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20 Jun

21 juin: Varennes

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Calendrier

La ville et l’Assemblée - Aux jacobins

 

Le 21 juin, à sept heures, le valet de chambre du roi, Lemoine, a trouvé son lit vide.

 

Presque aussitôt la nouvelle vole et gagne la ville

« Le roi est parti ! »

 

En quelques minutes ce cri atteint les faubourgs.

 

Inondant les rues, une foule se précipite vers le Carrousel.

 

D’abord elle paraît morne, accablée.

 

Puis la colère succède à la crainte et l’on accuse La Fayette de complicité.

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Dans son péril, le général que si souvent la présomption aveugle, montre clairvoyance et sang-froid.

 

Il court aux Tuileries, lance à toutes les gardes nationales l’ordre d’appréhender Louis où qu’on le trouve.

 

On bat le générale, il est défendu de sortir de Paris.

 

Se rendant à l’Hôtel de ville, La Fayette en chemin répond aux imprécations, aux menaces qui l’assaillent :

- Eh bien, de quoi se plaint-on ?

 

Chaque citoyen gagne vingt sols par la suppression de la liste civile !

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Déclaration laissée par Louix XVI à son départ le 20 juin - archives nationales

La boutade amuse le peuple ; de la fureur, il passe à la gaîté.

 

Il entre aux Tuileries dont les portes sont grandes ouvertes.

 

Après le respect instinctif des premiers pas, naissent une familiarité, une gouaille vulgaire.

 

On décroche le portrait du roi, une fruitière, assise sur le lit de Marie-Antoinette, vend des cerises.

 

La foule pourtant erre par les salons sans rien détruire ni voler.

 

Un plaisant écrit à la craie sur la porte du palais : logement à louer.

 

Dans les rues, les vendeurs de journaux crient, parmi les rires :

« Il a été perdu un roi et une reine, récompense honnête à qui ne les retrouvera pas »

 

On barbouille les enseignes où figurent les mots roi ou couronne, on efface les fleurs de lys.

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Epouvante de l'Assemblée Nationale à l'annonce de la fuite du Roi - gravure satirique anglaise

L’Assemblée nationale se réunit.

 

Elle s’investit du pouvoir exécutif ; ses décrets auront désormais force de loi par la simple apposition du sceau de l’Etat.

 

Elle décrète l’appel de cent mille gardes nationaux, fait clore rigoureusement les frontières.

 

Les ministres paraissent. Montmorin, dont le peuple vient d’assaillir la maison, proteste qu’il n’était point dans le secret.

 

Il dit vrai, on le sent, on l’absout.

 

L’intendant de la liste civile Laporte se présente ensuite, porteur d’un mémoire cacheté que le roi, sans autre explication, l’a chargé de remettre au président de l’Assemblée.

 

Ce message intitulé Déclaration à tous les Français, et dont le principal rédacteur est le comte de Provence, élève une protestation forte, encore que mesurée, contre les excès qui ont bouleversé le pays.

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Le peuple se porte aux Tuileries le 21 juin - gravure du temps

Après avoir rappelé les outrages qu’il a subis et qui ont tant ravalé la fonction royale, journées d’Octobre, séjour forcé à Paris, calomnies contre la reine, insuffisance de la liste civile, atteintes intolérables à sa liberté de conscience, Louis conjure les Français de se détourner des factieux, de revenir à lui, leur meilleur ami et leur père.

 

Il oubliera avec joie ses injures personnelles, pour se retrouver au milieu de son peuple quand une nouvelle Constitution assurera le respect de la religion, l’autorité du gouvernement et les bases de la liberté.

 

Cette lecture est écoutée en silence.

 

La plainte du roi n’est que trop vraie.

Le soir, aux Jacobins, Robespierre s’arroge un rôle inattendu.

 

La « chandelle d’Arras » se mue en cierge.

 

Le démagogue prend alors son vrai relief, son sens définitif.

 

Ce jour où la royauté se condamne, voit naître la dictature de demain.

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Joie de l'Assemblée Nationale à l'annonce de l'arrestation du Roi - gravure de Gillray

La Fayette entre au club en donnant le bras à Lameth.

 

Derrière eux marchent Sieyès, Barnave, Duport, le chapelier et deux cents députés modérés, ceux que Desmoulins appelle impudemment

« la léproserie de 89 »

 

A leur vue, Danton, habillé en garde national, fond sur La Fayette.

 

- Vous avez répondu sur votre tête que le roi ne partirait pas !

 

Il nous faut le roi ou votre tête !

 

Mais sa foudre détonne.

 

On sent trop qu’il travaille pour Orléans.

 

Lameth, puis La Fayette lui-même, Puis Sieyès, puis Barnave répudient la violence, prêchent la concorde.

 

Et le club applaudit.

 

Une circulaire est envoyée aux Jacobins des départements.

 

Barnave l’a rédigée :

« Toutes les divisions sont oubliées, tous les patriotes sont réunis. L’Assemblée nationale, voilà notre guide, la constitution, voilà notre cri de ralliement »

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Arrivée à Paris de la famille Royale : passage à la barrière du Roule, le 25 juin 1791 - dessin de Prieur - Musée Carnavalet

Danton, battu par ceux qu’il nomme « les eunuques », va chercher une revanche à son club des Cordeliers.

 

Il pense y faire acclamer la déchéance de Louis.

 

Seulement le club va plus loin : il exige l’abolition de la royauté.

 

Danton, débordé, fait bon visage et signe le vœu envoyé à l’Assemblée pour réclamer la République.

 

La République, dont nul politique sérieux n’a encore retenu l’idée, dont le nom n’a été prononcé jusqu'à la fuite du souverain que par des isolés irresponsables , la République comme un éclair pénètre un grand nombre d’âmes.

 

Elles voient dans le départ de Louis la fin de la monarchie.

 

Plus de roi, plus de royaume, seule la nation.

 

Cette journée fonde dans toute la France un parti républicain, point très étendu peut-être, mais décidé. Profond.

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La famille Royale franchit la barrière des Champs-Elysées - lavis anonyme - B. N. Estampes

 

Cependant l’Assemblée, dans l’ensemble, est demeurée royaliste.

 

Ce qu’elle désire avant tout, c’est le prompt retour de Louis.

 

Elle va être exaucée.

 

 

Le soir du 22, à neuf heures et demie, un courrier arrive hors d’haleine, criant aux députés :

« Il est arrêté ! »

 

Pour aller au devant de Louis XVI et des siens et les protéger contre des sévices probables dans leur voyage de retour, l’Assemblée nomme trois commissaires, Latour-Maubourg, Barnave et Pétion.

 

Le premier est un vieil ami de La Fayette, Barnave représente l’essai d’entente entre la monarchie et la révolution, Pétion la tendance républicaine.

 

 

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