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20 Jan

Les dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #[1789-1793]

En ce 19 Janvier, souvenons-nous qu'en 1793, la Convention refusa d'accorder un sursis au jugement du Roi Louis XVI, l'acheminant ainsi encore plus sûrement vers la mort.

À la séance du samedi 19 janvier 1793, malgré une opposition farouche de Marat rejetée, sur la motion de Choudieu, la Convention décrète qu'elle discutera immédiatement la question du sursis du jugement de Louis Capet, et décrète que la question sera ainsi posée :

4° « Y aura-t-il un sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet ? » et qu'il sera répondu par oui ou par non.
L'appel nominal a lieu par ordre alphabétique de département en commençant par le Gers.

 

Voici le récit le plus circonstancié qu’on a pu établir sur les dernières heures du Roy-martyr.

Le 20 janvier, le ministre de la Justice Garat vint signifier au Roy le décret qui le condamnait à mort.

Le secrétaire du Conseil exécutif Grouvelle, chevrotant, lut la sentence.

Le Roy l’écouta sans un mot.

Après l'annonce de la peine capitale par la cour, Louis XVI a écrit à l'Assemblée pour lui demander un délai de 3 jours supplémentaires avant son exécution (qu'il n'a pas eu...) pour se préparer religieusement à la mort, mais aussi pour s'assurer que sa famille serait traitée convenablement et remise en liberté, et aussi pour s'inquiéter de toutes les personnes (âgées surtout) dépendantes de ses pensions qui allaient rester sur le carreau après sa mort....oui Louis XVI dans cette lettre pense plus aux autres qu'à lui même c'est flagrant

Mais bien sûr l'Assemblée comme à son habitude, en réponse à ces demandes, fit un "travail" expéditif proche du zéro: pas de délais supplémentaire accordé, il est du ressort des personnes concernées par les pensions de se manifester, et bien sûr, en ce qui concerne la famille de Louis XVI...laissons parler Hüe, il résume la chose bien mieux que moi :
"Enfin, sur l'objet des recommandations du Roi en faveur de sa famille, le ministre de la justice fut autorisé à répondre que la nation françoise, toujours grande et toujours juste, s'occuperoit du sort de la Famille royale. Fut-il jamais ironie plus cruelle et plus froidement barbare! L'histoire apprendra aux génération futures quel a été, après la mort de Louis, le sort déplorable de sa famille."

Il remit à Garat une lettre demandant un délai de trois jours pour se préparer à la mort, l’autorisation de revoir sa famille et d’appeler auprès de lui un prêtre de son choix.

Pour ce ministère, il désignait l’abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont.

Voilà une des principales motivations qu'avaient les Jacobins pour faire exécuter Louis XVI, dictée par Hüe:

"Je savois, d'un autre côté, qu'il n'étoit que trop ordinaire d'entendre dire aux Jacobins : "Au point où sont les choses, il ne nous est plus possible de reculer; nous l'avons (Louis XVI) trop outragé pour qu'il ne se venge pas. Les Rois ne pardonnent point; nous sommes proscrits dans son coeur : si nous ne le perdons pas, il nous perdra."

Et voilà le résultat, en 1795:
"Au mois de Juin 1795, un membre de la Convention, parlant, en ma présence, du procès du Roi, disoit : "Si, au moment où nous sommes, la question étoit à décider, il n'y auroit pas dans l'Assemblée dix votants pour la mort. A peine en auroit-on réuni cinquante à l'époque du jugement, si la terreur n'eût pas dominé la Convention nationale, et si Barrère, Lepelletier Saint-Fargeau, et plusieurs autres, n'eussent employé tous les moyens de séduction."

La Convention rejeta le délai, mais accorda les autres demandes.

Le décret proposé par Cambacérès portait que « la nation française, aussi grande dans sa bienfaisance que rigoureuse dans sa justice, prendra soin de la famille du condamné et lui fera un sort convenable »


Ce « sort convenable », on le connaît…

Garat fit donc prévenir l’abbé Edgeworth et le ramena lui-même au Temple dans sa voiture.

Le prêtre voulut échanger son habit bourgeois contre un costume ecclésiastique, mais Garat lui dit :
- C’est inutile, d’ailleurs le temps nous presse.

Le 20 janvier à six heures du soir, le confesseur entra chez le Roy.

Tous les assistants s’étant écartés, ils restèrent seuls.

Louis XVI parla un moment avec l’abbé et lui lut son testament.

Puis il le pria de passer dans le cabinet voisin pour lui permettre de recevoir sa famille.

Nous apprîmes la [sentence de] mort de mon père le dimanche 20, par les colporteur.

A 7 heures du soir, on vint nous dire qu'un décret de la convention nous permettoit de descendre chez mon père. Nous courrûmes chez lui et nous le trouvâmes bien changé ; il pleura de notre douleur, mais non de sa mort. Il raconta à ma mère son procès, excusant les scélérats qui le faisoit mourir, répéta à ma mère qu'on vouloit les assemblées primaires, mais qu'il ne le vouloit pas, parce que cela mettroit le trouble dans la france ; il donna ensuite de bonnes instruction religieuses à mon frère et lui recommenda surtout de pardonner à ceux qui le faisoient mourir. Il donna sa bénédiction à mon frère et à moi.

Ma mère désiroit extrêmement que nous passion la nuit avec mon père, il le refusa, ayant besoin de tranquilité.

Ma mère demanda au moins de revenir le lendemain matin, mon père le lui accorda ; mais quand nous fûmes partis, il demanda aux gardes que nous ne redescendions pas, parce que cela lui faisoit trop de peine.

- extrait du Mémoire de Marie Thérèse Charlotte de France -

A huit heures et demie, la porte s'ouvrit: la Reine parut la première tenant son fils par la main, ensuite madame Royale et madame Elisabeth; tous se précipitèrent dans les bras du Roi.

Un morne silence régna pendant quelques minutes, et ne fut interrompu que par des sanglots.

La Reine fit un mouvement pour entraîner Sa Majesté vers sa chambre

« Non, dit le Roi, passons dans cette salle, je ne puis vous voir que là »

Ils y entrèrent et j'en fermai la porte qui était en vitrage.

Par la porte vitrée, Cléry les vit s’étreindre en sanglotant.

Ils ne savaient rien de précis encore, mais  ils craignaient le pire.

Avec de tendres ménagements, à voix basse, il les avertit.

d'après Bénazech, conservé au musée Carnavalet

Le Roi s'assit, la Reine à sa gauche, madame Elisabeth à sa droite, madame Royale presqu'en face, et le jeune Prince resta debout entre les jambes du Roi: tous étaient penchés vers lui, et le tenaient souvent embrassé.

Cette scène de douleur dura sept quarts-d'heure pendant lesquels il fut impossible de rien entendre; on voyait seulement qu'après chaque phrase du Roi, les sanglots des Princesses redoublaient, duraient quelques minutes, et qu'ensuite le Roi recommençait à parler.

Il fut aisé de juger à leurs mouvements que lui-même leur avait appris sa condamnation.

Tenant ses mains dans les siennes, Louis XVI fit jurer à son fils de ne jamais songer à venger sa mort.

Il le bénit et bénit sa fille.

Par instants, il gardait le silence et mêlait ses larmes aux leurs.

A la fin, quel que soit son courage, il n’en put plus.

Il se leva et conduisit sa famille vers la porte.

A dix heures un quart, le Roi se leva le premier, et tous le suivirent: j'ouvris la porte; la Reine tenait le Roi par le bras droit.

Leurs Majestés donnaient chacune une main à monsieur le Dauphin; madame Royale à la gauche tenait le Roi embrassé par le milieu du corps; madame Elisabeth du même côté, mais un peu plus en arrière avait saisi le bras gauche de son auguste frère: ils firent quelques pas vers la porte d'entrée, en poussant les gémissements les plus douloureux.

Comme ils voulaient rester encore et s’attachaient à lui en gémissant, il dit :
-
Je vous assure que je vous verrai demain matin à huit heures.
- Vous nous le promettez ? supplièrent-ils ensemble.
-
Oui, je vous le promets.
- Pourquoi pas à sept heures ? dit la Reine.
-
Eh bien oui, à sept heures… Adieu.

Les adieux du Roy à sa famille

Les adieux du Roy à sa famille.

II prononça cet adieu d'une manière si expressive que les sanglots redoublèrent.

Madame Royale tomba évanouie aux pieds du Roi qu'elle tenait embrassé;

Cléry et Madame Elisabeth la relevèrent.

je la relevai et j'aidai madame Elisabeth à la soutenir:

Le Roy les embrassa tous encore, et doucement les poussa hors de sa chambre, voulant mettre fin à cette scène déchirante, et eut la force de s'arracher de leurs bras.

« Adieu,.... adieu », dit-il, et il rentra dans sa chambre avec un geste navrant de la main


- extrait du Journal de Cléry -

 

Il rejoignit l’abbé Edgeworth dans le petit cabinet pratiqué dans la tourelle.
-
Hélas, murmura-t-il, il faut que j ‘aime et sois tendrement aimé !
Sa fermeté revenue, il s’entretint avec le prêtre.

Jusqu’à minuit et demi, le Roy demeura avec son confesseur.

Puis il se coucha.
Cléry voulut lui rouler les cheveux comme d’habitude.
-
Ce n’est pas la peine, dit Louis XVI.
Quand le valet de chambre ferma les rideaux
, il ajouta:

« Cléry, vous m’éveillerez demain à cinq heures»
Et il s’endormit d’un profond sommeil.

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21 janvier 1793

A cinq heures, Cléry allume le feu.

Au peu de bruit qu’il fait, Louis XVI ouvre les yeux, tire son rideau:
- Cinq heures sont-elles sonnées ?
- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.
-
J’ai bien dormi, dit le Roy, j’en avais besoin, la journée d’hier m’avait fatigué. Où est Monsieur de Firmont?
- Sur mon lit.
-
Et vous? où avez-vous dormi?
- Sur cette chaise.
-
J’en suis fâché, murmure Louis XVI, soucieux toujours du bien-être de ses serviteurs.
- Ah, Sire, dit Cléry en lui baisant la main, puis-je penser à moi dans ce moment?

Il habille et coiffe son maître devant plusieurs municipaux qui, sans respect, sont entrés dans la chambre.

A 6 heures
Puis il transporte une commode au milieu de la pièce pour servir d’autel.
Revêtu de la chasuble, l’abbé commence la messe, que sert Cléry.


Le Roy l’entend à genoux et reçoit la communion, il remercie ensuite le valet de chambre de ses soins et lui recommande son fils:
-
Vous lui remettrez ce cachet, vous donnerez cet anneau à la Reine, dites-lui que je le quitte avec peine… Ce petit paquet contient des cheveux de toute ma famille, vous le lui remettrez aussi. Dites à la Reine, à mes chers enfants, à ma soeur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j’ai voulu leur épargner la douleur d’une séparation nouvelle…

Essuyant ses larmes, il murmure alors :
-
Je vous charge de leur faire mes adieux.

Il s’est approché du feu, y réchauffe ses mains froides.

Il a demandé des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux au lieu du bourreau.

Les municipaux, défiants, les refusent.

  il partit sur les 9 heures.
 En descendant l'escalier, il donna son testament à un municipal.
 Il leur donna aussi une somme d'argent que Mr de Malsherbes lui avoit prêté et les pria de la lui faire remettre, mais ils la gardèrent pour eux.

Dans l’aube triste de ce dimanche d’hiver, un grand bruit environne la Tour.

Alertées par la Commune, toutes les troupes de Paris sont sous les armes.

L’assassinat, la veille au soir, de Lepeletier de Saint-Fargeau, l’exalté Montagnard, tué d’un coup de sabre par l’ancien garde du corps Deparis, a fait redoubler les précautions militaires.

Il rencontra ensuite un guichetier qu'il avoit repris un peu brusquement la veille ; il lui tendit la main en disant : « Mathé, je suis fâché de vous avoir offensé, je vous prie de me pardonner. »

Partout les tambours battent la générale.

Les sections armées défilent dans les rues, les vitres résonnent du passage des canons sur les pavés.
A huit heures Santerre arrive au Temple avec des commissaires de la Commune et des gendarmes.

Nul ne se découvre.

- Vous venez me chercher? interroge le roi.
- Oui.
-
Je vous demande une minute.

Il rentre dans son cabinet, s’y munit de son testament et le tend à un municipal qui se trouve être le prêtre défroqué Jacques Roux:

Louis XVI, une fois qu'il a écrit son si beau testament, s'adressa à un municipal nommé Jacque Roux, un prêtre jureur, qui se trouvait le plus avant, et lui dit :


- Je vous prie de remettre ce papier à la ReineIl se reprend, et dit : « à ma femme. »

Le prêtre refusa de prendre le papier et répondit :
- Cela ne me regarde point, répond Roux. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions, mais pour vous conduire à l’échafaud.
-
C’est juste, dit Louis XVI.

(Attention, il faut préciser que Jacques Roux est bien plus qu'un prêtre jureur, c'est un prêtre défroqué (et je crois même qu'il n'était pas prêtre mais moine), et l'un des sans-culottes les plus enragés. Ses idées ont même inspiré Hébert, même si aujourd'hui le nom de Jacques Roux est oublié. Donc Jacques Roux n'est pas le plus représentatif de l'état d'esprit des prêtres jureurs -qui finirent à leur tour par être persécutés sous la Terreur.
Si Roux avait été choisi pour faire partie de l'escorte conduisant Louis XVI à l'échafaud, c'est précisément parce qu'il avait fait partie du clergé. Le faire escorter par un ancien prêtre -ou moine- devenu sans-culotte était une façon particulièrement cruelle de blesser Louis XVI dans sa foi catholique, et faisait pleinement partie du plan mis en oeuvre par la Commune pour humilier et harceler sans relâche le Roi.)

Un autre commissaire s’empare du testament qu’il remettra non à la Reine, mais à la Commune (*).

Louis XVI est vêtu d’un habit brun, avec gilet blanc, culotte grise, bas de soie blancs.

Cléry lui présente sa redingote.
-
Je n’en ai pas besoin, donnez-moi seulement mon chapeau.

Il lui serre fortement la main, puis, regardant Santerre, dit :
-
Partons!

D’un pas égal, il descend l’escalier de la prison.

Dans la première cour, il se retourne et regarde à deux reprises l’étage où sont les siens: au double roulement qui a retenti lorsqu’il a franchi la porte de la Tour, ils se sont précipités vainement vers les fenêtres, obstruées par des abat-jour.
- C’en est fait, s’écrie la Reine, nous ne le verrons plus !

Le Roy monte dans sa voiture, un coupé vert, suivi de l’abbé Edgeworth de Firmont.

Un lieutenant de gendarmerie et un maréchal des logis s’assoient en face d’eux sur la banquette de devant.

Précédés de grenadiers en colonnes denses, de pièces d’artillerie, d’une centaine de tambours, les chevaux partent au pas…


Les fenêtres, comme les boutiques, par ordre restent closes.


Dans la voiture aux vitres embuées, Louis XVI la tête baissée, lit sur le bréviaire du prêtre les prières des agonisants dans le chemin


Arrivé à l'échafaud

Vers dix heures, dans le jour brumeux, la voiture débouche enfin de la rue Royale sur la place de la Révolution.

A droite en regardant la Seine, au milieu d’un espace encadré de canons et de cavaliers, non loin du piédestal vide qui supportait naguère la statue de Louis XV, se dresse la guillotine.


La place entière est garnie de troupes.

Les spectateurs ont été refoulés très loin.

Il ne sort de leur multitude qu’un faible bruit, fait de milliers de halètements, de milliers de soupirs.

(Le Livre noir de la Révolution française nous apprend beaucoup de détails intéressants sur l'exécution de Louis XVI, et notamment sur Sanson, le bourreau.

On aurait tort de voir en cet homme, auquel l'Histoire a donné un bien mauvais rôle, un révolutionnaire animé des pires intentions. Non seulement il ne l'était pas, mais c'était également un royaliste. Cela, nous pouvions nous en douter grâce au rapport qu'il fit à la Convention, et dans lequel il parle de la forte impression que lui a faite le Roi. Sanson fut également un des premiers à commémorer la mémoire du Roi le 21 janvier, initiant cette tradition dans sa famille. Sanson appréciait Louis XVI, lequel lui avait un jour accordé audience aux Tuileries (c'est cela qui était formidable sous la Monarchie, n'importe quel citoyen pouvait exposer ses problèmes au Roi, personnellement). Ce dont on ne se doute pas, et ce que les mémoires de Sanson (à l'usage privé de ses enfants) nous révèlent, c'est que Sanson était au courant des projets du baron de Batz pour sauver Louis XVI le 21 janvier. Et non seulement l'exécuteur public ne dénonça pas ces complots, mais il se prépara également à y prendre part. En effet : jusqu'au dernier moment, il a espéré un soulèvement en faveur de Louis XVI, et alors qu'il liait les mains du Roi, il dissimulait sous son manteau des armes qui lui auraient servi à couvrir la fuite de Louis XVI en cas de réussite de la tentative de soulèvement.

Les mémoires de Sanson nous révèlent un autre détail très intéressant. Il y a quelques mois, Chou d'amour s'étonnait que le peuple, qui aimait tant son Roi, ait acclamé la chute du couperet. Eh bien, les mémoires de Sanson sont éloquents à ce sujet :

Louis XVI commençait d'exciter une véritable compassion ; et, réellement, je n'ai pas compris, après tous les avis que j'avais reçus hier, qu'il ait été si cruellement abandonné. Le moindre signal eût suffi pour amener une diversion en sa faveur, car, si lorsque mon aide Gros montra cette auguste tête aux assistants, quelques forcenés poussèrent des cris de triomphe, la majeure partie se détourna avec une profonde horreur et un douloureux frémissement.

Ainsi, derrière l'Histoire maquillée, la vérité apparaît-elle....

En complément, voici, grossièrement esquissée, la disposition des acteurs et spectateurs du drame place de la Révolution. Au centre, l'échafaud. Autour de celui-ci, des canons pour prévenir tout soulèvement. Puis 3000 sans-culottes, les massacreurs de septembre. Ce sont ceux-là qui ont hurlé de joie à la chute du couperet. Et, cernant le tout, 80000 gardes nationaux (oui, 80000 !). Autrement dit, des uniformes bleus à perte de vue. Le vrai peuple de Paris, lui, était relégué le plus loin possible de l'échafaud, face à cette infranchissable muraille de soldats. On comprend mieux, ainsi, que tout se soit passé selon les plans des régicides. Pendant que les septembriseurs faisaient la fête, ce peuple, spectateur impuissant, se retira dans ses maisons pour pleurer son père assassiné)

il voulut parler au peuple, Santerre l'en empêcha en faisant battre le tambour.

Son discours fut entendu de peu de monde.

 

Il est des hommes qui toute leur vie ont paru médiocres mais dont la mort révèle la véritable grandeur: leur âme perce au moment suprême !

Louis XVI fut de ces caractères apparemment médiocres que la catastrophe épure et grandit.

Son règne est calomnieusement présenté comme n’ayant aucun éclat ni génie, mais nul ne peut nier que sa fin est auréolée de grandeur et de majesté.

L’exécuteur Sanson et deux de ses aides, venus à la voiture, ouvrent la portière; Louis XVI ne descend pas tout de suite; il achève sa prière.


Au bas de l’échafaud, les bourreaux veulent le dévêtir.

Il les écarte assez rudement, ôte lui-même son habit et défait son col.

Puis il s’agenouille aux pieds du prêtre et reçoit sa bénédiction.


Les aides l’entourent et lui prennent les mains.


- Que voulez-vous? dit-il.
- Vous lier.
-
Me lier, non, je n’y consentirai jamais!

Indigné par l’affront, son visage est soudain devenu très rouge.

Les bourreaux semblent décidés à user de la force.

Il regarde son confesseur comme pour lui demander conseil.

L’abbé Edgeworth murmure :
-
Faites ce sacrifice, Sire; ce nouvel outrage est un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense.

- Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie.

Il se déshabilla ensuite tout seul, il se fit lier les mains avec son mouchoir et non une corde.

on lui coupe les cheveux.

Puis il monte le raide degré de l’échafaud, appuyé lourdement sur le bras du prêtre.

A la dernière marche il se redresse et, marchant d’un pas rapide, il va jusqu’à l’extrémité de la plate-forme.

Là, face aux Tuileries, témoins de ses dernières grandeurs et de sa chute, faisant un signe impérieux aux tambours qui, surpris, cessent de battre, il crie d’une voix tonnante:
- Français, je suis innocent, je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ! Et vous, peuple infortuné…

A cheval, Beaufranchet, adjudant général de Santerre, se précipite vers les tambours, leur jette un ordre.

Un roulement brutal interrompt le Roy.

Il frappe du pied l’échafaud:
- Silence, faites silence!

On ne l’entend plus.

Les bourreaux se saisissent de lui, le lient à la planche…
Le couperet tombe.

Il reçut le coup de la mort le 21 Janvier 1793, un lundi, à 10 heures 10 minutes.

L’un des aides de Sanson prend la tête du Souverain et, la tenant par les cheveux, la montre aux assistants.


Des fédérés, des furieux escaladent l’échafaud et trempent leurs piques, leurs sabres, leurs mouchoirs, leurs mains dans le sang.

Ils crient : « Vive la nation! Vive la République! »

Quelques voix leur répondent.

Mais le vrai peuple reste muet, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas présent: la grande majorité des parisiens est terrée chez eux, la place n’est occupée que par les soldats de la révolution et, derrière eux, par quelques groupes d’enragés.

Le Roy au pied de l'échafaud

 

 

 

L’abbé descend de la plate-forme et fuit, l’esprit perdu.


Une tradition lui a prêté ces mots, adressés au Roy comme adieu: " Fils de Saint Louis, montez au ciel ! "

L'abbé, qui l'avoit suivi, lui dit, au moment qu'il alloit mourir: « Allez, fils de St Louis, les portes de l'éternité vous sont ouvertes »

Les restes de Louis XVI, transportés dans un tombereau au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, furent placés dans une bière emplie de chaux vive et enfouis dans une fosse que recouvrit encore une épaisse couche de chaux.

Un prêtre constitutionnel marmonna quelques prières sur la tombe, profanation suprême, mais le dernier mot, même devant un cadavre, devait rester à « la loi »…

Ainsi périt Louis 16, roi de France et de Navarre, âgé de 39 ans, 5 mois moins 3 jours, après avoir régné 18 ans et avoir été en prison 5 mois et 8 jours.
- extrait du Mémoire de Marie Thérèse Charlotte de France -

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Texte de l'acte de décès de Louis XVI tel que recopié par les achivistes:

Du lundi 18 mars 1793, l'an Second de la République française.
Acte de décès de Louis CAPET, du 21 janvier dernier, dix heures vingt-deux minutes du matin ; profession, dernier Roy des Français, âgé de trente-neuf ans, natif de Versailles, paroisse Notre-Dame, domicilié à Paris, tour du Temple ; marié à Marie-Antoinette d'Autriche, ledit Louis Capet exécuté sur la Place de la Révolution en vertu des décrets de la Convention nationale des quinze, seize et dix-neuf dudit mois de janvier, en présence 1° de Jean-Antoine Lefèvre, suppléant du procureur général sindic du département de Paris, et d'Antoine Momoro, tous deux membres du directoire dudit département et commissaires en cette partie du conseil général du même département ; 2° de François-Pierre Salais et de François-Germain Isabeau, commissaires nommés par le conseil exécutif provisoire, à l'effet d'assister à ladite exécution et d'en dresser procès-verbal, ce qu'ils ont fait ; et 3° de Jacques-Claude Bernard et de Jacques Roux, tous deux commissaires de la municipalité de Paris, nommés par elle pour assister à cette exécution ; vu le procès-verbal de ladite exécution dudit jour 21 janvier dernier, signé Grouville, secrétaire du conseil exécutif provisoire, envoyé aux officiers publics de la municipalité de Paris cejourd'huy, sur la demande qu'ils en avaient précédemment faite au ministère de la justice, ledit procès-verbal déposé aux Archives de l'état civil ;
Pierre-Jacques Legrand, officier public (signé) Le Grand.

Chamilly, le collègue de Hüe qui était au service du Roi avec lui au Temple, fut lui aussi, tout comme la Duchesse de Tourzel et la Princesse de Lamballe, jugé à l'hôtel de la Force le 2 Septembre. Il fut acquitté mais il n'a pas été autorisé à revenir prendre son service au Temple. Le plus étonnant est qu'il a par la suite péri sur l'échafaud, car il a été suspecté d'avoir rédigé le testament si naturellement aujourd'hui attribué à Louis XVI!

Voici quelques livres :
La défense de Louis XVI / [par Malesherbes, Tronchet et Desèze ]. [Précédée du procès-verbal de l'interrogatoire du roi] / [publ. par] Paul et Pierrette Girault de Coursac, Jean-Marc Varaut
F. X. de Guibert, 1993, 185 p
ISBN 2-86839-248-2 : 120 F


Enquête sur le procès du roi / Paul et Pierrette Girault de Coursac
F.X. de Guibert
, 1992, 717 p
ISBN 2-86839-241-5 : 220 F


Louis XVI et la question religieuse pendant la Révolution: un combat pour la tolérance / Paul et Pierrette Girault de Coursac
OEIL, 1988, 352 p
ISBN 2-86839-137-0: 150 F

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