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26 Jul

27 juillet 1793: Robespierre

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Calendrier

9 Thermidor


La Révolution Française

L'abattoir

Aigreur de Robespierre 

Que fera la Plaine ?

Le Comité de Salut Public tente de se rapprocher de l’Incorruptible

Dès ce moment, blessé dans son amour-propre, aigri par l'opposition rencontrée parmi ses collègues quand il a demandé des têtes, Robespierre n'assiste plus aux séances régulières du Comité de Salut public.

Il veut montrer qu'il s'est moralement séparé de lui.

Déjà il pense, en prononçant un grand discours à la Convention sur la situation politique, à en faire éliminer ses ennemis.

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Robespierre - peinture anonyme - Musée Carnavalet

 

A ce moment, la Terreur redouble.

 

Une sorte de vertige mortel a saisi les hommes responsables.

 

Comités, bureau de police, accusateur public, jurés, juges du Tribunal révolutionnaire sont les rouages aveugles d'une machine qui depuis la loi du 22 prairial tourne toujours plus vite, toujours plus fort et qui, s'ils ne lui fournissent assez de victimes, les dévorera à leur place.

 

En vain la foule des victimes s'amoncelle au bas de l'échafaud.

 

Sur toute l'étendue du territoire les têtes tombent « comme des ardoises par temps d'orage », selon le mot de Fouquier-Tinville.

 

Aristocrates, bourgeois, artisans, écrivains, prêtres, soldats, courtisanes, paysans, la Révolution frappe en démente tous ceux qu'elle soupçonne d'inimitié ou de tiédeur.

 

Depuis les guerres de religion on n'a jamais en France autant tué.

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Dévouement paternel - Loizerolles répond à l'appel du nom de son fils - dessin attribué à Swebach et Desfontaines - Musée Carnavalet

L'accusateur public n'est plus qu'un bourreau en chef.

 

Il s'attelle à sa tâche avec un zèle redoublé.

 

Jamais il ne demande un sursis, n'accorde un répit.

 

Il réclame de nouveaux employés pour mieux activer la besogne :

« Nous voulons que cela marche » répète-t-il.

 

Et ça marche !

 

De moins en moins on acquitte.

 

De son propre mouvement il grossit, il corse les fournées.

 

«Il nous faut du sang, le peuple veut du sang »

 

Il saute sur les dénonciations; elles sont innombrables.

 

Jalousies, rivalités de profession ou de famille, haines privées se joignent ici aux rancunes politiques.

 

Femmes qui accusent leurs maris, enfants leurs pères, ouvriers leurs patrons, domestiques leurs maîtres, tous ce qu'un peuple démoralisé recèle de sanie s'étale au jour.

 

On en tient grand compte.

 

Une tyrannie qu'elle soit démagogique ou dictatoriale, ne peut se soutenir que par la délation.

 

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Carte de sûreté - collection Lenôtre

 

Les prisons sont peuplées de « moutons »

 

On y mène une vie curieuse.

 

Les détenus sont entassés dans des pièces souvent étroites et obscures; aristocrates, prêtres, étrangers, gens de peu sont confondus.

 

On n'y pleure pas toujours.

 

Souvent on s'y égaie, on y chante, on y noue des intrigues galantes, on s'y invite à dîner, à souper, grâce aux provisions envoyées du dehors.

 

On correspond avec ses amis par mille moyens ingénieux, qui vont du collier du chien à l'aile d'un pigeon.

 

Le règne d'Herman sur l'administration pénitentiaire a fort gêné ces pratiques; il institue des réfectoires, fait cesser les visites, favorise les délateurs.

 

Mais il ne réussit pas à abattre les âmes. Jeunes ou vieux, hommes ou femmes, riches ou pauvres, tous voient la mort comme la voient les soldats.

 

La vie, pour soi-même comme pour les autres, ne compte plus.

 

C'est une des explications profondes de la Terreur.

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André Chénier - par Suvée - collection de Pange

 

Sur les charrettes qui vont vers l'échafaud, on n'entend guère de plaintes.

 

Certains, certaines, par lassitude ou par mépris, devant le Tribunal révolutionnaire provoquent leur condamnation par des mots de bravade.

 

La guillotine est entrée dans le décor des jours.

 

On va vers elle comme à une fin normale.

 

Quelques-uns avec héroïsme, la plupart avec indifférence, beaucoup avec bonne grâce et frivolité.

 

L'une des plus illustres victimes, et des dernières, André Chénier sera exécuté le 7 thermidor, avec Roucher, le poète des mois.

 

Son frère Marie-Joseph, membre de la Convention, semble avoir fait peu de chose pour le sauver.

 

En attendant la charrette, il griffonne un dernier poème plein d'une haine immortelle:

Mourir sans vider mon carquois,

 

Sans percer, sans fouler, sans traîner dans leur fange

 

Ces bourreaux, barbouilleurs de lois ! ...

 

Dans l'escalier de la Conciergerie, il frappe son grand front presque chauve et on l'entend dire ce mot navrant: « J'avais pourtant quelque chose là ! »

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Le "Corridor germinal" ou Corridor des Hommes - par Hubert Robert - Musée Carnavalet

Robespierre à cette heure paraît frappé de mélancolie.

 

Si maigre, si bilieux, il maigrit, jaunit encore.

 

Sans doute est-il pris, comme le fut Danton, d'une lassitude proche du découragement.

 

A la vérité les meneurs successifs de la Révolution sont épuisés tour à tour par leur lutte contre des forces obscures qu'ils sont impuissants à maîtriser. Saouls de paroles, ils aspirent au silence.

 

L'existence de Robespierre si remplie hier encore s'est dégorgée tout à coup.

 

Pour éviter ses collègues du Comité, il ne paraît presque plus à la Convention.

 

Mais il continue d'aller le soir aux Jacobins.

 

Le club est son refuge, il y parle, entouré de l'atmosphère adorante qui doit le réconforter, lui rendre foi dans son destin.

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Sieyes - gravure du temps

 

La victoire de Jourdan à Fleurus l'invite aux actions décisives.

 

Le péril national a jusqu'ici servi, soutenu, cautionné le gouvernement révolutionnaire.

 

A présent que l'invasion est écartée, semble-t-il sans retour, s'annoncent des jours bien différents.

 

Plus de prétexte pour un régime extrême; la France tranquillisée en supportera-t-elle longtemps les excès ?

 

Grave souci pour le pouvoir civil.

 

Robespierre par essence est anti-militaire. Il méprise le bruit et le pouvoir des armes.

 

Il n'aime pas la canonnade, il n'aime pas l'assaut, il n'aime pas ces chefs ceinturés de tricolore qui bondissent à l'ennemi, à la tête de leurs troupes, le chapeau levé au bout du sabre et chantant la Marseillaise.

 

Enfin il n'aime pas la victoire.

 

Elle dérange ses calculs, elle le diminue, l'efface.

 

Certes il est patriote à sa manière, mais cette manière n'est point active.

 

Il n'est pas comme Saint-Just un patriote de combat, comme Danton un patriote de tribune, il ne peut être qu'un patriote de cabinet.

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Boissy d'Anglas - par David - collection particulière

Pareille infériorité, qu'il doit sentir, l'exaspère.

 

Comment balancer avec des discours, des décrets, des fêtes civiques la dévorante gloire de l'épée qui, chez un peuple fier, maîtrise tout?

 

Quand il ne dort pas, dans la petite chambre des Duplay, si ordonnée, si proprette qu'elle paraît une chambre de jeune fille, il doit voir se profiler sur le mur la silhouette d'un soldat lauré qui étrangle la Révolution.

 

Il affecte de croire que le Comité de Salut public veut l'éliminer.

 

Ses collègues n'y songent pas. Ils l'avoueront plus tard: Robespierre est pour les sans-culottes l'incarnation de la démocratie.

 

Se séparer de lui, c'est se rendre suspect de vouloir renverser la République. Au surplus il leur inspire un sincère respect.

 

Mais, loin de s'adoucir, Maximilien poursuit avec ténacité ses adversaires.

 

Il fouaille Barère aux Jacobins, fait chasser du club Dubois-Crancé, y attaque Fouché qui quelques jours plus tard (26 messidor) est exclu à son tour.

 

Inquiets, les conspirateurs de la Convention, à qui se mêlent maintenant la plupart des membres du Comité de Sûreté générale, cherchent alors à se ménager des intelligences chez les modérés du centre.

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Durand de Maillane - dessin anonyme - B.N. Estampes

La Plaine, comme on les appelle, forme la grande majorité de l'Assemblée.

 

Depuis longtemps, soucieuse avant tout d'exister, elle vote en masse pour le parti le plus menaçant.

 

Elle a ainsi acquiescé à toutes les proscriptions, celle des Girondins, celle des Hébertistes, celle de Danton, aux mesures les plus arbitraires, aux lois de Ventôse comme à la loi de Prairial, elle a soutenu le gouvernement des Comités.

 

Plusieurs centaines de députés d'origine provinciale et bourgeoise, probes et modestes, mesurés et prudents, qui, le cou souple, le cœur mou, suivent le vainqueur, quel qu'il soit, et quelle que soit sa doctrine.

 

Ennemis de la violence, ils y aident toujours.

 

Les Montagnards les nomment «les crapauds du Marais»

 

Ils sont en général républicains, mais avant tout conservateurs de l'ordre établi.

 

Leur tactique, plus ou moins consciente, est de laisser s'exterminer les groupes extrêmes, comme s'ils espéraient qu'un jour leur nombre leur vaudra une revanche.

 

Parmi eux se trouvent des hommes remarquables par l'intelligence et le talent. Sieyès, qui peut-être fut le moteur principal de la Constituante, s'est tapi dans une espèce de surdité.

 

Comme lui, Cambacérès, politique sagace, fuit le regard de Robespierre.

 

Pour ne pas lui donner d'ombrage, ils ne sont jamais candidats à rien.

 

Boissy d'Anglas, ex-Girondin, qui n'a pas voté la mort du roi et qui ne manque, on le verra, d'esprit ni de dignité, s'est fait, à propos de l’Etre Suprême, le thuriféraire de Maximilien qu'il a comparé à Orphée.

 

Féraud, lui, est hostile, mais n'ose le déclarer.

 

Durand-Maillane, sage et austère antijacobin, écrit à l'Incorruptible pour louer son désintéressement et son indépendance.

 

Avec beaucoup d'autres, ils subissent son ascendant.

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Robespierre - croquis de Gros - Musée Carnavalet

 

Les conjurés antirobespierristes, voyant en eux 'les arbitres de la situation, cherchent à les gagner en agitant le spectre de la spoliation agraire à laquelle conduisent les lois de Ventôse.

 

Ils n'y réussissent pas.

 

La Plaine repousse leurs avances.

 

Elle méprise ces anciens clients d'Hébert, ces anciens clients de Danton, ces spéculateurs tarés, avides de jouir, ces proconsuls d'hier contre qui crient trop de crimes.

 

Elle leur préfère encore Robespierre, d'autant que les amis de celle-ci les entreprennent à leur tour et protestent de sa bonne foi, de ses intentions bienveillantes, de sa réelle modération.

 

Cette lutte sourde se poursuit durant tout messidor.

 

A la fin le Comité de Salut public penche vers un rapatriement formel avec le Triumvirat et il y entraîne bon gré, malgré, le Comité de Sûreté générale.

 

Le 4 thermidor (22 juillet), Barère fait instituer quatre commissions populaires qui doivent «trier» les suspects.

 

Gage éclatant de bonne volonté: l'exécution intégrale des décrets de Ventôse pour appliquer le programme social de Saint-Just.

 

Le lendemain se tiendra une autre séance plénière.

 

Robespierre y est spécialement prié; on espère qu'ainsi amadoué, il ne refusera pas d'y venir. Il y vient.

 

Cette séance, ouverte à dix heures du matin, est restée longtemps mystérieuse; elle s'éclaire aujourd'hui.

 

On peut se représenter Maximilien, assis à la table verte, entre ses collègues, froid, sec, impassible.

 

A ses côtés Saint-Just, plus distant que jamais et Couthon, qui, le visage paisible, caresse sa petite levrette, couchée sur ses genoux...

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"Un Sans-Culotte, instrument des crimes de la Révolution, dansant au milieu des horreurs, tandis que l'Humanité pleure près d'un cénotaphe" - gravure allégorique antirévolutionnaire

Brisant le silence, Saint-Just prend la parole.

 

Il s'élève contre les machinations entreprises pour changer la forme du gouvernement.

 

Ce gouvernement doit être maintenu comme indispensable, en raison de l'attitude des «nouveaux Indulgents»

 

Il proteste contre les projets de tyrannie imputée à Robespierre; celui-ci ne dispose d'aucun des moyens nécessaires à une dictature : ni l'armée, ni les finances ni l'administration.

 

David appuie Saint-Just. Maximilien parle ensuite, en accusateur impérieux. Il désigne encore une fois ses principaux adversaires Vadier, Amar, Jagot, Billaud-Varenne et Collot d'Herbois.

 

Billaud proteste :

« Nous sommes tes amis, nous avons toujours marché ensemble !»

 

Barère multiplie les efforts pour prévenir une crise.

 

Saint-Just alors demande la concentration du pouvoir, afin d'éviter l'anarchie.

 

« Il faut, déclare-t-il, confier le salut de la Patrie, à une destinée particulière »

 

Il pense visiblement à Robespierre quand il ajoute

«qu'il suffit de trouver un homme pur, populaire, dévoué et sans ambition, qui n'accaparera pas le gouvernement, mais le dirigera au mieux des intérêts de la République »

 

Les membres des deux Comités comprennent la proposition, mais ils ne la relèvent pas.

 

Robespierre ressent profondément leur réserve. Pourtant leur désir de conciliation, presque de soumission, n'est pas douteux.

 

Ils en offrent de nouveaux gages en chargeant Saint-Just de présenter à la Convention un grand rapport sur la situation politique.

 

Le jeune tribun accepte; il « développera le plan ourdi pour saper le gouvernement révolutionnaire»

 

Billaud et Collot lui demandent de ne pas parler de l'Etre Suprême.

 

Il y consent.

 

Sans observation il signe, et c'est de sa part une concession, l'arrêté ordonnant le départ pour l'armée du Nord de quatre nouvelles compagnies de canonniers.

 

Les canonniers parisiens sont à bon droit regardés comme les plus fidèles tenants de l'Incorruptible.

 

Saint-Just semble marquer ainsi sa confiance et sa volonté d'union.

 

On se sépare dans une atmosphère éclaircie.

 

Seul Robespierre, qui s'éloigne sans un mot, ne s'est pas laissé détendre, n'a pas désarmé.

En sortant de la séance, Barère se vante d'avoir ramené la concorde.

 

Avec lui d'autres, tels Billaud et Collot imaginent les difficultés aplanies, la crise évitée.

 

Mais les membres du Comité de Sûreté générale menacés nommément par Robespierre ne se font pas d'illusion.

 

Ils se voient pousser à la mort, d'autant mieux qu'ils sentent que le Comité de Salut public les sacrifiera au besoin.

 

Epouvantés, ils resserrent leur alliance avec les chefs de la Montagne.

 

De leur côté ceux-ci adjurent de nouveau Boissy d'Anglas, Durand-Maillane, chefs de la Plaine.

 

Ils continuent de résister.

 

Certes ils sont tourmentés par l'idée du bouleversement social qui doit sortir des lois de Ventôse et de Prairial.

 

Leur nature même, leur attachement d'origine à une tradition bourgeoise les soulèvent contre la perspective d'une secousse dernière où s'abîmerait la propriété.

 

Mais quelles garanties un Tallien, un Fouché, un Barras, un Fréron et leur bande de massacreurs et de filous peuvent-ils leur apporter d'un gouvernement stable, honnête, humain, où la France enfin pourrait se retrouver?

 

Ils hésitent, ne se décident pas. Tout ce qu'on parvient, à force d'instances, à leur arracher, c'est cette pleutrerie :

« Soyez les plus forts, nous serons avec vous »

 

Les conjurés seront-ils les plus forts?

 

Depuis plusieurs semaines, ils ne couchent plus dans leurs lits.

 

Portant sous leurs vêtements poignard et pistolets, ils gagnent chaque soir des gîtes imprévus, sans revenir deux fois dans la même maison.

 

Beaucoup d'autres les imitent, car l'appréhension gagne de proche en proche. Fouché abrite sous sa redingote des listes vraies ou fausses qu'il montre en cachette comme le dernier état des proscriptions exigées par Robespierre.

 

 

A l'un, à l'autre, il murmure :

« Vous êtes sur la liste ! Vous êtes sur la liste ainsi que moi, j en suis sur »

 

Et chaque jour il ajoute de nouveaux noms.

 

Nul à l'Assemblée ne sait plus où il va, s'il est un abri pour sa tête, s'il vivra demain.

 

Fouché attise partout la peur, flamme basse qui consume les cœurs, mais souvent pousse à d'imprévus courages.

 

Il excite les plus hardis, assiège les douteux.

 

Il voudrait faire révoquer «la bourrique à Robespierre », Hanriot, maître des troupes parisiennes.

 

Le Comité de Salut public n'ose pas.

 

Dans les coulisses des Tuileries on déclame à haute voix contre le tyran, pour baisser le ton dès que paraît un de ses séides.

 

Collot d'Herbois s'oublie parfois jusqu'à évoquer Guillaume Tell et Fouché, célèbre Brutus.

 

De tous peut-être Cambon se montre le plus résolu.

 

Robespierre n'ignore pas grand-chose des projets de ses adversaires.

 

La crise ultime va venir, il l'a prévue, il la veut.

 

Quand sa route sera débarrassée des fripons et des assassins, il sait où il ira. Dans les concessions de ses adversaires il ne voit qu'hypocrisie.

 

La réforme morale et sociale à laquelle il s'est attaché ne sera pas réalisée avec le concours de ceux qui ont voulu le déchirer dans l'esprit public.

 

Tous ces jours-ci, retiré chez Duplay, il écrit assidûment, ne voit presque personne.

 

Le discours qu'il prépare, et dont n'avertit ni Saint-Just ni Couthon - car il juge qu'ils ne l'ont pas soutenu avec assez d'élan - sera son testament philosophique et politique.

 

C'est là-dessus qu'il veut être jugé par la postérité. Entre ses adversaires et lui, entre ces corrompus qui méditent l'étouffement de la démocratie et lui, l'Incorruptible, dont la seule pensée s'attache à la régénération des hommes, l'Assemblée choisira.

 

La séance du 8 Thermidor - Les fers sont au feu

 

Quand, le 8 thermidor, vers midi, Robespierre paraît à la Convention, le public des travées l'applaudit longuement.

 

Gardes du corps habituels de Maximilien, hommes de la Commune, Jacobins éprouvés s'y mêlent à des agents de police.

 

Cette grande journée où l'on sait que l'Incorruptible, après sa longue absence, doit révéler ses intentions a fait accourir les députés.

 

Salles et couloirs sont combles et la foule devant les Tuileries s'entasse peu à peu.

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Le régime de Robespierre - gravure allégorique antirévolutionnaire

 

Collot d'Herbois préside la séance. Droit dans sa petite taille, soigneusement poudré, Robespierre se glisse entre les groupes compacts et monte à la tribune.

 

Long, diffus, obscur, balancé à donner le vertige, avec de beaux mouvements d'ailleurs, des périodes de haut style, son discours, limé et poli pendant sa retraite, tourne entièrement autour de lui-même.

 

Il se campe en victime, en persécuté.

 

Des scélérats ligués par de bas intérêts conspirent contre lui sans cesser de l'aduler; les Comités après l'avoir caressé le menacent.

 

Il les menace à son tour, dans un vague effrayant.

 

Avec dédain, il rejette l'accusation de dictature voilà six semaines qu'il a abandonné ses fonctions.

 

Les excès de la guillotine, qu'on veut lui reprocher sont dus à ses pires adversaires; on épouvante à tort les ex-nobles et les prêtres.

 

Mais tout de suite il se prononce pour un gouvernement révolutionnaire plus actif, plus opérant que jamais et, ayant attaqué tour à tour Cambon et son système financier, Carnot et l'organisation militaire, le Comité de Sûreté générale et sa horde d'agents véreux, il conclut de sa voix sans couleur mais qui tranche:

« Il faut punir tous les traîtres, renouveler le Comité de Sûreté générale, soumis dès lors au Comité de Salut public lui-même épuré et qui gouvernera sous l'autorité de la Convention »

 

Pendant plus de deux heures, les yeux abrités par de grosses lunettes, il a parlé dans un silence presque absolu, avec de-ci, delà, un geste mince de la main.

 

On n'applaudit pas tout de suite.

 

Les députés sont stupéfaits. Nul ne s'attendait à un tel discours, ni Couthon, ni Saint-Just, et moins encore les membres des Comités qui ont cru à une réconciliation ou à une trêve, et qui se voient tout à coup marqués pour le bourreau.

 

L'effet est grand pourtant.

 

La Convention, une fois de plus subjuguée, vote l'impression et l'envoi du discours à toutes les communes de France.

 

Mais soudain une opposition se dessine.

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Cambon - gravure au physionotrace d'après Quedeney

 

Cambon prend la parole.

 

Ça a été de la part de Robespierre une imprudence d'attaquer sans bases ce Méridional fougueux, plein d'énergie et d'âpreté, d'ailleurs d'une probité certaine.

 

La face colorée, l’œil noir, Cambon lance à la Convention : 

«Avant d'être déshonoré, je parlerai à la France ! »

 

Robespierre l'a accusé d'avoir miné les finances, d'être un fripon.

 

Cela est faux crie Cambon.

 

Et il ajoute

«Il est temps de dire la vérité tout entière : un seul homme paralyse la Convention et cet homme, c'est Robespierre ! »

 

Des applaudissements éclatent sur la Montagne, quelques-uns même au Centre. Robespierre veut répondre.

 

Il remonte à la Tribune.

 

Mais les murmures, les interjections l'assaillent.

 

Il est au bout de sa résistance nerveuse : on l'entend bredouiller

« On me menace, on veut ma mort ! »

 

Sur quoi un des secrétaires, le dantoniste André Dumont lui jette au visage : « Tu demandes la mort, scélérat, tu l'as méritée mille fois ! »

 

Salle et tribunes sont en pleine houle.

 

Alors Billaud-Varenne se lève.

 

Le discours de Maximilien, la réplique de Cambon, après tant d'hésitations, l'ont déterminé.

 

Prenant l'offensive, il demande que le discours soit soumis aux Comités avant d'être imprimé.

 

- Quoi, s'écrie Robespierre frissonnant de colère, on enverrait mon discours à l'examen des membres que j 'accuse.

 

Panis, le septembriseur Panis parle des listes de proscription et somme Robespierre et Couthon de désigner les députés qu'ils mettent en cause. D'autres voix montent; un comparse, Charlier, crie :

« Aie donc le courage de nommer ceux que tu accuses ! »

 

Et la Montagne entière rugit :

« Nomme-les ! Nomme-les ! »

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André Dumont - croquis de Gabriel - Musée Carnavalet

 

Interdit, l'esprit noyé d'amertume et de mépris, Robespierre se tait.

La meute de plus en plus l'entoure, aboyant en désordre.

Amar et Thirion parlent tour à tour pour défendre les Comités.

L'Assemblée vote

elle rapporte l'envoi aux communes.

 

Maximilien s'est laissé battre, il a perdu sa majorité et par sa hauteur, sa maladresse, lié contre lui la conspiration encore éparse.

Pourtant il ne semble pas le comprendre, car, la séance levée à cinq heures, il rentre rue Saint-Honoré chez Duplay, calme et même gai :

- Je n'ai plus à compter sur la Montagne, dit-il à ses amis, mais la masse de la Convention m'entendra.

Dans la séance il ne voit qu'un coup fourré ; il pense convaincre la Plaine. Seulement il ne s'occupe pas assez d'elle ce soir-là; il la laisse à ses conciliabules pense et aux intrigues adverses.

Après dîner, il va aux Jacobins et s'y fait acclamer.

Satisfait, rassuré, il rentre rue Saint-Honoré et se couche tranquille.

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Robespierre - dessin de David - collection particulière

 

Cette nuit où sans doute il dort, on ne sait sur quels rêves, les conjurés de la Montagne, eux, ne dorment pas.

Tallien a reçu de sa maîtresse, la belle Thérésa, ce billet

« Je vais demain au Tribunal révolutionnaire. Je meurs avec le désespoir d'être à un lâche comme vous »

 

Pour elle il osera.

 

Avec Barras et Fréron, il a jure à dîner sur une bouteille de champagne « d'en finir avec l'ennemi »

 

Fouché court de cachette en cachette pour affermir les volontés, aiguillonner les haines. Demain doit tout sauver ou tout perdre.

 

Lui; Tallien, Bourdon de l'Oise et Legendre redoublent d'efforts afin de persuader les chefs de la Plaine de se joindre à eux pour abattre enfin Robespierre. Que leur promettent-ils au juste?

 

On ne sait.

Ils sont au point où l'on promet n'importe quoi.

Sans doute renient-ils leur passé, s'engagent-ils formellement à abolir la Terreur.

Sans ce gage essentiel, les modérés ne se décideraient point.

Or, après d'interminables discussions, ils se décident...

« Il n'était pas possible, dira Durand - Maillane, de voit tomber soixante ou quatre-vingts têtes par jour sans horreur. Le décret salutaire ne tenait qu'à notre adhésion, nous la donnâmes et dès ce moment les fers furent au feu. »

 

On se met d'accord sur la suppression immédiate des lois de Ventôse et de Prairial, sur l'enterrement de la menace à la propriété.

 

Lorsque, passé minuit, Billaud-Varennes et Collot d'Herbois reviennent des Jacobins, où ils ont été fort malmenés, ils trouvent dans  la salle du Comité de Salut public plusieurs de leurs collègues attardés sous leurs abat-jour verts.

 

Carnot, Lindet et Prieur compulsent dossiers et plans.

Barère ROBESPIERRRE

 

griffonne d'une main rapide une nouvelle «carmagnole»

 

Quelques membres du Comité de Sûreté générale, convoqués dans la journée, vont et viennent.

Rédigeant à un bureau isolé le fameux discours dont le Comité l'a chargé, Saint-Just l'envoie feuille à feuille à son secrétaire pour le recopier.

Collot, marchant sur lui dans la salle à demi obscure, lance d'un air égaré

- Tu prépares notre décret d'accusation ?

- Oui, Collot, répond Saint-Just; tu ne te trompes pas, j'écris ton acte d'accusation...

Il se tourne vers Carnot et ajoute

- Tu n'y es pas oublié non plus.

 

Collot poursuivant ses attaques, Saint-Just déclare qu'il lira le lendemain son rapport au Comité et qu'il le déchirera s'il n'est pas approuvé.

Fréron, puis Cambon, puis Lecointre essaient en vain d'entrer dans la salle du Comité.

Pour priver Robespierre de ses armes, ils voudraient faire arrêter Hanriot, le maire Fleuriot-Lescot et l'agent national Payan.

Mais les huissiers les repoussent.

Dans la salle la dispute peu a peu se détend.

On discute des moyens de mettre la force armée parisienne aux mains des Comités.

Saint-Just proteste et raille

«les extravagants, toujours prêts a improviser la foudre ».

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Robespierre guillotinant le bourreau après avoir guillontiné tous les Français - gravure du temps

La longue veillée dure jusqu’à l'aube sans que Saint-Just, écrivant toujours, se départisse de son calme.

A ce moment, il sort, après avoir assuré qu'il reviendra soumettre son rapport. On tire les rideaux.

C'est le jour et déjà le soleil.

Billaud-Varenne, Collot d'Herbois et Barère font appeler le maire et l'agent national pour les maintenir dans leur devoir.

Ceux-ci ne cachent guère leur dévouement au Triumvirat.

On les garde longtemps, Si bien qu'ils ne peuvent regagner l'Hôtel de ville qu'a neuf heures.

A ce moment les Comités n'ont pas encore coupé les ponts avec Robespierre. Mais les conjurés de la Montagne vont s'en charger, suivant une tactique établie par Tallien et Fouché, et dont l'obstruction, une obstruction brutale, acharnée doit être le principal et le plus efficace moyen.

A dix heures les Comités sont réunis au pavillon de l'Egalité.

Ils attendent Saint-Just qui ne reparaît.

Couthon, lui, est revenu. On discute de nouveau, et de nouveau on s'aigrit. Couthon s'élève avec force contre la destitution d'Hanriot. Il crie à la contre-révolution, et le ton montant, il échange des injures avec Carnot.

Il fait chaud, le ciel est gris, mais sans trace d'orage.

Vers midi un huissier de la Convention entre, porteur de ce billet de Saint-Just :

«L'injustice a flétri mon cœur. Je vais l'ouvrir tout entier à la Convention nationale.»

 

Délibérément il renie sa promesse.

En l'absence de ses adversaires, il s'apprête a lire son réquisitoire.

Ce manque de parole de Saint-Just précipite tout.

Ses collègues s'élancent:

«Allons démasquer ces traîtres, crie le vieux Ruhl, ou présenter nos têtes a la Convention! »

 

9 Thermidor - A la Convention - La Commune contre l’Assemblée - Robespierre hors-la-loi

 

A la Convention, partout des groupes où l'on bourdonne et gesticule; intense travail de couloir.

Les députés de la Plaine sont courtisés par les Montagnards.

«Oh, les braves gens que les gens du côté droit ! » dit Bourdon de l'Oise à Durand-Maillane en lui prenant la main. Rovère, Tallien, Lecointre, Fouché, Barras glissent des uns aux autres, affairés, pressants.

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Allégorie relative à la suppression du Tribunal Révolutionnaire - gravure du temps

 

Le dantoniste Thuriot, qui est du complot, a présidé d'abord, Collot d'Herbois l'a remplacé ensuite.

Une heure a passé à la lecture fastidieuse de la correspondance et du procès-verbal.

Très longue et élevée, revêtue jusqu'à mi-hauteur de draperies vertes à bord rouge, ornée de figures de sages antiques et des deux toiles sinistres qui rappellent les meurtres de Marat et de Lepeletier de Saint-Fargeau, avec, derrière le bureau, un éclatant trophée de drapeaux pris à l'ennemi, la salle n'est encore garnie qu'au centre.

Les anciennes banquettes des Girondins restent vides.

Vides aussi sur la Montagne les places où s'asseyaient Danton et ses amis. Robespierre est salué du public quand il entre, vêtu de son bel habit bleu de la fête de l’Etre Suprême.

 

Il semble très calme.

Il s 'est assis aujourd'hui devant le centre, en face du bureau.

Saint-Just le rejoint et lui dit quelques mots.

Elégant lui aussi, en culotte gris de perle, gilet blanc, habit chamois, haute cravate de mousseline, des anneaux d'or aux oreilles, il se dirige ensuite vers la tribune.

Aussitôt les députés encore épars regagnent leurs places.

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Thuriot

 

Saint-Just déploie son rapport.

 

A peine peut-il en lire le début.

«Je ne suis d'aucune faction je les combattrai toutes...»

Tallien lui coupe la parole pour « une motion d'ordre »

 

Sa voix triviale demande que l'Assemblée sorte enfin de l'équivoque, « que le voile soit entièrement déchiré»

 

On l'approuve sur beaucoup de bancs.

 

Resté à la tribune, Saint-Just veut continuer son discours

. Billaud-Varenne s'est levé et Collot d'Herbois lui donne la parole.

Rogue, sombre, avec une sincérité qui frappe la salle, il accuse les Jacobins de comploter l'égorgement de la Convention.

Et, désignant sur la Montagne un des meneurs du club, il le fait arrêter aux acclamations des députés.

Suit un réquisitoire haché que Le Bas essaie en vain d'interrompre.

Billaud reproche à Robespierre «de n'être pas assez révolutionnaire»

«L'Assemblée, s'écrie-t-il, périra si elle est faible »

Il est très applaudi :

- Je ne crois pas, poursuit Billaud-Varenne, qu'il y ait ici un seul représentant qui voulût exister sous un tyran.

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Augustin de Robespierre - par Ursule Boze - Musée Lambinet

 

Le cri attendu, le cri préparé : « A bas le tyran » ! emplit soudain la Convention.

Robespierre va répondre: sa voix est brisée par le tumulte auquel se joint le bruit de la sonnette du président.

L’œil à tout, en chef de la manœuvre, Tallien vient à la rescousse.

Il faut frapper plus fort, aller plus vite, tout délai devant une assemblée aux courants si troubles peut mener au désastre.

Il agite un long poignard:

- J'ai vu hier aux Jacobins se former l'armée du nouveau Cromwell et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein, si la Convention n'avait pas le courage de le décréter d'accusation.

Il propose l'arrestation du commandant de la garde nationale Hanriot. Billaud-Varenne réclame celle du président du Tribunal révolutionnaire Dumas.

L'Assemblée les vote d'acclamation.

Robespierre demande toujours la parole.

- Non, non, crient les députés, à bas le tyran!

La salle est une étuve. Collot d'Herbois a quitté le fauteuil; Thuriot y revient. Les Montagnards s'agitent en forcenés, pour accentuer l'obstruction.

La Plaine reste muette, comme interdite par le fracas qui l'assiège.

Les tribunes publiques, d'où les robespierristes se sont esquivés en voyant le tour que prend la séance, semblent acquises aux conjurés.

Saint-Just,. ses papiers à la main, se tient méprisant au pied de la tribune. Chez le jeune tribun, d'habitude si plein d'énergie, on trouve aujourd'hui une sorte de fatalisme morne, d'incompréhensible abandon.

Pas plus que Maximilien, il n'a la force physique pour lutter contre ce mascaret d'imprécations, d'apostrophes et d'injures.

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Couthon - par Bonneville - Musée Carnavalet

 

Il y faudrait les poumons, la gorge d'un Danton.

Danton, son ombre est là, entre ces murs, qui rôde, inapaisée, et réclame ses victimes...

Barère, appelé à la tribune par de nombreux députés, a choisi tard, mais choisi.

Il demande au nom des Comités la suppression de l'emploi d'Hanriot.

Le maire et l'agent national de Paris répondront sur leur tête des troubles qui pourraient survenir dans la ville.

L'Assemblée adopte son projet.

Suit un instant de flottement.

Tallien aperçoit le danger et bondit à la tribune.

Il s'y campe, l'interdit à tout autre, entassant, sans se lasser, les phrases vides et sonores où il accuse la lâcheté de Robespierre au 10 Août, lui reproche l'arrestation des patriotes.

« C'est faux » crie Robespierre.

Il tente un effort surhumain pour se faire entendre.

Mais la Montagne étouffe sa voix.

Il ne faut pas qu'il parle, il ne parlera pas !

La sonnette de Thuriot retentit sans arrêt, impitoyable, et Tallien continue de pérorer. Robespierre a toujours éprouvé une espèce de crainte physique à l'égard de Tallien «Je ne puis le voir, disait-il, sans frissonner... »

S'avançant au pied de la tribune, l'Incorruptible regarde vers la Montagne.

Il n'y rencontre que des visages ennemis.

- On veut m'égorger, on veut m'égorger répète-t-il.

André Dumont lui lance

- Non c'est toi qui veux égorger l'opinion vie publique et la liberté !

Il se tourne alors vers la Plaine

- C'est à vous, hommes purs, hommes vertueux,

que je m'adresse, accordez-moi la parole que les brigands me refusent

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent contre lui.

- De quel droit présides-tu des assassins ? crie-t-il à Thuriot.

 

- Tu n'as pas la parole, tu n'as pas la parole ! répond Thuriot, à tue-tête.

On ne perçoit plus rien qui prenne sens.

Le son continu et discord de la sonnette ajoute au bruit des pieds, des voix. On voit encore Maximilien, la sueur au visage, ouvrir la bouche, agiter ses minces lèvres. Mais pas un mot ne perce l'énorme rumeur.

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Fauteuil de Couthon - Musée Carnavalet

 

A la fin, tout à fait aphone, il renonce, s'assied.

L'obstruction a rempli son objet, il est anéanti.

Un montagnard, Louchet, un droitier, Lozeau, également obscurs, proposent son arrestation.

- Aux voix, aux voix! crie l’Assemblée.

Augustin Robespierre court vers son frère et, lui saisissant la main, demande à partager son sort.

Maximilien, tremblant de colère, montre le poing à l'Assemblée : «Lâches, lâches !»

Il va et vient devant la tribune, poursuivi d'exclamations et d'injures. Billaud-Varenne a repris la parole.

Inlassable, il accuse Robespierre, il accuse Couthon.

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Procès-verbal de la réunion du Conseil de la Commune, le 9 thermidor - Archives Nationales

Dans l'extrême confusion, personne ne l'écoute.

Thuriot met aux voix l'arrestation des deux Robespierre.

La Montagne, la Plaine, le côté droit se lèvent quasi-unanimité.

On crie « Vive la liberté ! Vive la République ! » Maximilien hausse les épaules.

- La République, dit-il, elle est perdue, car les brigands triomphent.

Le jeune Le Bas se précipite, d'un généreux élan :

- Qu'on m'arrête aussi, je veux partager l'opprobre de ce décret

Fréron réclame sa proscription, celle de Saint-Just et de Couthon, qu'il accuse « d'avoir voulu monter au trône sur les cadavres des représentants »

 

Et l'Assemblée vote, à l'unanimité.

 

Couthon, caressant son petit chien, montre ses jambes inertes et sourit « Je voulais arriver au trône, moi ! »

Violente, confuse, la séance a été si courte qu'à peine est-il deux heures.

Les tribunes se sont vidées.

Les cinq proscrits restent assis assez longtemps l'un près de l'autre sur un banc.

Aux acclamations de l'Assemblée, Collot d'Herbois, qui a repris la présidence, ordonne leur arrestation.

Un appariteur s'approche de Maximilien et lui présente l'ampliation du décret.

L'Incorruptible y jette les yeux avec indifférence et se remet à causer avec son frère.

Sur un nouvel ordre, les huissiers évitent d'obéir.

Les accusés semblent à tous encore formidables. il faut faire chercher les gendarmes.

L'un d'eux hisse l'infirme Couthon sur son dos.

Les autres prisonniers suivent.

L'Assemblée, s'étant ajournée jusqu'à sept heures, disperse l'instant d'après.

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Proclamation de la Commune, le 9 thermidor - Musée Carnavalet

 

Robespierre est vaincu.

Défaite définitive ?

Tout dépend encore de la Commune de Paris.

Une émeute comme celle du 31 Mai peut délivrer Robespierre et ses amis. Même si elle ne se produit pas, le Tribunal révolutionnaire peut les acquitter comme il a acquitté Marat et les renvoyer en triomphe à la Convention. Prodigieux suspens: doivent l'emporter les plus audacieux ; vont-ils être du côté de la Convention ou du côté des proscrits?

 

Quand, un peu avant trois heures, la nouvelle arrive à l'Hôtel de ville, le maire Fleuriot Lescot et l'agent national Payan, tous deux intelligents et énergiques, exhortent leurs collègues et déclarent la Commune en état d'insurrection.

Ensuite ils rédigent une proclamation au peuple pour l'engager à se soulever avertissent les Jacobins, ordonnent de fermer les barrières, de faire battre le rappel dans les sections et de sonner le tocsin.

De son côté, très agité, Hanriot mobilise ses chefs de légion; mais bientôt, comme un niais, il se fait arrêter au Comité de Sûreté générale, installé dans l'hôtel de Brionne.

 

La générale, battue dans plusieurs quartiers, y a produit la fermentation ordinaire.

Les classes populaires paraissent incertaines.

Les Comités des sections ouvrières prêtent serment à la Commune.

Les sections bourgeoises se rangent autour de la Convention.

Les gardes nationaux sont pareillement divisés.

La joie éclate dans les milieux aisés qui voient dans la chute de Robespierre la fin de la Terreur.

Les Jacobins se déclarent en permanence et députent à l'Hôtel de ville.

Les Comités, après avoir fait dîner les cinq députés arrêtés, les envoient sous bonne garde dans des prisons séparées.

Robespierre au Luxembourg, son frère à Saint-Lazare, Couthon à Port-Libre (ex-Port-Royal), Saint-Just aux Ecossais Saint-Victor, Le Bas à la Conciergerie.

Les guichetiers refusent de les recevoir.

Ils errent alors pendant près d'une heure de prison à prison.

Robespierre finit par être conduit à la Mairie où il est reçu avec effusion.

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Hanriot - d'après Levachez

 

La Commune toutefois n'est pas sans inquiétude.

 

Elle multiplie les appels aux sections, ordonne l'appréhension des principaux des Comités et la délivrance d'Hanriot.

Echarpes au vent, Fleuriot-Lescot et Coffinhal, second d'Hanriot, haranguent la foule, les soldats et les artilleurs assemblés sur la place de Grève. Commandée par Coffinhal, une colonne part pour le Carrousel.

Chargées à mitraille, des pièces s'alignent le long des grilles.

D'autres menacent l'hôtel de Brionne.

Le sabre à la main, géant déchaîné, Coffinhal s'élance dans les bureaux, réclamant à hauts cris, au nom du peuple, Robespierre et ses collègues.

Il ne trouve qu'Hanriot et ses aides de camp.

Tout est dans une étonnante confusion.

Sectionnaires, canonniers de la Commune, gendarmes et soldats de la Convention, enchevêtrés dans les cours des Tuileries et voyant paraître et disparaître leurs chefs comme muscade, ne comprennent plus rien.

Dans la nuit tombante Hanriot se fait acclamer par la foule.

Il déclare bien haut que le Comité de Sûreté a reconnu son «innocence»

Dans ces quelques minutes il pourrait tout.

A cent pas, à peine gardés, les Comités, l'Assemblée, qui a repris séance, sont à sa merci.

D'un geste, il les annihilerait.

C'est l'instant essentiel, d'une journée si chargée de péripéties.

Mais cette brute n'en profite pas, ni Coffinhal, pourtant homme de décision. Aveuglement étrange : il semble qu'ils aient souffert du manque d’un appui moral.

« Mes amis, crie Hanriot, lâchant la proie offerte, suivez-moi à la Commune !»

 

Troupe et canons derrière lui repartent pour l'Hôtel de ville. La Convention, qui fut tout près de périr, est sauvée...

 

 

Les nerfs fouaillés par le tocsin, les représentants ont écouté tour à tour Merlin de Thionville, Legendre, Barère, Fréron, qui leur ont prêché l'énergie. Lecointre a distribué dans la salle des pistolets et des cartouches.

 

Bientôt on entend dans le. Carrousel les pas des chevaux, le bruit des armes, le roulement des canons : on apprend l'arrivée de Coffinhal et la délivrance d'Hanriot; Lacoste annonce celle de Robespierre, de ses collègues, de Dumas, mis en liberté par ordre de la Commune.

 

Collot d'Herbois assis au fauteuil, dit aux députés d'un ton caverneux: « Citoyens, voici l'instant de mourir à notre poste ! »

 

Il doit être sincère. Autour de lui, on crie « Vivre libre ou mourir ! »

 

La plupart des Conventionnels s'apprêtent à finir en Romains. Mais l'attaque prévue ne se produit pas.

 

Les Comités profitent du répit pour faire adopter des mesures qui seront décisives. Le commandement de la garde nationale est donné à Barras. Douze députés l'assisteront dans sa tâche.

 

Ils s'affublent aussitôt d'écharpes, de sabres et de chapeaux à panaches, et partent en troupe pour aller dans Paris lire la proclamation votée par l'Assemblée sur la proposition de Barère, et qui met « hors la loi » les députés accusés et leurs complices, soit la municipalité et la Commune tout entières.

 

Hors la loi: excommunication sans merci pour un peuple aussi légaliste, coup de massue dont Saint-Just a assommé naguère les Girondins.

 

L'en voici à son tour frappé avec ses amis : l'identité reconnue puis sans délai la mort.

 

Les Comités comptent que la mise hors la loi paralysera l'insurrection. Ils ne se trompent pas.

 

 

Ces trois petits mots décident du destin de Robespierre.

 

Les sections vont choisir pour la loi contre l'émeute, pour la Convention contre la Commune.

 

L'Incorruptible, qui a représenté depuis des mois le pouvoir régulier, n'est plus qu'un rebelle.

 

Son piédestal a disparu, il est dès lors condamné.

 

Si du moins les insurgés prenaient l'offensive !

 

Mais ils temporisent tandis que les Comités agissent.

 

Barras a expédié aux sections l'ordre de diriger sur le Carrousel la moitié de leurs troupes et de leurs canons.

 

La plupart obéissent. Dans sa grande majorité, la force armée Parisienne demeure fidèle à la Convention. Certains des gardes nationaux mêmes qui ont suivi Coffinhal font défection et rejoignent les Tuileries.

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