Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 Jun

Juillet 1791: Scène III

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #[1789-1793]

SCÈNE III.

Premiers jours de juillet 1791.

Salle de l'assemblée législative, au Manége. — Stanislas Girardin est au fauteuil.

MEMBRES DE L'ASSEMBLÉE, ORATEURS ET DEPUTATIONS, MINISTRES, PUIS LE ROI.

Un Secrétaire, à la tribune.

Je vais avoir l'honneur , Messieurs, d'ouvrir votre séance par rémunération des dons patriotiques que d'honorables citoyens nous envoient de tous les points de la France pour la défense du territoire sacré de la patrie.

« M. Peloutier, ex-bénédictin, marié constitutionnellement, et capitaine au bataillon du Pas-de-Calais, envoie 9oo liv. et une montre d'or. Mademoiselle Monteson envoie un gobelet d'argent, pesant deux onces six gros, et une croix d'or pesant un gros et demi. Un autre citoyen, que sa modestie empêche de se nommer, des boucles d'argent , pesant trois marcs six onces cinq gros. La société des Amis de la constitution à Agen, quatre-vingt-quinze liv. un sou.

LE PRÉSIDENT.

Voici, messieurs, une lettre que je reçois à l'instant: vous verrez par sa teneur que les citoyens de tous les âges ont entendu l'appel de la patrie, et qu'ils rivalisent de zèle pour la soustraire au joug de l'étranger:

« Monsieur le président, mon papa me donne tous « les mois six liv. pour mes menus plaisirs ; je vous en'< voie a5 liv. en assignats, pour faire la guerre. Pré

sentez, monsieur le président, mon respect à toute l'assemblée nationale.

PANCK.OCCKE,

Ecolier de sixième au collège DupUuu.

Des huissiers introduisent à la barre une députation des citoyens de la section dite des Lombards. Cette troupe nombreuse est armée de piques, de besaiguè's, de tranchets, de rouleaux, de Mtoni. Quelques femmes portent des sabres. La plupart ont des li.m.l. rôles. On lit sur plusieurs d'elles : Vive le vertueux Pition ! à bas le veto! vivent les patriotes! vivent les sans-culottes! Deux hommes sout en tète , l'un portant unr vieille culotte, l'autre un coeur de veau attaché à sa ceinture. On lit sur la culotte : Vive Us santculottes ! à bas M. Veto ! Sur l'autre insigne : Coeur <f aristocrate. — Les tribunes applaudissent vivement.

LE PRÉSIDENT.

Orateur de la députation, vous avez la parole.

L'orateur.

A peine avons-nous appris que la patrie allait être déclarée en danger, que nous avons renouvelé le serment de vivre libres ou de mourir. Demain nous volons sur les bords du Rhin pour combattre les despotes et faire triompher l'étendard de la liberté. Mais débarrassez l'armée d'un homme qui viole les lois avec audace. ( On applaudit. ) Oui, Lafayette a perdu la confiance des amis de la liberté. ( La tribunes et une partie de l'assemblée applaudissent. ) II a violé la constitution, en osant apporter une pétition coupable; il l'a violée en osant dire que c'était le vœu de son armée : comme si le vœu des courtisans était celui des hommes libres. Chez les Romains, un général qui eût commis ces délits eût été puni de mort. ( Applaudissements redoublés. ) Dans le moment où nous marchons sur un volcan, la clémence serait un crime. Tout Paris vous a déclaré aussi que le département a perdu la confiance des bons

citoyens. ( On applaudit. ) Pourquoi le vertueux, l'incorruptible Pétion ne nous est-il pas rendu? (Nouveaux applaudissements. ) Prononcez l'arrêt de rnort de ce département contre-révolutionnaire, et vous aurez mérité de la patrie. Nous demandons sa destitution. En déclarant le danger de la patrie vous avez à en déclarer les causes. (Une voix: C'est votre pétition, et celles ijui lui ressemblent. ) Ordonnez que toutes les assemblées primaires soient permanentes , afin que le souverain en personne veille sur la liberté! (Applaudissements soutenus.} Nous apportons 8,692 liv. 1o sous pour la guerre.

Les applaudissements recommencent.

Le PrÉsident , après avoir consulté la chambre.

Citoyens pétitionnaires, les législateurs de l'empire français vous font savoir par mon organe qu'il vous est accordé d'assister à leurs délibérations.

Applaudissements des tribunes et des pétitionnaires.
MERLIN.

Je demande l'impression d'une pétition si patriotique et si bien accompagnée.

TAREE.

Je me charge de démontrer que la pétition est inconstitutionnelle.

Duhem.

Vous le prouverez mieux quand elle sera imprimée.
On applaudit. L'impression est décrétée.
LE PRÉSIDENT.

M. Delaunay d'Angers a la parole.

DELAUNAY.

Une révolution n'est pas faite tant que l'anarchie

dure encore, et que l'aristocratie conspire; elle n'est pas faite alors qu'un général, les armes à la main, ose, dans un manifeste, donner des leçons aux représentants du peuple. ( Applaudissements au rôle gauche et dans les tribunes. ) Du reste, telle est ma confiance dans le patriotisme de l'armée, que, loin de trembler pour la liberté de mon pays, j'ai le sentiment que le Kubicon ne sera pas passé de nos jours, et que s'il pouvait naître parmi nous un César, chaque soldat de la liberté deviendrait à l'instant un Brutus qui nous sauverait du protectorat d'un tyran.

Applaudissements.

LE PRÉSIDENT, au ministre de T intérieur. L'adresse votée dans l'avant-dernière séance, Monsieur le ministre, a-t-elle été envoyée aux quatre-vingttrois départements?

Josne.

Je demande pourquoi le ministre ne se tient pas debout quand monsieur le président l'interpelle.

Le ministre se lève. • LE MINISTRE.

Je demande à répondre par écrit, n'ayant pas la cho.se présente à la mémoire.

Isnard.

Il est impossible de ne pas voir dans la réponse du ministre un subterfuge qui décèle le coupable (Applaudissements. ); et il faut avoir bien de l'impudeur pour répondre d'une manière aussi évasive à une question à laquelle il faut oui ou non. Recélerons - nous donc plus long-temps dans notre sein les serpents qui nous dévorent ! Lorsqu'on trouve un homme assez courageux pour dénoncer un ministre, sans cesse on lui demande des preuves légales. Eh bien ! en voilà : c'est le silence. On demande où sont les traîtres : eh bien! en voilà un , et je le dénonce.

Applaudissements.— La demandetde l'ordre du jour est adoptée. VERGNIAUX.

Un représentant du peuple doit être impassible devant les baïonnettes comme devant la calomnie. D'abord j'appellerai votre attention sur les troubles intérieurs. Ils ont deux causes : manœuvres nobilières, manœuvres sacerdotales. Toutes deux tendent au même but, la contre-révolution.— Le Roi a refusé la sanction à votre décret sur les troubles religieux. Je ne sais si le sombre génie des Médicis et du cardinal de Lorraine erre encore sous les voûtes des Tuileries, si l'hypocrisie sanguinaire des jésuites Lachaise et Le Tellier revit dans l'âme de quelques scélérats, brûlants de voir se renouveler la Saint-Barthélemy et les dragonnades; je ne sais si le cœur du roi est troublé par des idées fantastiques qu'on lui suggère, et sa confiance égarée par les terreurs dont on l'environne...—Votre sollicitude pour la sûreté extérieure de l'empire et le succès de la guerre vous fit adopter l'idée d'un ramp ou d'une armée placée entre Paris et les frontières. Vous associâtes cette idée à celle d'une l'éte civique, qui aurait été célébrée à Paris le 14 juillet. Vous saviez quelles profondes impressions le souvenir de ce jour immortel éveille dans les cœurs; vous saviez avec quel transport les citoyens seraient accourus, de tous les départements, pour enlever dans leurs bras les vainqueurs de la Bastille. Le souffle empoisonné de la calomnie a flétri ce projet patriotique. On a repoussé avec une sécheresse barbare les embrassements et lesfêtes. Les plans de fédération et d'allégresse se sont chaagés en mesures de discorde. Le roi a refusé sa sanction à votre décret. — C'est au nom du Roi que les princes français ont tenté de soulever , contre la nation, toutes les cours de l'Europe; c'est pour venger la dignité du roi que s'est conclu le traité de l'ilukz et formée l'alliance monstrueuse des cours de Vienne et de Berlin: c'est pour le roi qu'on a vu accourir eu Allemagne, sous les drapeaux de la rébellion, les anciennes compagnies des gardes du corps; c'est pour venir au secours du roi que les émigrés sollicitent et obtiennent de l'emploi dans les armées autrichiennes; c'est pour joindre ces preux chevaliers de la prérogative royale que d'autres preux , pleins d'honneur et de délicatesse, abandonnent leur poste en présence de l'ennemi, trahissent leais serments , volent les caisses, travaillent à corrompre leurs soldats, et placent ainsi leur gloire dans la lâcheté, le parjure, la subornation, le vol et les assassinats..» Aie pressentez-vous pas leurs espérances coupables et leurs complots criminels? Le jour enfin n'est-il pas venu de réunir ceux qui sont dans Rome et ceux qui sont sur le mont Aventin-? Aimeriez-vous mieux attendre, attendrez-vous que, las des fatigues de la révolution ou corrompus par l'habitude de ramper autour d'un chateau , des hommes faibles s'accoutument à parler de liberté sans enthousiasme, et d'esclavage sans horreur? Est-ce le gouvernement militaire que l'on veut établir? Voilà peut-être le plus imminent de nos dangers.

Des murmures s'élèvent contre la cour : qui osera dire qu'ils sont injustes? On la soupçonne de projets perfides : quels traits citera-t-on d'elle qui puissent dissiper ces soupçons? On essaie de familiariser l'imagination avec le sang du peuple; le palais du roi des Fran

çais s'est tout à coup changé en chateau-fort. Où sont cependant ses ennemis? Contre qui se pointent ces canons et ces baïonnettes? Les défenseurs de la constitution ont été repoussés du ministère. Les rênes de l'empire ont demeuré flottantes au hasard, au moment où pour les soutenir il fallait autant de vigueur que de patriotisme... Le corps législatif, il est vrai, oppose aux complots des décrets rigoureux ; mais une main puissante les déchire. Nos fortunes, nos vies, la liberté sont menacés; le despotisme, soulevant sa tête, long-temps humiliée, jouit de nos misères, et attend sa proie pour la dévorer. Appelez, il en est temps; appelez tous les Français pour sauver la patrie. Je propose de décréter que la patrie est en danger.

DUMAS.

Messieurs, je ne jetterai aucun nuage sur les motifs de M. Vergniaux : je m'attache aux choses.

Mon opinion est donc qu'il ne peut y avoir aucun délai dans les mesures à prendre pour le rassemblement de la réserve; mais, comme les ministres ne peuvent être responsables du veto, comme d'ailleurs ils ont pourvu à ce que la sûreté du royaume exigeait, je crois qu'il ne peut y avoir lieu à la responsabilité.

D'un autre côté, que l'on se rappelle l'époque où l'assemblée constituante réalisa la liberté des cultes. Depuis te décret, les troubles religieux ont été éteints; cette liberté indéfinie a eu très peu d'inconvénients. Ce serait détruire la liberté elle-même que de s'armer aujourd'hui de mesures répressives.... Je demande donc la question préalable sur ce second chef.—M. Vergniaux a aussi argué, dans une supposition qu'il n'a adoptée ni rendue positive , à la vérité, mais dont sans doute vous sentez tous les dangers, de l'article de laconstitution qui dit: « que si le roi se met à la tète « d'une armée, et en dirige les forces contre la nation , « ou s'il ne s'oppose pas, par un acte formel, à une « telle entreprise qui s'exécuterait en son nom , il sera « censé avoir abdiqué la royauté. » Eh bien! que les émigrés, que ceux qui ne rougissent pas de porter le fer et la flamme au milieu de leur patrie se targuent du nom du roi : que doit-on eu conclure, sinon l'insolence de ces traîtres, lorsque l'on sait qu'aucune circonstance, aucun acte du roi n'autorisent ce langage. Une voix de f extrémité gaucJie.

Et son voyage à Varennes?

Thuriot.

Et le veto sur le décret contre les émigrés?
Dumas.

Je dis que tous les actes émanés du roi dénieul formellement ces inculpations.

Non, messsieurs, non; le roi ne vous dira jamais: Je veux être despote; il ne vous dira pas qu'il n'a voulu la constitution que pour n'être pas précipité du trône: il connaît trop bien ses faux amis; il a appris à les connaître depuis la révolution; il sait comment ils l'ont trahi dans toutes les circonstances. Ainsi je crois que nous pouvons fonder toute sécurité sur l'intérêt commun des deux pouvoirs constitués.

Je ne suis donc pas , je ne puis pas être de l'avis de M. Vergniaux, quant à la proposition de déclarer la patrie en danger. Voulez-vous exciter le zèle patriotique et non pas la fermentation , comme l'a dit M. Vergniaux , l'énergie des sentiments et non pas-, comme il l'a dit, l'exaltation? Eh bien! que le message que vous ferez au roi soit le gage de votre accord parfait: que la paix soit ici, et elle sera par tout l'empire.

Plusieurs voix de la droite. Qu'il n'y ait plus ni jacobins ni feuillants.

GAREAU.

A l'ordre les interrupteurs : il n'y a ici ni jacobins ui feuillants ; il n'y a que des législateurs.

QUELQUES MEMBRES.

L'impression du discours de M. Dumas..

D'autres. Non, non.

LE PRÉSIDENT.

Je vais consulter l'assemblée.

Les députés volent par assis et levé.
LE PRESIDENT.

L'assemblée décrète l'impression.

UNE FOULE DE VOIX DE LA GAUCHE.

Non , non; une autre épreuve.

LE PRÉSIDENT.

L'assemblée rejette l'impression.

MAZUYER.

Si l'on décrète que la patrie est en danger , je crois que la proclamation du corps législatif doit être accompagnée de signes extérieurs, qui parlent au sens autant qu'à l'esprit. C'est ainsi que la loi martiale se publie avec des signes de deuil. Je voudrais que la proclamation du danger de la patrie fût accompagnée d'un appareil lugubre, qui exprimât la douleur et la consternation.

VAUBLANC.

Je-ne pense pas, comme le préopinant, que la déclaration faite par le corps législatif, que la patrie est en danger, doive porter dans les âmes le sentiment de la consternation. Ces mots la pairie est en danger, prononcés à une nation iuaueii.se, qui ne doit jamais oublier et ses moyens el ses ressources, nu sont autre chose qu'un avertissement donné à tous les citoyens que le moment est arrivé où chacun doit marcher à la voix de la patrie. Cet avertissement dit à chacun que les raisonnements de régoïsme doivent être mis de côté; qu'il n'est plus question de songer à ses affaires, à son champ, à sa famille; mais que Ton doit prendre les armes et se tenir prêt à marcher en nombre, et dans l'ordre fixé par la loi. ( On applaudit. ) L'Europe doit enfin appreodre à connaître la France; et il est temps qu'elle sache qu'il est plus facile à une nation libre d'envoyer, eu un instant, cent mille hommes armés sur ses frontières , qu'il ne l'est aux despotes de tirer, du fond de leurs provinces, sept ou huit mille hommes. Il ne faut que deux choses pour la liberté : du fer et des hommes; mais unis par le même sentiment, l'amour de la patrie et de la constitution. Je demande la question préalable sur toutes les propositions qui tendraient à attacher à cette proclamation des idées funèbres.

TornÉ , évêque de Bourges.

 

 

Le temps n'est plus où uous puissions , sans lâcheté ou sans perfidie, taire, dans cette tribune , quelque grande vérité. Le moment est venu où le roi doit tout entendre, le peuple tout savoir, le corps législatif tout excuser.

Je ne sais si je m'exagère la crise où nous sommes , mais elle me paraît bien critique. Qui pourrait se dissimuler que la constitution est menacée, que des puissances, ennemies de la France, marchent pour l'asservir, qu'une multitude innombrable de citoyens pervers conspirent dans son sein pour favoriser , par une guerre intestine , le succès de la guerre étrangère. Nulle nécessité pour ces conspirateurs de se choisir un chef. Tant

que le monarque ne se prononce pas contre eux avec energie , tant qu'il ne déploie pas contre eux la toutepuissance du pouvoir exécutif avec une rigueur soutenue , de cela seul il se montre leur chef. Le propre de cette révolution est que le roi, sans se montrer ouvertement son ennemi, et de cela seul qu'il ne se passionne pas pour elle, est nécessairement le point de ralliement de ceux qui la détestent. De cela seul qu'il est des factions contre la liberté, il s'en déclare l'appui; s'il n'en impose pas aux séditieux aristocrates, de cela seul il les encourage; s'il ne tonne pas contre la ligue des princes , faite en sa faveur, de cela seul il la fomente; s'il engage la moindre lutte avec l'assemblée nationale, decela seul il déchaîne contre elle toutes les horreurs de la calomnie et la perfidie des complots; enfin , pour peu que le monarque, regardant en arrière, paraisse jeter quelque soupir vers son ancienne autorité , c'en est assez pour appeler sous sa bannière tous ceux qui, par la révolution, ont fait des pertes sensibles. Écoutez, et, si vous le pouvez, démentes-moi : n'est-il pas vrai qu'en tpus lieux du royaume le fanatisme secoue plus que jamais les torches de la discordent que, sous l'égide d'un veto vraiment anarchique, les prêtres séditieux bravent nos décrets? N'est-il pas vrai qu'un second veto, en repoussant le sage décret qui formait un camp de vingt mille volontaires nationaux auprès de Paris, a comme sanctionné les poignards des factieux et des brigands qui s'y sont rassemblés de toutes parts. Deux cent mille ennemis , rassemblés sur nos frontières, seront pour la France sa nouvelle législature , et le manifeste de firunswick une nouvelle constitution. Le roi, courant au-devant du nouveau pacte, le signera comme le premier. En attendant mieux , il obtiendra peut-être que

les rebelles de Coblentz veuillent bien donner un prix au sacrifice de leurs ressentiments , et qu'ils daignent régler leur indemnité pour la dépense d'une aussi glorieuse campagne. Dans ces circonstances , les mesures prises dans la constitution suffiront-elles pour sauver la France? La vraie constitution de toute nation en péril est tout entière, suivant moi, dans ces mots : Lf salut dupeupleest la loi suprême. Voici mon projet de décret: Art. 1er. Le corps législatif fait à la nation la déclaration suivante : Citoyens, la patrie est en danger. — Art. 2. L'assemblée nationale se réserve de prendre telles mesures extraordinaires que les circonstances pourraient exiger, et de se régler par la maxime supérieure à toute constitution: Le salut du peuple eut la loi suprême.

Quelques voix : L'impression ! — D'autres : Non ! non!
VAUBLANC ET PASTORET.

Je demande que M. Torné soit censuré.

MARANT.

Il y a environ six semaines que, me promenant dans le jardin des Feuillants avec M. l'abbé Torné, il me demanda ce que je pensais de la situation de la France.

Tkuriot, Lecointre-Puyravaux et autres couvrent la voix de Marant.

LE PRÉSIDENT.

M. Marant a la parole pour un fait....

Une voix.
Pour un conte, et non pour un fait.

MARANT.

M. Torné m'a dit que, pour sauver la France, il fallait fermer la constitution, que l'assemblée s'emparât de

tous les pouYûirs, et se transférât dans le Midi s'il y
avait des récalcitrants.

TORNÉ.
De deux choses l'une....

CARNOT, le jeune.

Nous pouvons maintenant juger M. Tomé et M. Marant. J'insiste pour l'ordre du jour.

L'assemblée passe à l'ordre du jour.
LE PRÉSIDENT.

M. Brissot a la parole sur les mesures de sûreté générale.

LAMOURETTE.

Je demande à faire une motion d'ordre sur l'objet de la discussion.

Messieurs , on vous a proposé et on vous proposera encore des mesures extraordinaires pour arrêter les divisions qui déchirent la France... Mais de ces mesures il n'en est aucune qui ait atteint le but, parce qu'il n'en est aucune qui soit centrale, et que jamais on n'est remonté à la véritable source de nos maux. Cette source qu'il faut tarir, c'est la division de l'assemblée nationale. La position du corps législatif est le véritable thermomètre de la nation ; c'est ici qu'est le levier qui meut la grande machine de l'état... Eh quoi ! vous tenez dans vos mains la clef du salut public , et vous vous refusez aux moyens de rétablir dans votre propre sein la paix et l'union. J'ai souvent entendu dire que ce rapprochement était impraticable; et ces mots m'ont fait frémir. A quoi se réduisent, en effet, toutes ces défiances? Une partie de l'assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir détruire la monarchie. Les autres attribuent à leurs collègues le dessein de vouloir la

[ocr errors]

tlestruetion de l'égalité constitutionnelle, en demandant les deux chambres. Eh bien! foudroyons, messieurs , par une exécration commune et par un irrévocable serment, foudroyons et la république et les deux chambres. ( La salle retetttit des applaudissements unanimes de l'assemblee et des tribunes.Oui, oui, nousne voulons que la constitution '. ) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul sentiment.... (Les mêmes applaudissements recommencent et se prolongent. ) Je demande que M. le président mette aux voix cette simple proposition : Que ceux qui abjurent également et exècrent la république et les deux chambres se lèvent.

L'assemblée se lève tout entière. Tous les membres simultanément, et, dans l'attitude du serment, prononcent la déclaration de ne jamais souffrir aucune altération quelconque à la constitution. Un cri général de réunion suit ce premier mouvement d'enthousiasme. Les membres assis aux extrémités opposées de la salle se lèvent spontanément, te confondent et s'embrassent ivec une douce fraternité. Les spectateurs attendris mêlent leurs acclamations aux serments de l'assemblée. M.Pastoret, qui entre à l'instant, court i M. Condorcet, l'embrasse etl'étreintdans ses bras.—On applaudit.

EMERY, apres que l'assemblée s'est remise de son émotion.

Je demande que l'assemblée envoie sur- le- champ une députation de vingt-quatre membres au Roi, pour lui présenter l'extrait de son procès-verbal.

La proposition de M. Emery est adoptée. L'assemblée passe à la nomination des députés chargés de se transporter chez le Roi. Ces députés se rendent aux Tuileries.

LE PRÉSIDENT.

Messieurs , une députation de la municipalité de Paris demande à se présenter à la barre.

L'assemblée décide qu'elle sera introduite à l'instant. — Une députation de la section de la place Royale est également introduite.

TALLIEN, orateur de la députation. Un grand attentat vient d'être commis. La ville de Paris est dans la douleur... Pétion est suspendu de ses fonctions par un directoire contre-révolutionnaire. Pétion, notre père, notre ami, est sous le coup d'une accusation. Et pourquoi? Pour n'avoir pas versé le sang dans la journée du 2o juin... pour n'avoir pas armé les citoyens contrôles citoyens , pour n'avoir pas changé en un jour de deuil l'anniversaire d'une des époques les plus mémorables de la révolution. Le corps municipal yous a déclaré que le crime de Pétion était le sien. Eh bien ! il est aussi !e nôtre; et nous venons demander à partager le sort de notre vertueux maire , ou que vous leviez dans le plus court délai la suspension prononcée par les contre-révolutionnaires contre le maire et le procureur de la commune.

LE PRÉSIDENT.

L'impression est décrétée, et l'assemblée nationale décide que le pouvoir exécutif rendra immédiatement compte des mesures qu'il aura prises relativement à la suspension du maire et du procureur de la commune.

La députation des vingt-quatre rentre. — Le Roi, accompagné de tous ses ministres, est au milieu d'elle. La salle retentit des cris de Vive la nation ! vive le Roi! Le Roi va se placer auprès du président.

LE ROI.

Messieurs, le spectacle le plus attendrissant pour mon cœur est celui de la réunion de toutes les volontés pour le salut de la patrie. J'ai désiré depuis longtemps ce moment salutaire : mon vœu est.accompli. La nation et son roi ne font qu'un; l'un et l'autre ont lemême but ; leur reunion sauvera la France. La constitution doit t-tre le point île ralliement de tous les Français: nous devons tous la défendre ; le roi leur en donnera l'exemple.

Les applaudissements et les cris de vive la nation! vive le Roi! recommencent.

LE PRÉSIDENT.

Sire, celte époque mémorable de l'union de toutes les autorités constituées est un signal d'allégresse pour tous les amis de la liberté, et de terreur pour ses ennemis; de cette union sortira la force nécessaire pour combattre les tyrans coalisés contre nous. Elle est un sûr garant d,e la victoire.

Les applaudissements se prolongeât. Il se fait un moment de grand silence. Le Roi est vivement ému.

LE ROI.

Je vous avoue , M. le président, qu'il me tardait bien que la députation arrivât pour pouvoir courir à l'assemblée.

Les applaudissements et les cris de vive la nation! vive le Roi! redoublent. Le Roi sort au milieu des cris d'allégresse de l'assemblée et des tribunes.

LE PRÉSIDENT.

L'assemblée arrête d'envoyer extrait de son procèsverbal aux quatre-vingt-trois départements et à l'armée. Nous allons reprendre la discussion sur les mesures de sûreté générale. La parole est à M. Brissot.

Brissot.

La fraternité que j'ai jurée à tous mes collègues, dans cette journée de réunion , a banni de mon esprit et de mon discours toute personnalité, tout haine; mais elle

m'impose aussi dedi'rela vérité avec franchise. La réunion qui s'est opérée parmi nous a augmenté nos forces, mais n'a pas détruit nos dangers.... La Prusse, l'Autriche, la Sardaigne, Naples, la Russie, l'Espagne, arment contre vous. Et ne croyez pas que ces puissances tendent seulement à prendre quelques villes , à gagner quelques batailles : une idée plus profonde les occupe, elles veulent détruire la source de cet esprit de liberté qui agite la France depuis trois ans, source intarissable de puissance pour les peuples, qui renverseront incessamment tous les trônes. Les rois sont mûrs, ils veulent prévenir le moment de leur chute. C'est ici une guerre à mort, ïls veulent vous faire reprendre vos

fers Ces puissances avaient déjà donné le secret de

leur entreprise : au moment où vous leur déclarâtes la guerre, elles vous annonçaient qu'elles voulaient châtier les séditieux , dissoudre les sociétés populaires Voilà en efl'et ce qu'elles entendaient par leur

guerre aux jacobins. Elles savaient bien- que les jaco bins ne sont pas une puissance; qu'ils n'ont ni argent, ni moyens , ni même d'émissaires, mais que ces assemblées sont des volcans qui lancent sans cesse une lave inflammable sur la tête des tyrans; qu'ils n'ont pas de poignards , mais qu'ils combattent avec l'évangile de la

constitution Aussi, c'est à la révolution, c'est à

la déclaration des droits , c'est à la souveraineté nationale qu'ils déclarent la guerre Ce n'est point

avec des armées partielles que nous pourrons repousser un si éminent péril: il faut que la nation se soulève tout entière, que pas un village ne soit incendié sans que ces attentats ne trouvent sur-le-champ des milliers de vengeurs.ll fautque Sagonte ressuscite parmi nous, que nos femmes, nos enfants soient bien déterminés àfie pas survivre à notre mort. ( On applaudit. )

Mais, dites-vous, de nombreuses levées de bataillons sont décrétées, le complément des autres est ordonné Voulez-vous donc suivre encore les formes

jusqu'ici si lentes du recrutement ordinaire? Il vous faut des hommes sur-le-champ : la fédération vous en donnera. On me dit qu'ils n'auront point d'uniforme. Eh qu'importe au courage la couleur de l'habit, et l'habit même ! ( On applaudit}. Les Américains n'avaient pas de souliers quand ils vainquirent à Trentole. On n'a pas de fusils, les marchés d'Angleterre manquent: eh bien! armez-vous de piques et de haches , variez votre tactique militaire. Enfin , dites-vous, nous manquons d'officiers généraux : n'avez - Vous donc pas le moyen

d'en trouver' Suspendez donc, lorsque la patrie est

en danger, suspendez des lois d'avancement qui ne sont bonnes qu'en temps de paix : la liberté, l'espoir des couronnes civiques auront bientôt mûri les talents. Déclarez ensuite que la patrie est en danger, déclarezle sans désemparer; déclarez-vous permanents. Jamais péril ne fut plus grand; et, lorsque vous aurez rendu ce décret solennel, que des courriers extraordinaires portent, dans tous les départements, le cri du danger. C'est alors que vous mettrez à l'épreuve le patriotisme du pouvoir exécutif : s'il veut fermement le salut public , il se réunira à vous; car ce n'est pas vous qui de

Tcz vous réunir à lui. S'il refuse , je m'arrête. Eh!

Messieurs, à qui doit-on l'état funeste où nous sommes? A un seul homme, que la nation a fait son chef, que des courtisans perfides onl fait son ennemi. Je dis que frapper sur la cour des Tuileries, c'est frapper tous les traîtres d'un seul coup. Le ministre de la justice vous a dit que la cause de nos maux était dansquelques lacunes du code pénal, dans les applaudisses ments des tribunes, dans quelques écrits exagérés: n'est-ce pas s'occuper gravement d'égratignures à la jambe, lorsque l'abcès est à la tête? Voulez-vous la réunion, hâtez-vous de décréter que la patrie est en danger, que le mipistère a perdu sa confiance. Voulez-vous la réunion, bâtez-vous de punir ceux qui vous commandent des délibérations à la tête des armées,... Plusieurs voix.

La lecture, la lecture du projet de déclaration.,.. La lecture...

LACÉPÈDE , à la tribune.

Le voici, messieurs : —« ACTE DU CORPS LEGISLA« TIF.Des troupes nombreuses s'avancent vers la fron«tière. Tous ceux qui ont en horreur la constitution s'ar«ment contre notre constitution. Citoyens, La. Pa« Trie Est En Danger ! —Que ceux, qui vont obtenir « l'honneur de marcher les premiers , pour défendre ce « qu'ils ont de plus cher, se souviennent toujours qu'ils fc sont Français et libres ! »

Toute l'assemblée se lève et décrète l'envoi de l'adresse aux déparlements et à l'armée.

Commenter cet article

Archives

À propos

Louis XVI au jour le jour