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05 Sep

06 septembre 1792: Martyr de Charles Valframbert, capucin à Alençon

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #[1789-1793]

MARTYRE DE CHARLES VALFRAMBERT, CAPUCIN. A ALENÇON

 

M. Charles-Jean-Louis Valframbert naquit à Alençon le 21 mai 1764.

A vingt ans il entra au noviciat des capucins d'Argentan et y fit profession, en 1785, sous le nom de frère Dorothée.

Envoyé au scolasticat d'Avranches, il n'eut pas le temps d'y achever ses études et dut passer en Angleterre ; c'est à Londres qu'il fut ordonné prêtre.

De là il revint en France, séjourna peu de temps à Avranches et à Lisieux et vint s'établir à Alençon chez ses parents.

Le 13 août 1792, il s'y présentait devant les officiers municipaux pour se déclarer insermenté.

L'acte est ainsi conçu :

 

« S'est présenté le sieur Charles Valframbert, prêtre, cydevant capucin, dit en religion Père Dorothée, âgé de vingt-huit ans , domicilié en cette ville depuis dix mois (octobre 1791), natif d'Alençons, paroisse Notre-Dame. Signé : P. Dorothée, religieux capucins, prêtre, dit Charles Valframbert. On lit en marge : « Très suspect. » Signalement : Taille de cinq pieds trois pouces environ, cheveux et sourcils châtaings, yeux roux, nez longuet et un peu patté, bouche moyenne, menton rond, front découvert, visage ovale et palle, ce qu'il a reconnut et signé (3 Archives d'Alençon. Registre des déclarations des prêtres insermentés) »

 

BIBLIOGRAPHIE. — A Guillon, les Martyrs de la foi pendant la Révolution française, in-8°, Paris, 1821, t. IV, p. 676, a commis une erreur en dédoublant le P. Dorothée et Valframbert dont il fait deux personnages distincts ; Carron, les Confesseurs de la foi, t. I, p. 185 sq. ; Barruel, Histoire du clergé de France, in-8°, Londres, 1801: Th. Perrin, -les Martyrs du Maine. 2e édit., Paris, s. d. [1837], t. I, p. 190-197 ; Dom P. Piolin, l'Eglise du Mans pendant la Révolution, in-8°. Le Mans, 1868, t. II, p. 145 166 ; Robillard de Beaurepaire, le Tribunal criminel de l'Orne, in-8°., Alençon, 1866 ; J.- B. Blin, les Martyrs de la Révolution dans le diocèse de Séez, in-8°, Paris. 1876, t. I, p. 132 s. q., cet auteur a pu recevoir les souvenirs de la propre soeur du martyr en 1867 ; P. Léopold [de Chérancé], Nos Martyrs (1789-1799), in-12, Paris, s. d. [1908], p. 173-192. Le P. Dorothée se trouvait à l'abbaye de Montsort, où il remplissait depuis deux jours les fonctions de son ministère ; il se proposait d'aller la nuit suivante au monastère des Filles de Notre Dame, lorsque la maison de Sainte-Genevière fut forcée. Le religieux tenta de fuir avec les hosties consacrées ; il fut vu par un prêtre jureur et quelques autres qui avertirent la populace ; une partie de celle-ci lui donna la chasse, le prit et le conduisit à l'hôtel de ville. Là se passa la scène dont nous empruntons le récit officiel à l'acte d'accusation dressé par l'accusateur public près du tribunal criminel de l'Orne contre les assassins. Il est daté du 3 fructidor an III (20 août 1795).

MARTYRE DU PÈRE DOROTHÉE.

 

L'accusateur public près le tribunal criminel du département de l'Orne, qui a pris lecture..., déclare que de l'examen des dites pièces, il résulte que Charles-Jean-Louis Valframbert... ayant été arrêté le 5 septembre 1792, au faubourg de Montsort, en la commune d'Alençon, et conduit à la municipalité d'icelle commune pour y rendre compte de sa conduite comme prévenu d'incivisme, il se forma dans la chambre commune de ladite municipalité, au moment où il prêta l'interrogatoire, notamment le lendemain 6 dudit mois de septembre 1792, sur les trois heures après-midi, un rassemblement si considérable et si tumultueux de personnes de l'un el de l'autre sexe, qui, en la majeure partie, manifestèrent le désir et la volonté de décider elles-mêmes du sort dudit Valframbert, que tout s'y passa dans le plus

grand désordre, sans qu'il fût possible de résister à la malveillance dont ledit Valframbert s'est malheureusement trouvé la victime.

Qu'en effet, à peine le jugement prononcé contre lui (et par lequel on le condamnait à trois jours de détention, pour, après ce délai, être conduit de brigade en brigade au port de mer le plus voisin, pour être déporté à la Guyane française) fut-il rendu, qu'aussitôt on entendit s'élever différentes voix qui toutes annoncèrent le désir manifeste et la volonté bien décidée de trancher le fil de ses jours, disant hautement : les uns, que ce jugement était trop doux ; d'autres qu'il ne leur convenait pas, et tous enfin qu'ils voulaient sa tête ; qu'à ces cris menaçants et redoublés les uns sur les autres, ledit Valframbert, déjà nu-tête par l'enlèvement de son chapeau et sa perruque, qui furent jetés par la fenêtre de ladite chambre commune, frappé de terreur, et pour se soustraire, s'il était possible, à la fureur du peuple qui l'environnait, se cacha sous la table près de laquelle il était, mais qu'aussitôt on se saisit de sa personne en le retirant de dessous cette table par les pieds, et l'enlevant et le traînant ainsi de ladite chambre et du haut en bas de l'escalier, sa tête tombant sur chaque marche d'icelui, jusque sur la place d'Armes ; qu'arrivé sur cette place, et entouré de personnes de l'un et de l'autre sexe, plusieurs se jetèrent sur lui et l'assassinèrent, les uns à coups de pieds, d'autres à coups -de bâton, et d'autres à coups de sabre, poussant même la cruauté au point de tenter de le scier dans plusieurs parties (le son corps avec un sabre, sous prétexte que ce sabre n'était pas assez tranchant, et pour, sans doute, le faire souffrir davantage.

Qu'enfin, après lui avoir ôté la vie, on lui trancha la tête, et ses assassins, triomphant de leur propre cruauté, promenèrent cette tête pointée au bout d'un manche à

balai, et éclairée par des flambeaux, dans une partie des rues de cette commune, avec le projet de recommencer pareille scène le lendemain ; mais nouvelle scène qui, heureusement, n'eut pas lieu par la sage précaution de l'avertissement qui en fut donné à propos à ceux qui se trouvaient couchés sur la liste de proscription qu'on avait eu l'indiscrétion de publier hautement.

Que les deux fils du nommé Baudouin, cordonnier, demeurant proche la porte d'Encrel de cette commune, l'un cordonnier et l'autre tailleur, ont joué chacun un rôle principal dans cette scène tragique. Depuis le commencement jusqu'à la fin, on a vu, en effet, notamment Baudouin fils, cordonnier, dans la chambre commune, prendre la perruque dudit Valframbert et la jeter par la fenêtre. On les y a vus et entendus tous deux demander sa tête, disant qu'il la leur fallait. On les y a vus du nombre de ceux qui se sont saisis dudit Valframbert et l'ont enlevé de ladite chambre commune, le tenant et le traînant par les pieds le long de l'escalier jusque sur la place d'Armes. On les a vus dans le nombre de ceux qui, sur cette place, l'ont cruellement maltraité ; on a vu notamment le cordonnier lui donner des coups de pied sur la tête, ledit Valframbert étant pour lors couché à plat ventre par terre : on l'a vu aussi le frapper à coups de bâton ou trique, et son frère le frapper à coups de sabre ; on a entendu l'un d'eux, au moment de la mort dudit Valframbert, disant aux autres : « Portons la tête à la porte de son père », on l'a vu la garder après avoir été coupée, et quêter pour la promener aux flambeaux ; on a vu et entendu le cordonnier, conjointement avec Fouquet, tailleur, demander une broche à rôtir pour promener cette tête, disant à celui à qui il la demandait que, s'il ne voulait pas la donner, il pourrait bien lui en arriver autant; et enfin terminer cette demande par emporter le manche à balai en sortant de

la maison où il était ; on a vu enfin Baudouin fils, cordonnier, dans le nombre de ceux qui promenaient la tête dudit Valframbert ; et on a cru y reconnaître aussi son frère.

Que Jacques Fouquet, tailleur, n'a pas été moins ardent que lesdits Baudouin à ôter la vie dudit Valframbert, et à se réjouir d'y être parvenu ; on l'a vu non seulement lui donner sur les jambes un coup de baguette qui le fit remuer, mais encore demander et recevoir le sabre d'un soldat et s'en servir pour frapper sur toutes les parties du corps dudit Valframbert, couché par terre. On a même remarqué que, ce sabre ne coupant pas assez à son désir, il s'en servit pour scier, avec un autre particulier, ledit Valframbert en différentes parties de son corps ; on l'a vu aussi ayant les pieds posés sur la tête dudit capucin, que lui et plusieurs autres gardaient pour la promener aux flambeaux, et faisant à cet effet une quête qu'il recevait dans son chapeau, disant que c'était pour promener la tête du traître et du scélérat, on l'a vu et entendu délibérer avec les autres comment ils porteraient la tête, et demeurer d'accord d'aller pour cela prendre une pique à la municipalité, à quoi ils ne purent réussir ; on l'a vu enfin, lui et plusieurs autres, couverts de sang, se présenter à une boutique et demander deux torches, disant que c'était pour promener la tête du traître, du scélérat, et pour l'achat desquelles torches il a dit être en retour d'une trentaine de sous.

Que René Chauvel, jardinier, a été aussi l'un des principaux acteurs dans le délit dont il s'agit : il était du nombre de ceux qui tirèrent ledit Valframbert de dessous la table et l'entraînèrent, en le tirant par les jambes; jusque sur la place d'Armes ; il était aussi du nombre de ceux qui l'ont assassiné sur ladite place, puisqu'on l'y a vu danser sur le ventre dudit Valframbert couché

par terre et le frapper à coups de pieds ; on l'a aussi vu à l'aide d'autres personnes, parmi lesquelles il y avait des femmes et des filles, couper le cou du dudit Valframbert. On l'a aussi vu, à la sortie de cette action, ayant les mains, son pantalon et ses sabots teints de sang, faisant beaucoup de bruit, se vantant d'avoir coupé le cou du capucin, disant que, loin de s'en repentir, si la chose était encore à faire, il serait prêt à recommencer, et qu'il fallait se défaire de tous les foutus gueux d'aristocrates.

Que Quillet, tailleur, était encore du nombre de ceux qui ont demandé la tête dudit Valframbert, l'ont mal-traité et l'ont assassiné, et que même il s'est fait une gloire de s'en vanter et de manifester le projet, existant entre lui et ses associés, de recommencer le lendemain, ayant dit à quelqu'un le jour même dudit assassinat : «Eh bien, n'avons-nous pas bien travaillé ? Il n'était pas plus fort que rien ; il ne lui fallait qu'un petit coup ; nous avons une liste ; demain, nous travaillerons le reste ; nous ne voulons rien laisser qui inquiète nos femmes. »

Que Joseph Beucher, dit Dubois, est aussi du nombre desdits assassins, s'en étant, comme ledit Quillet, vanté lui-même, et ayant manifesté le même projet de recommencer le lendemain, tenant à cet égard les mêmes propos que ledit Quillet.

Que Picherel est encore du nombre de ceux qui demandèrent à la municipalité la tête dudit Valframbert, se saisissant de lui, le traînèrent, l'immolèrent sur la place d'Armes.

Que Jacques Duvivier, dit Percheron, a participé à cet assassinat en l'approuvant, demandant si on avait un sabre, offrant et donnant le sien, dont les autres malfaiteurs se sont servis.

Que Claire Saint-Jean, fille, vélineuse, a aussi participé au délit dont il s'agit, par la demande qu'elle a faite à la municipalité de la tête dudit Valframbert, et

ayant été vue sur la place tenant ledit Valframbert pendant qu'on le frappait à coups de sabre.

Que Marie Biot, épouse de Louis Poupart, fripier, y a également participé : d'abord on l'a vue et entendue dans la chambre commune, au moment du jugement dudit Valframbert, dire tout haut que ce n'était pas là un jugement, qu'il fallait sa tête ; on l'a vue et entendue sur la place d'Armes, au moment du massacre dudit Valframbert, chercher querelle à une autre femme qui, tranquille et plaignant le sort du malheureux Valframbert, en gémissant, et lui dire : « Tiens ! sûrement que tu n'as personne pour les frontières ? » ajoutant : « Elles sont un tas de gueuses qui prennent le parti de ces gens là » ; et levant même le bras pour la frapper ; ce à quoi elle ne put parvenir, cette femme l'ayant évitée par la fuite ; on l'a vue et entendue dire que ledit Valframbert était un gueux, et qu'il avait été arrêté, parce qu'il avait le bon Dieu dans ses poches, enfermé dans une boîte. On l'a vue et entendue répondre, en passant, à différentes personnes qui, le soir dudit assassinat, demandaient ce qu'il y avait eu sur la place d'Armes : « C'est le jean-foutre de capucin qu'on juge ; on lui a trouvé trente-deux hosties sur lui. » On l'a vue et entendue, le même soir, dire, en parlant de la mort du capucin : « Voilà les plus beaux coups, vrai ! » On l'a vue même, ce même soir, en passant, insulter des personnes honnêtes, tranquilles à leur porte, leur disant d'un ton furieux et colère : « Foutre, rentre chez toi, il est temps ! » Enfin, le lendemain dudit assassinat, sur les huit heures du matin, on l'a vue et entendue disant hautement à l'un de ses voisins : « Eh bien ! eh bien ! voisin, foutre, ça a bien été, hier ? Le sale bougre de capucin a dansé ! Avons-nous bien travaillé, voisin ? Il faut qu'il y en ait d'autres aujourd'hui et sacredié, ça ira ! Sur quoi ce voisin lui ayant répondu qu'il était désolé de cet

événement-là ; que cela déshonorait leur ville, où le sang n'avait pas encore coulé et qu'il ne fallait pas renouveler cette scène, elle reprit la parole disant : « Foutre, il faut qu'il en coule ! et dans cette rue aujourd'hui à dix heures, les têtes vont tomber ! » Ce même voisin l'ayant exhortée à être plus tranquille, aussitôt elle lui répliqua avec emportement : « Deux de cette ville vont avoir le cou coupé ! — Qui ? reprit le voisin. — Votre plus proche voisin à gauche, lui répondit-elle, en montrant Botte, et le sale aristocrate de Marescot, qui demeure devant la guillotine. La tête du capucin a été portée hier en triomphe, nous allons en porter d'autres aujourd'hui, et celles des deux bougres que je viens de nommer. »

Que Sophie Lafontaine, vélineuse, était tellement aussi du parti dudit assassinat, qu'elle en emporta des marques sur son mouchoir, qu'elle a fait elle-même remarquer, le lendemain dudit assassinat, être encore teint du sang dudit Valframbert, disant à différentes personnes : « Voilà du sang du sacré mâtin ! » montrant ce sang qui était sur son mouchoir de cou, et ajoutant : « Nous allons encore avoir la tête d'un que je vais dénoncer aujourd'hui, » désignant enfin l'objet de sa désignation en montrant le derrière de la maison qui donne sur la Gueule-d'Enfer.

Que Louise Maréchal, femme d'Antoine Goutron, et Marie Goutron, sa fille, ont aussi joué chacune un des plus grands rôles dans le massacre dont il s'agit ; non seulement, elles ont été vues l'une et l'autre, tant à la municipalité qu'à la place d'Armes, le jour et au moment du jugement dudit Valframbert et du massacre qui en fut fait, mais encore elles s'en sont l'une et l'autre vantées tant le jour même que depuis, à diverses personnes, du personnage qu'elles y avaient rempli. Le jour même de l'assassinat, et à leur retour d'icelui, étant entrées chez l'une de leurs voisines pour y allumer leur lumière, elles se vantèrent

toutes deux d'y avoir contribué ; et la fille eut même l'effronterie de faire remarquer à cette voisine deux gouttes de sang qui étaient à sa coiffure. Le lendemain, une autre personne, notamment du nombre de celles à qui la mère et la fille dirent, savoir : la mère, qu'elle avait pris la tête du capucin par les cheveux ou les oreilles ; qu'elle lui avait fait crier « Vive la nation ! » et lui avait fait faire trois tours autour de la place ; et la fille : qu'elle avait pris le capucin par le collet, tandis qu'une autre lui coupait le cou, et toutes deux, qu'elles s'étaient promenées avec la tête, ainsi que les autres, et qu'elles avaient bu, savoir, la mère, un verre de cidre, et la fille deux, chez le nommé Vassal, grand'rue, qui remarqua du sang sur le tablier de ladite fille Goutron, lequel tablier était blanc. Enfin, ces femmes, loin de se repentir de ce délit de leur part, s'en sont, au contraire, glorifiées, disant, la fille, à ceux qui lui en ont fait des reproches, que, si cela était, elle le ferait encore ; qu'elle était bonne républicaine, et que son nom était envoyé à Paris ; et la mère, menaçant (ceux contre lesquels) elle croyait avoir quelque sujet de mécontentement, de leur en faire autant qu'on en avait fait au foutu capucin.

[La fille Goutron, à raison de son âge, ne fut condamnée qu'à plusieurs années de détention, la mère fut guillotinée. Les autres inculpés, après une détention de quelques mois, furent amnistiés. Le jardinier René Chauvel expia sa conduite par une pénitence éclatante.]

 

http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2012/07/21/24749778.html

 

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