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13 Oct

14 octobre 1793: Profanations d'octobre 1793

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #[1789-1793]

http://www.youtube.com/watch?v=R6hYGtPBuho

On reprit le travail en continuant à extraire les cercueils du caveau des Bourbons.
Malgré les précautions prises, les odeurs fétides provenant des corps en état de décomposition putride rendaient l’atmosphère suffocante.
 
  • Louis XIII, cercueil ouvert vers 15 heures, corps dégradé mais reconnaissable à sa moustache noire.

Son corps est, comme celui d'Henri IV, jeté face contre terre dans la fosse commune, sur un lit de chaux-vive pour accélèrer la putréfaction.

  • Louis XIV, corps bien conservé reconnaissable bien qu'il soit « noir comme de l’encre »

Marie de Médicis, les ouvriers ouvrant son cercueil l’auraient injuriée, ils l’accusent du meurtre d’Henri IV et arrachent ses cheveux.

Après une cure de sommeil de 78 ans, à Saint-Denis,

Louis XIV revoit le soleil

Voilà deux jours que les sans-culottes éventrent les cercueils royaux de la basilique de Saint-Denis pour en récupérer le plomb

14 octobre 1793. Après une cure de sommeil de 78 ans, à Saint-Denis, Louis XIV revoit le soleil

Le 12 octobre 1793, le Roi-Soleil entend de violents coups ébranler l'un des murs du caveau où il repose depuis 78 ans en compagnie de ses ancêtres. Plus possible de faire une sieste, ou quoi ? Il s'étonne, se fâche. Il regarde sa mère et son père que le bruit ne semble pas tirer de leur dernier sommeil. Même apathie pour les autres occupants du caveau. Soudain des torches déchirent les ténèbres. C'est un comble, le Roi-Soleil est ébloui. Il demande à Philippe Manoeuvre de lui prêter ses lunettes noires. Voilà maintenant qu'une foule pénètre en hurlant. Certains, armés de marteau s'en prennent au cercueil de papy Henri IV qu'ils éventrent à coups de marteau. Enfin, le calme revient. Le 13 octobre, rien ne se passe, l'ambiance redevient mortelle. Louis XIV se rendort. Pas pour longtemps, car, le 14 octobre, les envahisseurs reviennent. Le grand roi sent que son cercueil est emporté par des mains maladroites. Il avertit : attention à ma fistule ! Tu parles si on l'écoute. Mais que se passe-t-il donc ? Presque rien : la République en guerre contre le reste de l'Europe a besoin de plomb pour fabriquer des balles. Or, tous ces cercueils entassés dans la basilique de Saint-Denis en contiennent des tonnes. L'idée de ce pillage revient à Barère, qui, au nom du Comité de salut public, propose en même temps à la Convention nationale de détruire les tombes royales pour fêter le premier anniversaire de la prise des Tuileries (10 août 1792). On trouve l'idée excellente. D'où le décret du 1er août 1793, qui indique : "Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de la République, seront détruits le 10 août prochain."

Entre le 6 et le 8 août, on commence par fracasser les monuments funéraires des rois mérovingiens et carolingiens disséminés dans la basilique. Mais la profanation s'arrête là. Ce n'est que le samedi 12 octobre, à 15 heures, que les ouvriers désignés pour ce triste ouvrage se présentent à nouveau. Ils commencent par se diriger vers le monument funéraire de Turenne, maréchal de France, fauché par un boulet en 1675, lors de la bataille de Sasbach. La renommée de ce grand militaire est encore intacte. En perçant le cercueil, les ouvriers découvrent un corps dans un état parfait de conservation. S'ils ne le balancent pas dans la fosse creusée à cet effet, c'est que, "sur les observations de plusieurs personnes de marque", il est remis au gardien de l'église. Ce Host le dépose dans la sacristie de l'église où, durant huit mois, des milliers de visiteurs défileront. Pour se faire un peu d'argent, Host écoule également les dents aux amateurs de souvenirs fortunés. Quand Camille Desmoulins vient à son tour rendre hommage à Turenne, celui-ci est totalement édenté. Aussi le héraut de la Révolution prélève un doigt. En juin 1794, un professeur du Muséum d'histoire naturelle de Paris découvre l'existence du corps qu'il réclame pour le cabinet d'histoire naturelle du Jardin des Plantes, où il l'installe entre un éléphant et un rhinocéros. Ce n'est qu'en 1800 que Turenne gagne enfin les Invalides.

Cinquante-quatre cercueils

Après le cercueil de Turenne, les ouvriers s'attaquent au caveau des Bourbons dans lequel ils pénètrent en fracassant un mur. Surprise : c'est aussi surpeuplé qu'un taudis du 18e arrondissement à Paris. Dans l'espace qui mesure seize mètres de long sur six mètres de large (moins de cent mètres carrés), il y a cinquante-quatre locataires. Certes, ils sont plutôt calmes, mais ils occupent tout de même cinquante-quatre cercueils de bois de chêne, couverts de velours ou de moire, posés sur des tréteaux de fer rongés par la rouille, disposés en deux longues rangées séparées par un étroit espace. Explication : Henri IV étant mort assassiné, il n'a pas eu le temps de se faire construire un tombeau digne de lui. Aussi son cercueil est-il abandonné dans le caveau de cérémonie. Par la suite, ses successeurs suivent son exemple, sans prendre la peine de se bâtir un monument funéraire. Le tout dernier à squatter le caveau est le jeune Louis Joseph Xavier François, fils de Louis XVI, mort à 7 ans, seulement quatre ans avant la profanation.

Sous la surveillance de l'entrepreneur Scellier, de plusieurs commissaires de la Convention et de délégués de la commission des Arts, les ouvriers commencent par s'attaquer au cercueil du Vert Galant. Ils brisent le bois à grands coups de marteau, puis découpent le sarcophage en plomb glissé à l'intérieur avec des ciseaux. Le roi apparaît, plus vert que nature. Il semble dormir après une bonne partie de jambes en l'air avec Nafissatou Diallo. On dresse sa bière contre un pilier. La foule défile pour l'admirer. D'un coup de sabre, un soldat lui tranche une longue mèche de sa barbe. "Et moi aussi je suis soldat français ! Désormais, je n'aurai plus d'autre moustache", s'exclame-t-il en plaçant les poils sur sa lèvre supérieure. Puis un employé municipal moule la tête.

La nuit tombe déjà, les ouvriers se retirent, remettant au lendemain la suite des opérations. Le lendemain, c'est le dimanche 13 octobre. On ne travaille pas le jour du Seigneur. C'est donc le lundi 14 octobre 1793 que la profanation du caveau des Bourbons débute véritablement. Plusieurs descriptions nous en sont parvenues. Notamment celle d'Henri-Martin Manteau, 29 ans, ami de dom Druon, ex-prieur de l'abbaye de Saint-Denis devenu archiviste du lieu. Il est venu en curieux Quand il pénètre dans le caveau, les ouvriers viennent d'ouvrir le cercueil en plomb de Marie de Médicis, la deuxième épouse d'Henri IV. À l'intérieur, ils trouvent quelques ossements baignant dans une matière fangeuse. Deux ou trois sans-culottes l'écopent avec des pelles pour récupérer le plomb. Pendant ce temps, raconte Manteau, des imprécations fusent vers les restes de la malheureuse reine qu'ils accusent d'avoir fait assassiner son époux. Le ton monte. Les plus hardis arrachent les dernières touffes de cheveux encore attachées au crâne. Ils se les repassent de main en main. Manteau tend la sienne et se retrouve ainsi avec quelques mèches qu'il glisse dans sa poche. Les ouvriers passent maintenant à l'ouverture de la bière d'Anne d'Autriche. Ils trouvent un corps putréfié enveloppé d'une étoffe très épaisse de couleur rousse. C'est le costume du tiers ordre de saint François.

"Le cadavre avait conservé ses formes"

Manteau en a assez vu, il ressort du caveau en compagnie de dom Druon. Tous deux se recueillent devant Turenne, qui n'a pas encore été déménagé, puis vont jeter un coup d'oeil dans le trou qui vient d'être creusé pour recueillir les corps au fur et à mesure de l'ouverture des cercueils. "Déjà on avait apporté et jeté dans cette fosse le corps d'Henri IV et celui de Louis XIII. Le premier était resté pendant douze heures dans la chapelle basse, exposé à la vénération des uns, à la curiosité du plus grand nombre. (...) Les deux princes étaient placés dan la fosse, l'un à côté de l'autre. Louis XIII à la droite d'Henri IV, mais en sens inverse pour l'observateur." Un autre témoin, ayant assisté à l'ouverture du cercueil d'Henri IV, le samedi 12 octobre, a laissé ce témoignage : "Le cadavre avait conservé ses formes de manière à faire reconnaître ses traits chéris ; les scélérats qui étaient présents, et Robespierre lui-même, avaient été saisis à cette vue d'une effroi involontaire ; tous s'étaient rapprochés doucement, et avaient arraché respectueusement quelques poils de la barbe d'Henri, que depuis ce temps ils portaient dans des bagues comme une relique."

« Icy est le Corps de Louis 14 par la grace de Dieu, Roy de France et de Navarre très Chrestien décédé en son Chasteau de Versailles le 1er jour de septembre 1715 » – cuivre martelé et laminé, gravé au burin

La plaque de cuivre, fixée sur le cercueil de Louis XIV en 1715, a été arrachée, le 14 octobre 1793, lors de la profanation des sépultures royales. Elle fut transformée en casserole par un chaudronnier de Saint-Denis.

Manteau voit des hommes apporter un grand cercueil en chêne. Sur le côté, une inscription signale que l'occupant est Louis XIV. On déchire l'enveloppe en plomb sous laquelle apparaît le corps du Roi-Soleil. Curieusement, il apparaît intact, mais de couleur d'ébène. Une longue bandelette entourant son cou est enlevée pour dégager ses traits. "Il semblait que ce prince commandait encore le respect et que, par la sévérité de ses traits, il menaçait alors ses profanateurs." Les sans-culottes extraient le corps de celui qui régna en maître absolu sur la France pour le balancer dans le trou cul par-dessus tête. Le voilà gisant sans cérémonie sur celui de son grand-père Henri IV. La foule se rassemble pour regarder les trois monarques, le père, le fils et le petit-fils s'étreindre pour la première fois. Des curieux n'hésitent pas à poser une échelle pour descendre dans la fosse. Ils sortent leur iPhone pour se photographier mutuellement. Manteau, décidé à prélever des reliques, descend à son tour. Il s'approche de Louis XIV, tente d'arracher un morceau de chair à un bras, puis à une jambe. Impossible. Il se rabat sur la mâchoire pour tenter d'arracher une dent, mais, la vache, elles tiennent encore solidement. Finalement, le jeune homme parvient à s'emparer d'un ongle de la main droite. C'est toujours ça de pris. Encouragé par cette première victoire, il s'intéresse maintenant au corps d'Henri IV. Son pied droit est sous son nez, il en arrache l'ongle du pouce. Manteau n'est pas le seul à vouloir repartir avec un souvenir. Un certain Charles Brulay s'empare de la mâchoire de Dagobert, d'un morceau de crâne de Saint Louis, de dents d'Henri III, de cheveux de Philippe Auguste et d'une jambe de Catherine de Médicis.

Puanteur

Satisfait, Manteau remonte sur le bord de la fosse d'où il voit un charretier fendre d'un coup de couteau le ventre du Roi-Soleil, y plonger la main pour en retirer une grande quantité de l'étoupe remplaçant les entrailles. Sous les acclamations de la foule, il ouvre de la même manière la bouche du roi. Chaud devant ! Un nouveau cadavre est balancé dans la fosse. Il est minuscule, c'est Marie-Thérèse d'Autriche qui tombe à côté de son époux sans prendre la peine de faire une révérence. Lequel ne semble pas s'en formaliser. Vingt-trois ans plus tard, Manteau remettra ses trois reliques à Louis XVIII. Elles seront déposées dans le caveau des Bourbons lorsque Louis XVIII y sera inhumé à son tour, en 1824.

La profanation reprend le mercredi 16 octobre dès 7 heures du matin. Les ouvriers abattent un sacré boulot ce jour-là : 21 cercueils sont éventrés et leurs occupants balancés dans la fosse. Principaux princes expulsés : Henriette de France, Philippe d'Orléans, Charles V, Jeanne de Bourbon. Il règne une odeur épouvantable. "La plupart des corps étaient en putréfaction. Il en sortait une vapeur noire et épaisse, d'une odeur infecte, qu'on chassait à force de vinaigre et de poudre qu'on eut la précaution de brûler, ce qui n'empêcha pas les ouvriers de gagner des dévoiements et des fièvres qui n'ont pas eu de mauvaises suites", écrit un témoin. À 11 heures, l'heure exacte où Marie-Antoinette monte sur l'échafaud ce jour-là, le cercueil de Louis XV est transporté au bord de la fosse pour y être ouvert. Sage précaution, car, à l'ouverture, un jet de miasmes fétides fait reculer d'horreur les curieux. Au premier abord, le roi paraît bien conservé. "La peau était blanche, le nez violet et les fesses rouges comme celles d'un enfant nouveau né, et nageant dans une eau abondante formée par une dissolution du sel marin dont on l'avait enduit, n'ayant pas été embaumé suivant l'usage ordinaire." Mais, mises à nu, les chairs putrides du Bien-Aimé exhalent une telle puanteur que les soldats présents brûlent de la poudre et tirent au fusil pour tenter de la dissiper. On s'empresse de recouvrir le cadavre de chaux et de terre.

Désormais, le caveau des Bourbons est vide. La réunion de famille est interrompue à jamais. Mais il reste encore de nombreuses chapelles à piller dans la basilique. À 15 heures, on s'attaque à celle de Charles V, mort en 1380, puis à celle de son épouse et de leurs enfants. Dans les cercueils, on ne retrouve que des ossements, avec bijoux précieux, couronnes et sceptres. Du 17 au 25 octobre, méthodiquement, toutes les chapelles sont vidées de leurs occupants et de leurs métaux. Tous les Valois y passent : Henri II et son épouse, Catherine de Médicis, leurs trois fils couronnés. Et puis les carolingiens et les mérovingiens. Le plus vieil occupant délogé est Dagobert, mort en 638. Après presque douze siècles de sommeil, il n'a pas eu le temps de mettre son linceul à l'envers. Seul le cercueil de Valéry Giscard d'Estaing échappe au vandalisme...

Après 24 ans de promiscuité dans la fosse, le 21 janvier 1817, les rois et reines de France seront à nouveau exhumés pour être entassés dans une dizaine de coffres placés dans un ossuaire. Il faut dire que la chaux les a réduits à presque rien. Louis XVIII en profite pour rapatrier également les restes de son frère Louis XVI et de son épouse à Saint-Denis. La famille est désormais au complet.

 

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