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20 May

21 mai 1791: L'incroyable histoire de l'homme qui a démoli la Bastille en 22 mois

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Calendrier

 

Après 433 ans d'existence, la prison qui logea Sade et le Masque de fer est rasée par mille hommes sous les ordres de Palloy.

 
 

Un document d'archives affirme que la démolition de la Bastille s'est achevée le 21 mai 1791, soit 22 mois après sa prise par le peuple parisien. La vieille dame indigne s'est donc éteinte dans sa 433e année. Le symbole du despotisme royal n'est plus. Vive la République ! D'après d'autres sources, l'établissement pénitentiaire le plus célèbre de France n'aurait pas été entièrement rasé à cette date. Peu importe la date exacte, parlons plutôt de l'homme qui a rayé la Bastille de la surface de Paris : Pierre-François Palloy. Fils d'un marchand de vin parisien, il est architecte-entrepreneur et un ardent patriote de 34 ans. Il prétend avoir participé à la prise de la Bastille. Quand le 16 juillet, l'Assemblée des électeurs décide que "la Bastille sera détruite sans perte de temps", Palloy s'empresse de poser sa candidature. Il le veut, ce contrat. C'est son Goncourt à lui. Alors, il va trouver chaque électeur pour l'expliquer. Sa fougue paie. Le soir même, il est désigné comme l'adjudicataire.

Pour trouver la main-d'oeuvre nécessaire, point n'est besoin de faire le tour des boîtes d'intérim. Des milliers de candidats affluent de tout Paris et de ses faubourgs. Ils sont presque prêts à se battre pour avoir l'honneur d'abattre la Bastille, et surtout pour toucher un salaire. Palloy engage un millier de manoeuvres et quelques maîtres artisans. Pour la deuxième fois, la Bastille est prise d'assaut. C'est un immense chantier qui attire les Parisiens. Plus spectaculaire que la construction du tunnel sous la Manche. Il devient un lieu de promenade. Chaque jour, des centaines de curieux, et même des touristes étrangers, viennent se mêler aux ouvriers, n'hésitant pas à leur filer un coup de main. Quel privilège que de pouvoir balancer une pierre dans le vide. Un touriste anglais, Thomas Clarkson, écrit : "Je ne vis personne - homme ou femme - qui ne se soit senti satisfait jusqu'à ce qu'il n'ait jeté quelque petit fragment de cet édifice haï.".

Fabrique à souvenirs

Au début, Palloy peine à maîtriser ses nombreux ouvriers, car beaucoup préfèrent faire visiter le chantier et les oubliettes aux visiteurs pour quelques sous plutôt que de travailler. D'autres encore sont là pour récupérer tout ce qu'ils trouvent afin de les vendre comme souvenirs. Quitte à fabriquer des faux. C'est ainsi que des dizaines d'armures prétendument retrouvées dans un cul-de-basse-fosse de la Bastille sont négociées dans Paris. Néanmoins, au fil des mois, la forteresse s'affaisse, met un genou à terre, puis rend les armes. Ses pierres sont revendues aux entrepreneurs. Des milliers servent à construire le pont de la Concorde.

En observant les visiteurs embarquer, qui un morceau de bois, qui un caillou, Pierre-François Palloy transforme le chantier en fabrique à souvenirs. Dans le fer des chaînes de la forteresse, il forge des centaines de médailles souvenirs. Le métal, le bois, la pierre lui servent à réaliser encriers, presse-papiers, médaillons, bustes, bonbonnières dotées d'images de la Bastille. Ces souvenirs s'arrachent comme des petits pains. Il fait même tailler un jeu de dominos dans du marbre pour l'offrir au fils de Louis XVI.

Mais, surtout, son idée la plus spectaculaire, la plus incroyable, c'est de faire tailler des répliques miniatures de la forteresse dans les pierres de la Bastille, qu'il offre gracieusement à chaque section de Paris et à chacun des 83 départements nouvellement créés, "pour y perpétuer l'horreur du despotisme". C'est un succès monstre, même les districts réclament leur reproduction. Impossible de répondre à toutes ces demandes, aussi Palloy se contente-t-il d'envoyer des pierres sur lesquelles il fait graver des extraits de la Déclaration des droits de l'homme.

Nid à rats

Le 11 mars 1792, l'entrepreneur publie ses comptes : la démolition de la Bastille a coûté 800 000 livres. C'est une somme énorme qui fait soupçonner un enrichissement personnel de la part de Palloy. Mais les commissaires aux comptes sont formels : il ne s'est même pas versé de salaire.

Durant de nombreuses années, l'emplacement de la Bastille reste une vaste esplanade chaotique, océan de boue l'hiver, désert de poussière l'été. En 1793, on y édifie une première fontaine colossale en plâtre figurant Isis assise sur un socle. L'eau sort par une de ses mamelles. C'est la fontaine de la Régénération. En 1808, sous Napoléon, il est question de la construction d'une deuxième fontaine encore plus kitsch, représentant un éléphant monumental délivrant l'eau par sa trompe. Napoléon est emballé : "Je suppose que l'éléphant sera très beau et de telles dimensions qu'on puisse entrer dans la tour qu'il portera." Finalement, seule la maquette en bois et en plâtre, haute de 24 mètres, voit le jour du côté de l'actuel Opéra. Elle deviendra un nid à rats dans lequel Victor Hugo logera Gavroche.

 

Avec Aristide Bruant, fredonnons :

À la Bastille
On aime bien
Nini Peau d'Chien
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien
Nini Peau d'Chien
À la Bastille.

 

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