soupçonné une faction de Girondistes; nos soupçons se changent en preuves aujourd'hui. La faction de la Gironde est démasquée; les infâmes Guadet, Vergniaud et Gensonné sont coupables d'incivisme, de haute trahison. (Applaudi.) Oui, oui, s'écrie-t-on de toutes parts, ils ont voulu réaliser en eux le triumvirat dont ils ont accusé les trois meilleurs patriotes de la République. Ils ne peuvent se laver du crime dont ils se font rendus coupables; ces scélérats ont voulu se rendre médiateurs entre le peuple et le tyran; ils ont voulu faire une négociation entre les scélérats de la cour et le peuple, qui ne leur avait donné aucun pouvoir. II faut que l'on se hâte de punir ces lâches conspirateurs, ces vils suppôtsdu despotisme. (Applaudi.) Tous les bons citoyens doivent donc se réunir pour hâter le supplice de Guadet, Vergniaud et Gensonné. (Applaudi.)

> Gensonné a fait sentir la possibilité de retrouver ce mémoire; oui sans doute il se retrouvera, et voici comment : les Girondins vont faire un mémoire rédigé dans de bons principes, et Roland sera chargé de réunir avec les papiers de Ville-d'Avray; ainsi il leur est impossible de se justifier ; ce sont des scélérats, il faut qu'ils soient punis. (Oui, oui, s'écrie-t-on de tous côtés.) Je conclus à ce que l'on prenne tous les moyens possibles pour que la faction de la Gironde ne puisse faire un mémoire, et le renfermer avec les papiers de Thierry pour tromper la République. » (Applaudissemens très-vifs.)

Moenne. « Un fait qu'il importe de faire connaître c'est que, lorsque Roze a été arrêté, on l'a trouvé tête à tête avec un Marseillais mal famé, avec un de ceux qui se sont déclarés ennemis de Marat et de Robespierre.

» Roze, après avoir été médiateur entre le roi et le peuple, ne voudrait-il point être médiateur entre le peuple et Barbaroux? (Mouvemens d'indignation contre Rarbaroux.) Il est de la faction de la Gironde, s'écrie-t-on ; c'est un Girondiste. »

Dufourni. « Hier, plusieurs patriotes ont eu une conférence très-animée avec le citoyen Roze; nous lui fîmes entendre qu'il n'avait d'autre parti à prendre que de dévoiler les projets de la

faction de la Gironde. Je lui dis : Mon ami, vous voyez bien que les complots des Girondistes sont manifestes ; vous pouvez rendre un service à la patrie en convenant de la vérité des faits. Boze parut embarrassé, et cependant il soutint qu'il avait dit tout ce qu'il savait; c'est alors que David lui parla avec toute l'énergie d'un artiste, et lui reprocha sa perfidie. Je finis par une observation très-importante. Il fut question dans le mémoire des Girondistes de nommer un gouverneur au prince royal ; il était question de lui nommer un homme qui eût beaucoup de popularité ; Pétion fut alors désigné publiquement. Alors il serait vraisembable qu'il est de la faction; alors on explique aisément comment Pétion changea tout-à-coup. On vit en effet dans ce temps son patriotisme diminuer de jour en jour, et il a toujours été en décroissant; c'est que Pétion espérait d'être gouverneur du prince royal et espérait aussi gouverner l'état : voilà ce qui sans doute l'a fait changer. Je soumets cette observation à la société. »

La lecture du procès-verbal de la séance d'hier ramène la discussion sur le citoyen Boze.

Laplanche demande qu'il ait à s'expliquer sur ce qu'a dit David à la Convention sur ses craintes.

Boze. « J'ai dit à David qu'il me tardait infiniment que l'on trouvât le mémoire afin qu'on vît la vérité; je ne lui ai dit que ces deux mots, il paraît qu'il ne m'a point entendu. » Boze lit ensuite la réponse au mémoire. Monestier. t Gomment as-tu pu te procurer cette réponse, dont l'original a été déposé sur le bureau de la Convention? >

Boze. « Gensonné en avait pris connaissance dans le temps, et il me l'a communiquée. >

David. » Je vous demandai comment ce mémoire ne se trouvait pas; vous me répondîtes que vous en étiez étonné et que vous ne dormiez pas la nuit, et que vous trembliez le jour dans la crainte qu'il ne fût retrouvé. Comme j'étais seul et que. j'étais bien aise d'avoir des témoins, je cherchai à vous entraîner dans un comité où je ne pus vous rien arracher; alors je vous dis que jevous avais jusqu'alors estimé, mais que dès ce moment je vous méprisai. »

Jioze. t David a cru que dans un comité je dirais plus qu'à la Convention ; je ne puis dire que ce que je sais, et ce que je dis est la vérité. »

Moenne. « Prieur vous dit : Vous deviez craindre que le mémoire ne se trouvât, et, dans ce cas, vo^us étiez impliqué dans une mauvaise affaire ; alors vous répondîtes ce qu'a dit David. >

David, t II est bien singulier que Boze, pour sauver son pays, se soit adressé au roi. Quand Sevrem, peintre connu, voulut sauver son pays, il n'alla pas trouver Tarquin, mais Brutus. Vous avez déshonoré les arts, vous êtes plus bas-qu'un esclave. Je demande que vous soyez chassé d'ici. >

Après une longue discussion et plusieurs interrogations faites au citoyen Boze , on lui annonce qu'il peut sortir pendant qu'on va délibérer sur lui ; à peine est-il hors de la salle que sa radiation est arrêtée à l'unanimité.

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