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04 May

05 mai 1789: La Gazette Nationale ou le Moniteur Universel

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Infos

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ÉTATS-GÉNÉRAUX.

PREMIERE SEANCE.

Du 5 ma» I789 (I).

 

Conformément à la proclamation du roi, les députés (2) se sont rendus en costume à la salle des Etats(3), vers neuf heures du matin.

 

Ils ne purent néanmoins y entrer qu'à mesure qu'ils étaient appelés par les hérauts d'armes ; et le maître des cérémonies indiquait à chacun la place qu'il devait occuper, suivant l'ordre auquel il appartenait, et le rang de son bailliage, d'après le réglement de I6I4.

Pendant le temps que dura cet appel, une partie des députés resta pressée dans un corridor étroit et obscur, ce qui contribuaà augmenter la confusion de cette formalité fatigante.

Plusieurs députés protestaient contre l'appel de leur bailliage, attendu que leur tour avait élé avancé ou reculé, et refusaient de se placer. Ces réclamations prolongèrent la durée de ces préliminaires fastidieux.

L'on appelle le bailliage de Villers-Cottercts; le député du clergé est un curé à portion congrue; le député de la noblesse est Mgr. le duc d'Orleans. Le curé voulut faire entrer Mgr. le duc d'Orléans avant lui. Celui-ci refusa; à peine parut-il dans la salle qu'elle retentit d'applaudissements et des cris vive Mgr. le duc d'Orléans.'

fi La publication de le Gazette nationale ou le Moniteur unionsel ne dale pas, ainsi qu'on pourrait le croire, du a mai i.(o; a celle époque, aucune reaitle publique ne pouvait paraitre qu'autant qu'eile y avait été autorisée par une permission expresse du roi et II n'y avait guère que le Journat de Paris et lo Mercure de France qui eussent ce privilège.  

Le Moniteur ne parut pour le premicro fols que le si novembre suivant. Sa forme fut toujours le même; mais lesc(bats des trois ordres aux Ëtats Géneraux et do l'Assemblée nationale y furent negliges pendant ies trois premiers mois de cetle publication; on s'y était borne a les donner au public en forme de uotice très resuinco et souvent Imparfaile; ce ne fut que le s février iroo que les séances «ie le Constituante prirent, par le réunion au Moniteur au Bulletin de VAssembtée nationale, la forme dramatique et lo développement «ju'on leur a longlemps co. serves.

Plus tard [en i'an IV de le république', on fit romouter l'impression du Moniteur au jour de l'ouverture des Etals.Generaux, et a cet éffet on publ,a 71 nouveaux numéros où les séances se trouvent reproduiles à peu près comme el'es l'avalent élè dans le Buttetin; on y ajouta un resumo des principaux événements qui marquèrent le commencement de la Révolution.

On remarquera que ces 71 numéros complementaires du Moniteur ne sont pas affectés chacun à un soul Jour, à une seulo séance; presque tous embrassent 4 ou u Jours et autant de séances; plusieurs eo contiennent même davantage, en sorle que cas 71 numéros représenlent l'équivalent de 299 Monileurs quotidiens.

C'est que le Bulletin de l'Assemblée nationale lui-même no conlenait d'abord «lu 'un résumé très succinct de ce qui avait pu se dire dans les trois ordres et ensuile dans l'Assemblée, et II fut Impossible de suppléer à ce laconisme par le défaut de procès-verbaux, puisque rien ne se rédigeait et ne se constatait par écrit. Nous avons tout lieu do croire que c'est dans les Lettres de Mirabeau à ses conimettants quo les rédacteurs de ces Monileurs complementaires ont puisé les discours remarquables, ri principalement ceux de Mirabeau lui-même, qui se trouvent dans ces 71 numéros. Quant aux acles du tiere-élet et de l'Assembièe nationale, on les a fort heureusement retrouvés dans les mémoires de Bailly, très veridlque procès-verbal des premiers mois do celte memorable session. ],. i,

(t) Il résulle des memoires de Ballly que, lors do l'ouvertu.e t'es Etals Géneraux, les élections d'an grand nombre de bailliages, et entre autres celles de le Tille de Paris, n'eleieiil point lerminees; i'assemblue des élecleurs de Parts n'avait pas même commencé ses opérations do scrutin; ce fut le 11 mal seulemeut que le nom de Balily sortit le premier de l'urne; le s», celui de l'abbe Sièyes forma lo complement des vingt députes du tiers de le ville de Paris aux Etais Géneraux.

fs Pour le description de le salle des Elels-Generaux, vojei le fin de Ttulroduclion au Moniteur, ou l'on est eutro dans lous les d(leils techniques propres a donner une IJee de cetle sa'lo. Mirabeau dit dans •on journal que tout le luxe royal y avait élé déployé pour éblouir les dépules, et que l'ensemble offrait un coup-d'œll magnifique.

I" Série,Tome I.

Tous les députés n'ont élé placés que vers les mit!'; moins un quart. On leur avait préparé des banquettes disposées dans une forme semi-elliptique, dont l'estrade sur laquelle s'élevait le trône faisait le diamètre.

Les députés du clergé occupèrent la droite des banquettes situées le plus près du trône, ceux de la noblesse la gauche; ceux des communes étaient placés a la suite de ces deux premièrs ordres.

Vers les une heure, les hérauts d'armes annoncèrent l'arrivée du roi. Aussitôt, tous les députés se lèvent, et des cris de joie retentissent de toutes parts.

Bientôt le roi parait; les applaudissements les plus vifs se font entendre, accompagnés des cris de vive le roi: Sa Majesté monte sur son trône. On remarque que ses regards se promènent avec un air de satisfaction sur la réunion imposante des députés du royaume. La reine se place à côté de lui, hors du dais, sur un fauteuil inférieur au trône. La famille royale entoure le roi; les princes, les ministres, les pairs du royaume sont placés un peu plus bas, et le surplus du cortège du monarque couvre les degrés de l'estrade.

M. le grand-maître des cérémonies annonce du geste que le roi va parler. Le silence le plus profond succède aux acclamations qui se faisaient entendre. Sa Majesté s'exprime en ces termes:

« Messieurs, ce jour que mon cœur attendait depuis longtemps est enlin arrivé, et je me vois entouré des représentants de la nation à laquelle je me fais gloire de commander.

« Un long intervalle s'était écoulé depuis les dernières tenues des Etats-Généraux, et quoique la convocation de ces assemblées parût être tombée en désuétude, je n'ai pas balancé à rétablir un usage dont le royaume peut tirer une nouvelle force, et qui peut ouvrir à la nation une nouvelle source de bonheur.

«La dette de l'Etat, déjà immense à mon avénement au trône, s'est encore accrue sous mon règne; une guerre dispendieuse maishonorableenaétélacausc; l'augmentation des impôts en a élé la suite nécessaire, et a rendu plus sensible leur inégale répartition.

« Une inquiétude générale, un désir exagéré d'innovations se sont emparés des esprits et finiraient par égarer totalement les opinions, si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et modérés.

« C'est dans cette conliance, messieurs, que je vous ai rassembles, et je vois avec sensibilité qu'elle a déjà été justilice par les dispositions que les deux premiers ordres ont montrées à renoncer a leurs privilèges pécuniaires. L'espérance que j'ai conçue de voir tou* les ordres, réunis de sentiments, concourir avec moi au bien général de l'Etat, ne sera point trompée.

« J'ai déjà ordonné dans les dépenses des retranchements considérables. Vous me présenterez encore à cet égard des idées que je recevrai avec empressement ; mais malgré la ressource que peut offrir l'économie la plussévère, je crains, messieurs, de ne pouvoir pas soulager mes sujets aussi promptement que je le désirerais. Je ferai mettre sous vos yeux la situation exacte des finances, et quand vous l'aurez examinée, je suis assuré d'avance que vous me proposerez les moyens les plus eflicaces pour y établir un ordrepermanent.etaffcrmir le crédit public. Ce grand U salutaire ouvrage, qui assurera le bonheur du royaume au-dedans et sa considération au dehors, vous occupera essentiellement.

« Les esprits sont dans l'agitation; mais une as

l

semblée des représentants de la nation n'écoutera sans doute que les conseils de la sagesse et de la prudence. Vous aurez jugé vous-mêmes, messieurs, qu'on s'en est écarté dans plusieurs occasions récentes ; mais l'esprit dominant de vos délibérations répondra aux sentiments d'une nation généreuse, et dont l'amour ■pour ses rois a toujours fait le caractère dislinctif; j'éloignerai tout autre souvenir.

• Je connais l'autorité et la puissanced'un roi juste au milieu d'un peuple lidèle et attaché de tout temps aux principes delà monarchie : ils ont fait la gloire et l'éclat de la France ; je dois en être le soutien et je Je serai constamment.

« Mais tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut deman • der à un souverain, le premier ami de ses peuples, vous pouvez, vous devez l'espérer de mes sentiments.

« Puisse, messieurs, un heureux accord régner dans cette assemblée, et cette époque devenir à jamais mémorable pour le bonheur et la prospérité du royaume! c'est le souhait de mon cœur, c'est le plus ardent de mes vœux, c'est entin le prix que j'attends de la droiture de mes intentions et de mon amour pour mes peuples.

« Mon garde-des-sceaux va vous expliquer plus amplement mes intentions, et j'ai ordonné au directeur général des finances de vous en exposer l'état. •

De nombreux applaudissements suivent la prononciation du discours du roi, et se prolongent pendant plusieurs instants.

M. le garde-des-sceatix porte ensuite la parole:

» Messieurs, il est enfin arrivé ce beau jour si longtemps attendu, qui met un terme heureux à l'impatience au roi et de toute la France! Ce jour tant désiré va resserrer encore les nœuds de l'union entre le monarque et ses sujets; c'est dans ce jour solennel que Sa Majesté veut établir la félicité générale sur cette base sacrée, la liberté publique.

« L'ambition ou plutôt le tourment des rois op

{iresscurs est de régner sans entraves, de franchir les >oines de toute puissance légitime, de sacrifier les douceurs dugouvernement paternel aux fausses jouissances d'une domination illimitée, d'ériger en loi les caprices effrénés du pouvoir arbitraire : tels ont été ces despotes dont la tyrannie fournira toujours à l'histoire des contrastes happants avec la bonté de Louis XII, la clémence de Henri IV, et la bienfaisance de Louis XVI.

■ Vous le savez, messieurs, le premier besoin de Sa Majesté est de répandre des bienfaits ; mais pour être une vertu royale, cette passion de faire des heureux doit prendre un caractère public et embrasser l'universalité de ses sujets. Des grâces versées sur un petit nombre de courtisans et de favoris, quoique méritées, ne satisferaient pas la grande unie du roi.

« Depuis l'époque heureuse où le ciel vous l'a donné pour maître, quen'a-t-il point entrepris, que n'a-t-il point exécuté pour la gloire et la prospérité de cet empire dont le bonheur reposera toujours sur la vertu de ses souverains ! C'est la ressource des nations dans les temps les plus difficiles, et celte ressource ne peut manquer a la France sous le monarque citoyen qui la gouverne.

• N'en doutez pas, messieurs, il consommera le grand ouvrage de la félicité publique. Depuis longtemps ce projet était formé dans son cœur paternel; il en poursuivra l'exécution avec cette constance qui, trop souvent, n'est réservée qu'aux princes insatiables de pouvoir et de la vaine gloire des conquêtes.

« Qu'on se retrace tout ce qu'a fait le roi depuis son avènement au trône, et l'on trouvera dans cet espace assez court une longue suite d'actions mémorables. La liberté des mers et celle de l'Amérique assurées oar le triomphe des armes que l'humanité ré

clamait; la question préparatoire proscrite et abolie, pareeque les forces nhvsiques d'un accusé ne peuvent être une mesure infaillible de l'innocence ou du crime; les restes d'un ancien esclavage détruits, toutes les traces de la servitude effacées et l'homme rendu à ce droit sacré de la nature que la loi n'avait pu lui ravir, de succéder à son père et de jouir en paix du fruit de son travail ; le commerce et les manufactures protégés, la marine régénérée, le port de Cherbourg créé, celui de Dunkeniue rétabli, et la France ainsi délivrée de cette dépendance où des guerres malheureuses l'avaient réduite.

« Vos cœurs se sont attendris, messieurs, au récit de la sage économie de Sa Majesté, et des sacrifices généreux dont elle a donné tant d'exemples récents, ensuppriniant,poursoulagerson peuple, desdépenses que ses ancêtres avaient toujours cru nécessaires à l'éclat et à la dignité du premier trône de l'univers.

« Quelle jouissance vos âmes doivent éprouver en la présence d'un roi juste et vertueux! Nos aïeux ont regrettésansdoute de n'avoir pu contempIerHenri IV au milieu de la nation assemblée. Les sujets de Louis XII avaient été plus heureux, et ce fut dans cette réunion solennelle qu'il reçut le titre de Père rfu peuple. C'est le plus cher, c'est le premier des titres pour les bons rois, s'il n'en restait un à décerner au fondateur de la liberté publique.

«Si les Etats-Généraux ne furent point assemblés sous Henri IV, ne l'attribuez qu'aux justes craintes que les discordes civiles devaient inspirer à un prince qui plaçait avant tout la paix et le bonheur de ses penples. Il voulut suppléer à cette convocation générale par une assemblée de notables; il y demanda des subsides extraordinaires, et sembla lui transmettre ainsi les droits des véritables représentants de la nation.

« Dans une position moins difficile, le roi n'appela autour de lui l'élite des citoyens, ou du moins une

Eortion de cette élite, que pour préparer avec eux le ienfait qu'il destinait à la France.

• Une première assemblée de notables n'avait eu d'autre motif que de soumettre à leurs lumières un plan vaste de finance et d'économie, et de les consultersurl'établissement patriotiquedes administrations provinciales, établissement qui signalera ce règne, puisqu'il a pour objet que l'impôt soit désormais mieux réparti, les charges plus également supportées, l'arbitraire banni, les besoins des villes et des provinces mieux connus.

« Cependant le long espace écoulé depuis les derniers Etats-Généraux, les troubles auxquels ils furent livrés, les discussions si souvent frivoles qui les prolongèrent, éveillèrent la sagesse royale, et l'avertissaient de se prémunir contre de tels inconvénients.

« En songeant à vous réunir, messieurs, elle a dû se tracer un plan combiné qui ne pouvait admettre cette précipitation tumultueuse dont l'impatience irréfléchie ne prévoit pas tout le danger. Elle a dû faire entrer dans ce plan les mesures anticipées qui préparent le calme des décisions, et ces formes antiques qui les rendent légales.

« Le vœu national ne se manifestait point encore; Sa Majesté l'avait prévenu dans sa sagesse. A peine ce vœu a-t-il éclaté, qu'elle s'empresse de le remplir, et les lenteurs que la prudence lui suggère, ne sont plus que des précautions de sa bienfaisance toujours active, mais toujours prévoyante sur les véritables intérêts de ses peuples.

« Le roi a désiré connaître séparément leurs besoins et leurs droits. Les municipalités, les bailliages, les hommes instruits dans tous les états, ont été invités à concourir par leurs lumières au grand ouvrage de la restauration projetée. Les archives des villes et celles des tribunaux, tous les monuments de

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que vous n'imaginerez pas un projet utile, que vous n'aurez pas une idée tendant au bonheur général que Sa Majesté n'ait déjà conçu, ou dont elle ne désire fermement l'exécution.

« Depuis que les Etats-Généraux sont déterminés, le roi n'a jamais pensé sans attendrissement à cette réunion d'un bon père et de ses enfants chéris, qui deviendra le gage de la félicité commune.

« Au nombre des objets qui doivent principalement fixer votre attention et qui déjà avaient mérité celle de Sa Majesté, sont les mesures à prendre pour la liberté de la presse ; les précautions à adopter pour maintenir la sûreté publique, et conserver l'honneur des familles; les changements utiles que peut exiger la législation criminelle, pour mieux proportionner les peines aux délits, et trouver dans la honte du coupable un frein plus sûr, plus décisif que le châtiment.

« Des magistrats dignes de la confiance du monarque et de la nation étudient les moyens d'opérer cette grande réforme ; l'importance de l'objet est l'unique mesure de leur zèle et de leur activité.

» Leurs travaux doivent embrasser aussi la procédure civile qu'il faut simplifier. En effet, il importe à la société entière de rendre l'administration de la justice plus facile, d'en corriger les abus, d'en restreindre les frais, de tarir surtout la source de ces discussions interminables qui trop souvent ruinent les familles, éternisent les procès, et font dépendre le sort des plaideurs du plus ou du moins d'astuce, d'éloquence et de subtilité des défenseurs ou de leurs adversaires. Il n'importe pas moins au public de mettre les justiciables à portée d'obtenir un prompt jugement; mais tous les efforts du génie et toutes les lumières de la science ne feraient qu'ébaucher cette heureuse révolution, si l'on ne surveillait avec le plus grand soin l'éducation de la jeunesse. Une attention exacte sur les études, l'exécution des réglements anciens, et les modifications nécessaires dont ils sont susceptibles, peuvent seuls former des hommes vertueux, des nommes précieux à l'Etat, des hommes faits pour rappeler les mœurs à leur ancienne pureté, des citoyens, en un mot, capables d'inspirer la confiance dans toutes les places que la Providence leur destine.

• Sa Majesté recevra avec intérêt, elle examinera avec l'attention la plus sérieuse, tout ce qui pourra concerner la tranquillité intérieure du royaume, la gloire du monarque et le bonheur de ses sujets.

• Jamais la bonté du roi ne s'est démentie dans ces moments d'exaltation où une effervescence qu'il pouvait réprimer a produit dans quelques provinces des prétentions ou des réclamations exagérées. H a tout écouté avec bienveillance, les demandes justes ont été accordées; il ne s'est point arrêté aux murmures indiscrets, il a daigné les couvrir de son indulgence; il a pardonné jusqu'à l'expression de ces maximes fausses et outrées, à la faveur desquelles on voudrait substituer des chimères pernicieuses aux principes inaltérables de la monarchie.

• Vous rejeterez, messieurs, avec indignation, ces innovations dangereuses que les ennemis du bien public voudraient confondre avec ces changements heureux et nécessaires qui doivent amener cette régénération, le premier vœu de Sa Majesté.

« L'histoire ne nous a que trop instruits des malheurs qui ont affligé le royaume dans les temps d'insubordination et de soulèvement contre l'autorité légitime. Elle n'est pas moins fidèle à vous transmettre dans ses fastes les prospérités de vos pères sous un gouvernement paisible et respecté. Si la France est une des plus anciennes monarchies de l'univers, la seule, après quatorze siècles, dont la constitution n'ait pas éprouvé les revers qui ont déchiré et chancéla face de tous les empires forme's, comme elle, des débris de l'empire romain, c'est dans l'union et l'amour mutuel du monarque et des sujets qu'il faut chercher la principale cause de tant de vie, de force et de grandeur.

« La troisième race de nos rois a surtout des droits à la reconnaissance de tout bon Français. Ce fut elle qui affermit l'ordre de la succession a la couronne; elle abolit toute distinction humiliante entre ces représentants si fiers et si barbares des premiers conquérants des Gaules, et l'humble postérité des vaincus qu'on tint si longtemps et si honteusement asservis. Par elle, la hiérarchie des tribunaux fut créée, ordre salutaire qui rend partout le souverain présent; tous les habitants des cités furent appelés à leur administration; la liberté de tous les citoyens fut consacrée, et le peuple reprit les droits imprescriptibles de la nature.

« Mais si les intérêts de la nation se confondent essentiellement avec ceux du monarque, n'en seraitil pas de même des intérêts de chaque classe de citoyens en particulier? et pourquoi voudrait-on établir entre les différents membres d'une société politique, au lieu d'un rang qui les distingue, des barrières qui les séparent!

« Les vices et l'inutilité méritent seuls le mépris des hommes, et toutes les professions utiles sont honorables, soit qu'on remplisse les fonctions sacrées du ministère des autels, soit qu'on se voue à la défense de la pairie dans la carrière périlleuse des combats et de la gloire , soit que vengeurs des crimes et protecteurs de l'innocence on pèse la destinée des tons et des méchants dans les balances redoutables de la justice; soit que par des écrits, fruit du talent qu'enflamme l'amour véritable de la patrie, on bâte les progrès des connaissances, qu'on procure à son siècle et qu'on transmette à la postérité plus de lumières, de sagesse et de bonheur; soit qu'on soumette à son crédit et aux spéculations d'un génie actif, prévoyant et calculateur, les richesses et l'industrie des divers peuples de la terre; soit qu'en exerçant cette profession, mise enfin à sa place dans l'opinion des vrais sages, on féconde les champs par la culture, ce premier des arts auquel tient l'existence de l'espèce humaine; tous les citoyens du royaume, quelle que soit leur condition, ne sont-ils pas les membres de la même famille!

« Si l'amour de l'ordre et la nécessité assignèrent des rangs qu'il est indispensable de maintenir dans une monarchie, l'estime et la reconnaissance n'admettent pas ces distinctions, et ne séparent point des professions que la nature réunit par les besoins mutuels des hommes.

_ «Loin de briser les liens qu'a mis entre nous la société, il faudrait, s'il était possible, nous en donner de nouveaux, ou du moins resserrer plus étroitement ceux qui devraient nous unir.

« Un grand général disait, en parlant des Gaulois, qu'ils seraient le premier peuple de l'univers, si la concorde régnait parmi eux. Ces paroles de César peuvent s'appliquer au moment actuel : que les querelles s'apaisent, que les inimitiés s'éteignent, que les haines s'anéantissent, que le désir du bonheur commun les remplace, et nous serons encore le premier peuple du monde.

« Ne perdez jamais de vue, messieurs,que la discorde renverse les empires, et que la concorde les soutient. La rivalité entre les citoyens fut la source de tous les maux qui ont affligé les nations les plus célèbres. Les guerres intestines des Romains furent le germe de l'ambition de leurs oppresseurs, et commencèrent la décadence de la patrie , dont la ruine fut bientôt consommée. Sans les troubles qui la déchirèrent, la Grèce aurait vu se perpétuer longtemps sa puis

sance et sa gloire. La France a couru des dangers; si elle fut quelquefois malheureuse, faible et languissante, c'est quand elle devint le foyer ou le théâtre de ces tristes rivalités. Couvertes du voile toujours imposant de la religion , elles jetèrent ces longues semences de haines dont le règne entier de Henri IV put à peine étouffer les restes, mais sans en réparer tous les désastres. La concorde rassemble tous les biens autour d'elle; tous les maux sont à la suite de la discorde. Ne sacrifions pas, messieurs, à des près tiges funestes les avantages que nous avons reçus de la nature. Eh! quel peuple en obtint plus de bienfaits! Deux mers baignent une partie de nos provinces , et en nous assurant ainsi la situation la plus heureuse pour le commerce, semblent nous avoir destinés à commander sur l'Océan et sur la Méditerranée.

« Toutes les productions de la terre croissent ou peuvent croître au sein delaFrance, et la culture plus perfectionnée nous apprend encore à féconder par de nouveaux moyens ses terrains les moins fertiles.

« L'activité, les prodiges des arts et du talent, des chefs-d'œuvre de tous les genres; la perfection des sciences et des lettres, la gloire de tant d'hommes célèbres dans l'église, dans la magistrature et dans les armées, tout se réunit pour lui garantir une prospérité immuable et la première place dans les annales du monde.

« Encore une fois, messieurs, ne perdons pas en ce moment, par de cruelles dissensions, les fruits précieux que tant de siècles nous ont acquis, et dont nous sommes redevables aux efforts et à l'amour paternel de nos souverains. Ah! s'il pouvait rester des traces de division dans vos cœurs, s'il y germait encore des semences mal étouffées de cette rivalité malheureuse dont les différents ordres de l'Etat furent tourmentés, que tout s'anéantisse et s'efface en présence de votre roi, dans ce lieu auguste qu'on peut appeler le temple de la patrie.

■ Représentants de la nati' n,jurcz tous aux pieds du frône, entre les mains de votre souverain , que l'amour du bien public échauffera seul vos âmes patriotiques; abjurez solennellement, déposez ces haines si vives qui depuis plusieurs mois ont alarmé la France et menacé la tranquillité publique. Que l'ambition de subjuguer les opinions et les sentiments par les élans d'une éloquence impérieuse, ne vous entraîne pas au-delà des bornes que doit poser l'amour, sacre du roi et de la nation.

• Hommes de tous les âges, citoyens de tons les ordres, unissez vos esprits et vos cœurs, et qu'un engagement solennel vous lie de tous les nœuds de la fraternité. m

Enfants de la patrie que vous représentez, écartez loin de vous toute affection, toutes maximes étrangères aux intérêts de cette mère commune ; que la paix, l'union et l'amour du bien public président à toutes vos délibérations; mais si quelque nuage venait altérer le calme de vos séances ; s'il était possible que la discorde y soufflât ses poisons, c'est à vous, ministres des autels, qu'il appartient de conjurer l'orage : vos fonctions saintes, vos titres sacrés, vos vert us et vos lumières impriment dans les cœurs ce respect religieux d'où naît l'ascendant qui maîtrise et dirige les passions humaines. Eh! comment refuser aux interprètes d'une religion pure et sublime cette vénération, ces hommages, cet empire moral que des hommes enveloppés de ténèbres et livrés à d'extravagantes superstitions ont toujours accordés aux ministres de leurs fausses divinités! C'est donc sur vous que la nation se repose en particulier du soin de ramener la paix dans cette assemblée, s'il était possible qu'elle s en bannît un instant. Mais pourquoi ni'occuper du retour de la concorde, quand vous en

 

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