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16 Jan

16 janvier 1793: 20H

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Calendrier

L'appel commence à huit heures du soir.

L'un après l'autre, les sept cents députés présents vont se succéder à la tribune et émettre publiquement leur vote.

Le premier appelé, Jean-Baptiste Mailhe de la Haute-Garonne, vote pour la mort mais pose aussitôt la question du sursis.

C'est trop tôt.

Cet ultime recours dès maintenant entrevu, bien qu'il soit si incertain, nombre de députés, par crainte de la Montagne et de Paris, vont voter la mort, en feignant de croire que l'exécution ne suivra pas.

La manoeuvre de Mailhe ouvre pleine carrière à la lâcheté.

Les votes se suivent.

Quelques-uns proposent le bannissement, les autres la mort.

Mais n'ont paru encore que des comparses.

La salle attend avec impatience le vote des députés de la Gironde c'est de lui, nul n'en doute, que dépend l'arrêt.

A l'appel de son nom, Vergniaud se lève.

La voix plus sourde, il vote la mort mais demande lui aussi le sursis. Le meilleur des Girondins, le plus désintéressé, le seul peut-être capable de vues hautes, pousse ainsi Louis XVI à l'échafaud.

La plupart de ses amis suivent son exemple.

Ils ne croient pas dans leur âme à la culpabilité de Louis, mais, par souci de popularité, ils le condamnent.

Le crime de la Montagne est moins bas que le leur, commis par intérêt, contre leur conviction.

Il est quatre heures du matin.

Dans la salle beaucoup de députés somnolent, plusieurs même se sont étendus sur leur banc.

Certains, avec une épingle, marquent les voix sur une carte, d'autres alignent des bâtons sur un morceau de papier.

Le public des tribunes suit le défilé avec une ardeur féroce, approuvant tout haut les votes de mort, huant les votes contraires. Une femme de la Halle, surnommée « l'Archiduchesse », semble le diriger.

Le vin, l'eau-de-vie circulent comme dans un café.

On boit à la mort de Capet, on plaisante, on tient des paris...

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"Philippe Pique" - carte à jouer satirique relative au duc d'Orléans

Le funèbre dénié continue.

« Passaient à cette tribune, écrit Mercier, des visages rendus plus sombres par les pâles clartés, et qui, d'une voix lente et sépulcrale, ne disaient que ce mot :

« La mort ! »

Des Montagnards encombrent les abords de la tribune afin d'intimider les hésitants. Lepeletier de Saint-Fargeau est l'un des plus acharnés.

Quand Robespierre est appelé, il prononce un véritable réquisitoire qui s'achève en cette sèche phrase : «je vote pour la mort. »

Danton le remplace.

Il semble brandir la hache.

- On ne compose pas avec les tyrans, on ne les frappe qu'à la tête... Je vote la mort du tyran.

Barère l'imite et Sieyès.

La « Taupe » de la Révolution ne prononce pas les mots atroces qu'on lui a attribués: «La mort, sans phrase...» sa bouche glabre laisse tomber ces seuls mots :

"La mort".

Marat, Collot d'Herbois, Billaud-Varenne votent pour la mort "dans les vingt-quatre heures"

On appelle Philippe-Egalité.

Il a juré à ses proche de se récuser.

Il le doit à ses liens de sang.

Il le peut.

Ses amis de la Montagne eux-mêmes l'approuveraient.

Mais il a peur.

Se composant un masque impassible, qui pour une fois a perdu couleur, il monte le petit escalier de la tribune et lit un papier qu'il froissait dans sa main:

"Uniquement préoccupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou qui par la suite à la souveraineté du peuple méritent mort, je vote pour la mort! »

Sa phrase est saluée par un murmure d'horreur.

Nul sut Montagne.

Les tricoteuses des tribunes elles-mêmes font entendre des exclamations de mépris.

Le prince jaloux, le prince rebelle qui n'a jamais pensé qu'à soi, à sa fortune, au trône, vient de se perdre à tout jamais aux yeux des hommes

Il croit sauver sa tête et dans ce moment même s'ouvre le chemin de l'échafaud.

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"La victime d'égalité" 

Le duc d'Oléans appuyé à la guillotine et brandissant la tête de Louis XVI 

gravure anglaise

L'aube naît, le scrutin se poursuit, de plus en plus -lent, dans une sorte d'hébétude.

Les voix une à une -s'égrènent.

Voix qui trahissent les tempéraments, qui disent la volonté sectaire, la faiblesse, la haine, la générosité, l'effroi, voix familières, voix inconnues, voix dures, voix lourdes, voix qui ne sont qu'un murmure, voix qu'étrangle un regret, qu'assourdit un remords, voix assénees comme un couperet.

Toute une journée encore, les uns après les autres, les députés se succèdent.

La lumière blanchit leurs fronts, leurs mains.

Quelques mots, ils redescendent et se noient dans leurs travées... Un moment on peut croire que la mort s'écarte; la réclusion parait devoir l'emporter.

Malesherbes, dans la tribune des défenseurs, inscrit à mesure les suffrages sur son carnet.

Presque jusqu'à la fin, son vieil optimisme l'empéche de désespérer.

La tourbe massée devant la Convention hurle toujours à la guillotine.

Mais dans Paris, tristesse et compassion semblent prévaloir.

Aux carrefours, des chanteurs ambulants font entendre des complaintes.

L'une d'elles, sur l'air du «Pauvre Jacques » et qui finit par ce vers bancal: « Louis n'eut ni favori ni maîtresse », tire des larmes aux assistants qui le reprennent en choeur...

Des colporteurs vendent le Proces de Charles 1er.

De nouveau la Convention rallume ses lampes.

A huit heures du soir seulement le scrutin est clos.

Tandis que les membres du bureau, retirés dans une salle voisine, procèdent au dépouillement, Vergniaud (qui dans la journée a laissé à d'autres la présidence) reprend la direction des débats.

- Vous allez, dit-il, exercer un grand acte de justice; j'espère que l'humanité vous engagera à garder le plus profond silence...

«La majorité absolue est de trois cent soixante et une voix, à raison des députés absents ou qui se sont récusés.

Trois cent soixante-six ont voté pour la mort.

Je déclare donc, au nom de la Convention nationale, que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet est la mort"

Louis XVI n'est ainsi condamné qu'a cinq voix de majorité.

Si les votes avaient été indépendants, si les députés n'avaient pas été soumis à la tyrannie de l'extérieur, aux adjurations des députés de Paris, aux menaces des tribunes, cette majorité se fût transformée en nette minorité.

Mais s'il était demeuré quelque vestige de liberté, le roi n'eût même pas été mis en jugement...

Les défenseurs sont alors admis à paraître à la barre.

De Sèze présente le recours du condamné.

L'Assemblée ne peut le repousser.

Droit naturel et sacré, il devient d'autant plus nécessaire que la majorité est plus faible.

Tronchet rappelle qu'en matière criminelle la condamnation exige une majorité des deux tiers.

Malesherbes après lui essaie de parler.

Il est trop ému, ses mains tremblent, sa voix est coupéè de sanglots.

On comprend qu'il demande à présenter le lendemain quelques observations.

Vergniaud abrège ce moment douloureux.

Les trois avocats se retirent après avoir reçu les honneurs de la séance.

Tout de suite on discute leur requête qui est rejetée.

Complètement épuisée, saoule d'émotion et de fatigue, la Convention lève enfin la séance.

Elle a duré sans interruption trente-sept heures !

Toute la nuit, par les rues vont courir les vendeurs de journaux qui crient:

«La mort! La mort! »

Beaucoup d'hommes et de femmes qui derrière leurs volets attendaient le verdict, s étreignent en pleurant et tombent à genoux.

Malesherbes et ses deux collègues, le matin du 18, viennent apprendre au roi son arrêt.

Le vieillard se jette au pieds de son maître qui l'aide à se relever et le console.

- Sire, tout espoir n'est pas perdu, on va délibérer sur le sursis...

- Non, non, il n'y a plus d'espoir, dit Louis. Je suis prêt à mourir pour mon peuple. Puisse mon sang le sauver des horreurs que je redôute pour lui !

Comme Malesherbes l'avertit que des sujets fidèles ont juré de l'arracher au supplice, il répond avec vivacité :

- Je leur défends, je ne leur pardonnerais pas s'il y avait une goutte de sang versée pour moi.

Il embrasse ses trois défenseurs :

- A demain, dît-il, croyant les revoir.

Il ne les reverra plus.

La Commune, prétextant une évasion possible, interdit toute communication du condamné avec ses conseils...

Sur l'intervention de Barère le sursis est repoussé par trois cent quatre-vingts voix contre trois cent dix.

L'exécution aura lieu vingt-quatre heures après la notification au condamné.

Ce sont les Girondins qui ont vraiment assassiné Louis XVI.

Les Montagnards voulaient sa mort, mais combien sont-ils ?

Cent trente, cent quarante ?...

Vergniaud en se déclarant pour la peine capitale, l'état-major girondin en le suivant, ont donné la majorité à l'échafaud.

La Gironde est la responsable immédiate de l'assassinat.

Un moment prise de regret, elle a tenté de s'accrocher au sursis. Mais elle a reculé devant la Montagne.

A présent les dés sont jetés.

Il est trop tard, Vergniaud, pour rien sauver : ton parti, la liberté, ta mémoire.

Tu ne saurais racheter qu'en mourant toi-même.

Il n'y faudra pas longtemps, quelques mois...

 

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