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19 Jun

20 juin 1791: Fuite à Varennes

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #[1789-1793]

 La fuite manquée des 20 et 21 juin 1791  

le Roi et la famille royale quittent Paris pour échapper à la pression des émeutiers et gagner Montmédy

(fuite de Varennes)

 

La fuite manquée des 20 et 21 juin 1791 est un épisode important de la Révolution française au cours de laquelle le roi de France Louis XVI, sa femme Marie-Antoinette, et leur famille immédiate ont tenté de rejoindre le bastion royaliste de Montmédy, à partir duquel le roi espérait lancer une contre-révolution.

En accréditant la thèse de la trahison du roi, cet événement déterminant dans le cours de la Révolution française a largement contribué à rendre crédible l’idée d’instaurer une république en France.

Le départ de la famille royale de Paris est un projet récurrent depuis le 5 octobre 1789, date à laquelle il a été pour la première fois abordé en conseil1, mais cette fois, la situation décide le roi Louis XVI à autoriser son entourage et celui de Marie-Antoinette d'Autriche, avec au premier rang Axel de Fersen, à lui soumettre un plan d'évasion minutieusement organisé du palais des Tuileries, où il n'est plus tout à fait libre de ses mouvements. C'est La Fayette, en tant que général commandant de la garde nationale, qui est chargé de la protection de l'exécutif mais également de sa surveillance.

D'ailleurs, premier responsable mis au courant de ce départ, il prend immédiatement et seul l'ordre d'envoyer des hommes dans toutes les destinations envisageables, qui conduira ainsi à la reprise du roi.

La Fayette élabore et défend une communication publique d'un prétendu enlèvement du roi en refusant de diffuser la « déclaration à tous les Français », rédigée par Louis XVI afin d'expliquer ce départ de Paris (cf le testament politique de Louis XVI, infra).

L'objectif consiste à rallier discrètement la place forte de Montmédy, pour y rejoindre le marquis de Bouillé, général en chef des troupes de la Meuse, Sarre et Moselle, co-organisateur du plan d’évasion.

Une série de mauvaises applications de ce plan transformera cette tentative de reprise en main de la Révolution par le roi en échec, qui sera particulièrement bien exploité par les partisans de l'instauration d'une république.

 

Louis XVI laisse un message à l'Assemblée dans lequel il proteste contre tout ce  qui avait été fait et imposé depuis son départ forcé de Versailles.

 

Il déclare que toutes les signatures qu'il avait données depuis cette date étaient nulles puisque contraintes.

 

Il fait part, entre autres, de son intention de rétablir la religion.

 

épisode à première vue mineur, mais en réalité déterminant dans le cours de la Révolution française.

 

Suite à cet événement, l'idée d'instaurer une république en France est passée de farfelue à crédible.

 

Fichier:FlighttoVarennesKingLouisXVI.jpg

 

Cela fait de nombreux mois que Louis XVI songe à quitter Paris.

Le plan d'évasion était déjà validé mais la crainte d'une guerre civile le retenait.

Deux événements vont décider Louis XVI à vouloir reprendre la main par la force[1] :

  1. La mort de Mirabeau (2 avril 1791) : « l'orateur du peuple » qui s'est tant battu pour la liberté, pour restreindre les prérogatives royales au profit de l'Assemblée, a toujours prôné une voie moyenne entre la révolution et la monarchie, or il sent, depuis les journées des 5 et 6 octobre 1789, que les choses lui échappent. Il appartient à la catégorie des hommes publics qui tentent de freiner le cours comme les autres membres de la Société des amis de la convention (comme son ami Talleyrand et son rival La Fayette ; c'est de ce club que sera prise la décision de faire passer la fuite de Varennes pour un enlèvement. C'est la fuite de Varennes qui sera à l'origine de la scission entre le club des feuillants opposé au renversement du Roi et le club des jacobins républicains, associés désormais à Robespierre). Cependant Mirabeau avait, depuis son installation définitive à Paris, installé des relations secrètes avec la cour. « C'est une grande perte, écrira Fersen, car il travaillait pour eux [la famille royale] ».
  2. Les « Pâques inconstitutionnelles » (18 avril 1791) : Le roi n'a jamais accepté la signature imposée du décret relatif au serment des prêtres à la constitution civile du clergé. Son testament rappelle d'ailleurs qu'il a eu ce regret toute sa vie. Aussi, durant la messe du dimanche des Rameaux célébrée par le cardinal assermenté Montmorency, il s'abstient de communier. Cette réticence fait l'objet d'une communication assez large (y a-t-il un lien avec le retour de Philippe Egalité de Londres ?). Toujours est-il que lorsque le lendemain, lundi 18 avril, Louis et sa famille s’apprêtent à quitter les Tuileries, comme l’année précédente, pour rejoindre Saint-Cloud afin d’y passer la semaine sainte, il en est empêché. Une foule informée de ces intentions, « spontanément » rassemblée place du carroussel, a immobilisé le carrosse royal. Or la deuxième division de la garde nationale s'est jointe aux manifestants. Pendant deux heures la famille royale sera bloquée tandis que La Fayette, arrivé entre temps avec Bailly, ne parvenait pas à frayer un passage au Roi. C'est à pied que Louis XVI est finalement retourné au palais des Tuileries. Suite à cette épisode, La Fayette démissionna le 21 avril avant de se rétracter aussitôt devant l'insistance de ses officiers et une majorité des sections.

Plan d’évasion 

Les premières traces de préparation de cette évasion datent de septembre 1790. Il semble que le plan initial ait été apporté par l'évêque de Pamiers : « Sortir de sa prison des Tuileries et se retirer dans une place frontière dépendant du commandement de M. de Bouillé. Là, le Roi réunirait des troupes « ainsi que ceux de ses sujets qui lui étaient restés fidèles et chercherait à ramener le reste de son peuple égaré par des factieux »[2]. Seulement si ce plan échouait, le recours aux « alliés », c'est-à-dire l'empereur d'Autriche, était envisagé.

Les protagonistes 

En plus de l'évêque de Pamiers susmentionné et du roi, qui reste le cerveau de son « voyage à Montmédy » comme il nomme lui même cette opération, quatre personnages sont chargés de l'organisation :

Dès septembre, l'évêque de Pamiers s'était rendu à Metz rencontrer Bouillé, commandant des troupes de l'Est. Ce dernier eut même l'idée de demander à l'empereur allié du Roi de faire avancer quelques troupes sur la frontière et ainsi demander du renfort des meilleurs régiments. Un courrier de Marie-Antoinette à Mercy-Argenteau montre cette demande de mouvement des troupes "alliées" vers la frontière française.

Pour davantage illustrer dans quelle discrétion ce plan a été mis au point, il suffit de lire les mémoires du comte de Provence[3] (le futur roi Louis XVIII). Il y dit qu'il a été mis au courant de la destination finale de Louis XVI (Montmédy) le 19 juin. Il a lui aussi quitté Paris dans la nuit du 20 juin (il demeurait au Petit Luxembourg). Déguisé, muni d'un "passe-port" anglais, il rejoint ainsi les "Pays-Bas", via Avesnes-sur-Helpe et Maubeuge.

Les modalités de l'évasion 

Le principe consistait à se faire passer pour l'équipage de la baronne de Korff, veuve d'un colonel russe qui se rend à Francfort avec deux enfants, une femme, un valet de chambre et trois domestiques. Une berline fut spécifiquement commandée (infra).

Le trajet, choisi par Louis XVI pour se rendre à Montmédy, empruntait la route de Châlons-sur-Marne. A Pont-de-Somme-Vesle un premier détachement de 40 hussards de Lauzun, aux ordres du duc de Choiseul suivrait l'équipée jusqu'à Sainte-Menehould où un détachement du régiment Royal Dragons escorterait directement la berline : à Clermont-en-Argonne, un escadron du régiment des Dragons de Monsieur aux ordres du comte Damas rejoindrait la berline. A la sortie de Varennes, un escadron de hussards de Lauzun bloquerait durant vingt-heures les éventuels poursuivants : le poste de Dun-sur-Meuse serait gardé par un escadron des hussards de Lauzun et le régiment de Royal Allemand cantonnerait à Stenay. Le Roi pourrait gagner ainsi la place forte de Montmédy où l'attendrait le marquis de Bouillé.

En réalité, rien ne va se passer ainsi. Selon de nombreux passionnés de cet événement, comme Napoléon Bonaparte (dont un courrier sur le sujet a été exhumé des archives par l'historien André Castelot), le grand responsable de cet échec est le duc de Choiseul. Ce dernier n'a pas, d'une part, respecté les directives de Bouillé, mais il s'est même permis de désorganiser le plan initial. Ainsi, il a autorisé des officiers (qui attendaient un "trésor" à escorter) à quitter leur poste, en raison du retard du cortège royal. Pour ce faire, il a confié ces instructions au coiffeur de la Reine, Léonard, qui les appliqua avec trop de zèle. Sans cela, toujours selon le mot de Napoléon, la face du monde aurait été changée.

Suite à cette désorganisation et aux nombreux retards, les hommes de La Fayette, à la poursuite du convoi, n'auraient pas rencontré Jean-Baptiste Drouet, maître de poste de Sainte-Menehould. Ce dernier s'est souvenu avoir vu, une heure avant, une berline correspondant à la description. Il s'est souvenu qu'elle se dirigeait vers Varennes. Aussitôt, il prit l'initiative de s'y rendre afin de stopper le convoi, avec l'aide des autorités locales qu'il avait convaincues de faire contrôler scrupuleusement les passeports. Bloqué une partie de la nuit, le roi refusa que la force fût employée (des hussards et une partie de la population étaient prêts à couvrir son départ. Louis XVI attendait, en vain, le renfort de Bouillé, qui aurait dû arriver. Pendant ce temps, les habitants de Varennes et de nombreuses personnes, venues des environs, alertés par le tocsin, se sont massés à Varennes pour voir le Roi.

Grâce à cette situation tendue, l'aide de camps de La Fayette, Romeuf (autre homme clef de cette arrestation) eut le temps d'arriver, muni d'un décret de l'Assemblée ordonnant l'arrestation de la famille royale. Possédant la légitimité de la garde nationale et de l'Assemblée, il prit l'ascendant. Seulement, voyant qu'il jouait la montre avec Louis XVI, au lieu d'organiser sans tarder le retour du Roi à Paris, son adjoint "patriote", quelques autorités locales ont alors forcé la volonté de Louis XVI. A ce moment, environ 10 000 personnes s'étaient agglutinées à Varennes. Certains scandèrent "À Paris ! À Paris !" "Vive la nation !", ce qui exacerba les tensions. Romeuf sera arrêté le 23 juin suivant pour qu'il s'explique sur son rôle. Il sera relâché et deviendra général et baron d'Empire. Son nom est gravé sur l'Arc de triomphe de l'Étoile.

Leurs passeports 

Fersen, au nom de Mme de Korff, sollicita au ministre Montmorin un laisser-passer qu'il signa en ne soupçonnant rien. La signature du Roi fut moins difficile à obtenir. Voici les identités d’emprunt des membres de l'équipée :

  • Louis XVI  : M. Durand (intendant de la baronne de Korff).
  • Marie-Antoinette d’Autriche : Mme Rochet (gouvernante des enfants de Mme de Korff).
  • Marie-Thérèse de France : une des filles de Mme de Korff.
  • Le Dauphin : autre fille de Mme de Korff (il est vêtu en fille).
  • La marquise Louise-Elisabeth de Croÿ de Tourzel, gouvernante des enfants de France : la baronne de Korff.
  • Madame Elisabeth (sœur de Louis XVI) : dame de compagnie de la baronne.
  • Les trois domestiques étaient messieurs de Moustier, de Valory et de Malden, gentilshommes (anciens gardes du corps licenciés en 1789). Le roi leur avait demandé de se couvrir de « livrée de courrier » (afin de devancer les changements de chevaux dans les relais). Or le choix de leur couleur, jaune, ne fut pas des plus judicieux, puisqu'elle était celle de la maison du prince de Condé parti à l’étranger au début de la Révolution et ne pouvait qu’éveiller les soupçons dans l'Argonne où elle était fort connue.

La voiture 

Le 22 décembre 1790, une voiture susceptible de tenir six personnes, robuste et confortable est commandée au carrossier Jean Louis, implanté quai des Quatre-Nations (quai Malaquais, aujourd'hui hôtel Parabère). La caisse et les moulures de cette berline seront peintes en vert et le train et les roues en jaune citron. Elle comportera un attelage de six chevaux. Cette demande de « fourniture » émane de la baronne Anna de Korff et c'est Fersen qui joue les intermédiaires. Durant tout l'hiver, il le fera presser son travail. La berline est terminée le 12 mars 1791, mais personne ne vient la chercher avant le... 2 juin.

Il convient à cet égard d’écarter cette idée encore très présente dans l’imagerie populaire : la berline de la famille royale n’était en aucun cas un « abrégé du château de Versailles », mais un véhicule de voyage tout à fait conforme à l’usage pour effectuer un long trajet (cette berline servit d’ailleurs de diligence, assurant le Paris-Dijon, jusqu’en 1795, date à laquelle elle fut détruite dans un incendie). L'historienne spécialiste de Louis XVI, Pierrette Girault de Coursac ose la comparaison suivante : « on peut la qualifier de belle Mercédès mais certainement pas de Rolls-Royce ».

La sortie des Tuileries

C'est à Fersen que revenait l'organisation de la sortie des Tuileries. L'historien André Castelot souligne la difficulté de quitter secrètement un palais (qu'il qualifie de caravansérail) où dormaient, sur des couches à même le sol, le nombreux personnel. Les hommes de La Fayette, qui s'était engagé sur sa tête à ce que le roi ne tente pas de s'échapper, étaient vigilants.

Pour quitter les Tuileries afin de rejoindre une « citadine » (petite voiture) garée rue des Échelles, il faut donc, après avoir procédé à la cérémonie du coucher (réduite mais toujours en vigueur en 91), connaître les mouvements des sentinelles. Vite déguisés, le roi, la reine, la gouvernante accompagnée du dauphin et de madame royale, la marquise et madame Elizabeth quittent le palais en direction de la citadine dont le cocher est Fersen. Ce dernier les emmène ensuite, via la rue du Faubourg-Saint-Martin, à la barrière de la Villette. Il est 1h20. Celle-ci est passée sans problème, étant donné que les responsables de la barrière fêtent le mariage de l'un d'eux. Une fois sorti de la capitale, tout le monde descend pour s'installer dans la berline qui les attend avec les trois valets en livrée. Fersen peut alors faire ses adieux.

Départ de Paris - 20 juin 1791 

22 heures 30 

Deux femmes de chambre de Marie-Antoinette, madame Brunier et madame Neuville, les premières dames de Madame et du Dauphin, quittent les Tuileries pour Claye-Souilly où elles doivent rejoindre la berline royale.

Dans le même temps, dans l'Argonne (et dans la Marne), 180 dragons sous le commandement du colonel de Damas, cantonnent à Clermont-en-Argonne et au village voisin d'Auzéville. 40 hussards de Lauzun, commandés par le sous-lieutenant Boudet cantonnent à Sainte-Ménéhould. Ils doivent rejoindre le lendemain Pont-de-Somme-Vesle, premier relais après Châlons.

22 heures 50  

Axel de Fersen emmène des Tuileries le dauphin (futur Louis XVII de France), sa sœur, Marie-Thérèse de France et leur gouvernante, Louise Elisabeth de Croÿ de Tourzel.

23 heures 30 

Louis XVI et Marie-Antoinette font semblant de se coucher selon le cérémonial habituel.

 

le passeport qu'utilisa la famille royale pour sa fuite au nom de Madame de Korff

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