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18 Oct

19 octobre 1715: Vincennes

Publié par Louis XVI

Samedi 19, à Vincennes. 

 

Le roi se porte à merveille ici et devient tous les jours plus joli, et par l'esprit et par ses manières polies. M. le duc d'Orléans vint ici l'après-dinée tenir le conseil de régence ; il a fait faire le calcul de ce qui est dû aux ambassadeurs et aux ministres que nous avons dans les pays étrangers; cela monte à 1,600,000 francs. — L'assemblée du clergé se séparera à la fin du mois, et il n'y a encore que six millions de payés, des douze qu'elle doit donner au roi. —' On publia l'arrêt qui supprime plusieurs petites charges dans Paris et dans les provinces, qui étoient fort à la charge du peuple. —L'affaire entre M. le Duc et M. le duc du Maine fut terminée chez madame la Princesse ; M. le Duc retire toutes les protestations qu'il avoit faites contre les actes où M. du Maine prend la qualité de prince du sang et promet à M. le duc d'Orléans de ne les point renouveler que du consentement de M. le duc d'Orléans. Il n'a point voulu donner cette parole à M. ni à madame du Maine, ne voulant rien promettre làdessus qu'à M. d'Orléans*. Dans les actes que M. le Duc signera avec M. et madame du Maine dans la suite il ne prendra pas lui-même la qualité de prince du sang, afin qu'ils ne puissent pas prétendre de la prendre avec lui ; mais il ne s'oppose point qu'ils" ne prennent, M. le comte de Toulouse et lui, la qualité de princes du sang dans les actes qu'ils passeront avec les autres gens. Madame du Maine se contente pour sa part de la succession de feu M. le Prince, son père, de 1,200,000 francs, dont l'intérêt lui sera payé au denier vingt, et qu'on ne lui pourra rembourser à moins de 100,000 francs à la fois; c'est l'abbé Mainguy qui a été chargé du détail des affaires pour la succession. Madame la Princesse auroit fort souhaité qu'étant tous chez elle pour cet accommodement, il y eût eu plus de chaleur et d'amitié entre eux ; mais comme les esprits ont été fort aigris, il faut leur laisser le temps de revenir.

* On peut dire que sans l'intérêt précuniaire de la succession de M. le Prince, M. du Maine seroit demeuré paisible possesseur de tout ce qu'il avoit conquis. Son rang, sa qualité de prince du sang, son habilité de succéder à la couronne, de lui, de ses fils et de son frère, touchoient peu M. le duc d'Orléans, et point assez pour donner à madame sa femme le coup de poignard de les leur disputer. M. le Duc, car les autres princes du sang étoient encore bien jeunes, avoit été fort blessé de ces énormes et inouïes concessions, mais il s'y étoit accoutumé, et il ne s'en parloit plus. Mais M. le Prince, qui avoit laissé des biens immenses, avoit fait un testament qui avantageoit si extrêmement son fils unique par-dessus ses filles, que ces princesses ne le crurent pas devoir supporter ; c'est ce qui commença le procès. M le Duc ne survécut que d'un an M. le Prince son père; après sa mort le roi fit chercher des voies d'accommodement; il est étonnant comme elles ne se trouvèrent pas. Madame la Princesse, mère commune, avoit de son côté des biens aussi immenses, avec lesquels elle pouvoit faire la loi à ses enfants et mettre la paix entre eux, surtout avec l'appui de l'autorité du roi; mais ni elle ne le fit, ni on ne le lui fit faire, et le reste de la vie du roi s'écoula dans ces vaines recherches. Après sa mort le procès recommença ; M. le Duc espéra de réduire M. du Maine sur l'intérêt, en lui en contestant un plus sensible que le pécuniaire, et de conduire par lui madame la princesse de Conty, sa tante et sa belle-mère, au même point où M. du Maine se seroit arrêté. Il se trompa; madame du Maine éclata, et l'accessoire devint le principal, parce qu'il n'y avoit pas moyen de procéder sans qualités, et que du moment que celle de prince de sang étoit contestée à M. du Maine par M. le Duc, il la falloit soutenir partout ou y renoncer. De là, au reste, il n'y eut qu'un pas ; ainsi la qualité de prince du sang, l'habilité à la couronne, la parité d'honneurs et de rang, tout devint litigieux. Cela une fois expliqué, on ne s'engagera pas ici à suivre ces princes dans toutes leurs démarches; cela seroit trop vaste pour de simples additions ; on se contentera d'en éclaircir les événements qui le mériteront le plus. D'accommodement qui tint sur pas un article, il n'y en eut point, comme le disent les Mémoires et comme on le crut alors.

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