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06 Oct

06 octobre 1789: 5 H du matin

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Journal de Marie-Thésèse

 

 

A 5 heures du matin

Les grilles du château furent forcées, et les brigands, conduits, à ce que l'on prétend, par le duc d'Orléans lui-même, se précipitèrent droit vers l'appartement de la Reine

La Garde Suisse, qui était au pied de l'escalier et qui aurait pu, si elle avait voulu, leur disputer le passage, lâcha le pied; ainsi les brigands, sans aucun obstacle, pénétrèrent dans les salles des gardes du corps, blessant et tuant tous ceux, qui voulaient s'opposer à leur passage

 

Deux de ces gerdes, nommé Miomandre de Saint-Marie et Durepaire, quoique grièvement blessés, se traînèrent jusqu'à la porte de ma mère, et lui crièrent de s'enfuir et de fermer les verrous après elle

leur zèle fut bien mal récompensé, les brigands s'étant jetés sur eux les laissèrent comme morts et baignés dans leur sang

 

Entre-temps les femmes de ma mère, réveillées par le bruit et les cris des brigands et des gardes du corps, s'étaient jetés sur la porte pour fermer les verrous

 

Ma mère sauta en bas de son lit et à demi habillée, elle s'enfuit chez mon père; mais la porte de l'appartement était fermée en dedans, et ceux qui y étaient, entendant du bruit, n'eurent garde d'ouvrir, croyant que c'étaient des brigands qui voulaient entrer

 

Heureusement un homme de service nommé Turgy (le même qui ensuite nous a servis au Temple comme cuisinier) ayant entendu la voix de ma mère, lui ouvrit aussitôt

 

Dans le même moment, les brigands venaient de forcer la porte de la chambre de ma mère, de sorte qu'un instant plus tard, elle y aurait été prise, sans aucun moyen de se sauver

 

Entrée chez mon père, elle le chercha partout sans le trouver; il avait appris de son côté qu'elle était en danger, et il était couru chez elle, mais par un autre chemin

 

il y rencontra heureusement mon frère que Mme de Tourzel apportait, et celle-ci l'engagea à retourner chez lui, où ma mère l'attendait dans les plus mortelles inquiétudes

 

Rassurée sur mon père et mon frère, la Reine vnint ensuite me chercher

 

J'avais été éveillée par le bruit que les brigands faisaient en entrant chez elle et par d'autres dans le jardin, sous mes fenêtres; ma mère me dit de me lever et m'emmena avec elle chez mon père

 

MEs grand-tantes Adélaïde et Victoire arrivèrent peu après; les brigands avaient forcé la porte du château du côté de la chapelle, où elles demeuraient, et blessé le garde du corps qui était dans leur antichambre

 

On était très inquiet de Monsieur, de Madame et de ma tante Elisabeth, dont on n'entendait rien

 

mo père envoya des gentilshommes pour savoir ce qu'il en était

 

On les trouva tous dormant profondément; les brigands n'étant pas venus de leur côté, ni eux ni leurs gens ne savaient ce qui se passait

 

Dès qu'ils en furent informés, ils se rendirent tous chez mon père; ma tante Elisabeth était tellement troublée du danger que le Roi et la Reine avait couru qu'elle traversa les chambres inondées de sang et remplies de Garde nationale parisienne, sans même s'en apercevoir

 

VErs les 8 heures à peu près, toute la famille se trouva rassemblée chez mon père avec ceux de la suite qui pensaient bien

 

Les deux gardes du corps qui avaient été assassinés à la porte de ma mère n'étaient pas morts; après que la cour fut partie, ils eurent le bonheur de se sauver et de se faire guérir de leurs blessures

 

il y en eut néanmoins deux autres tués, M. de Varicourt et Deshuttes et quantité de blessés

 

Les anciens gardes français avaient déjà déserté en juollet et étaient passés dans la Garde nationale; ils étaient venus à Versailles le 5 octobre avec les autres, mais le 6 ayant appris le danger que courait mon père, leur amour pour leur souverain se ralluma un peu, et ils montèrent droit au château en même temps que les brigands, dans l'intetion d'empêcher qu'on ne tue le Roi

 

Ils sauvèrent aussi plusieurs gardes du corps, qu'ils enfermèrent dans une chambre pour les mettre à couvert des violences

 

La cour du château de Versailles présentait un spectacle horrible

 

Une foule de femmes presque nues, des hommes armés de piques, menaçant les fenêtres avec des cris affreux

 

pour les animer davantage, on imagina une ruse qui ne réussit que trop: on revêtit un de ces brigands de l'uniforme d'un des gardes resté mort: on le fit placer à l'une des fenêtres de l'appartement, avec ordre de tirer sur le peuple, et le coup ayant tué un homme, toute la foule se tourna vers la fenêtre d'où il était parti, et y ayant aperçu l'uniforme des gardes du corps, les brigands ne doutèrent pas que cela n'eût été fait par ordre de mon père

 

Cette illusion mit le comble à leur rage

 

M. de La Fayette et le duc d'Orléans étaient en haut, feigant d'être au désespoir des horreurs qui s'étaient commises dans cette matinée

 

Je ne sais qui donna à ma mère le conseil de se monter sur le balcon; elle y alla avec mon frère, mais le peuple axigea qu'elle renvoyât son fils; l'ayant ramené dans la chambre, elle retourna seule au balcon, ce grand courage imoposa à tout ce peuple, qui se borna à l'accabler d'injures, sans oser attenter à sa personne

M. de La Fayette, de son côté, ne cessait de haranger les brigands, mais comme ses paroles ne faisaient aucun effet et que le tumulte continuait toujours, il leur dit que mon père consentait à retourner avec eux à Paris puisqu'ils persistaient à le demander, qu'il pouvait les en assurer et que mon père en avait donné sa parole

 

Cette promesse les calma un peu, et pendant qu'on fut chercher les voitures de la cour pour partir, chacun de la famille retourna chez soi faire un peu de toilette, car jusqu'alors tout le monde était encore en bonnet de nuit

 

Tout étant arrangé pour le départ, il y eut un nouvel embarras pour sortir du château, parce que l'on voulait éviter que mon père traversât les grandes salles des gardes qui étaient inondées de sang

 

Nous descendîment donc par un petit escalier, on passa apr la cour des cerfs et nous montâmes dans une grande voiture à six places

 

il y avait dans le fond mon père, ma mère et mon frère; sur le deavnt, Madame, ma tante Elisabeth et moi; au milieu, mon oncle Monsieur et Mme de Tourzel

 

MEs grand-tantes Adélaïde et Victoire partirent de leur côté pour Bellevue, leur campagne

 

La foule était si nombreuses qu'on fut bien du temps sans pouvoir avancer

 

En avant de ce cortège, on portait les têtes des deux gardes du corps qui avaient été tués

 

Auprès de la voiture était M. de La Fayette à cheval, entouré des troupes du régiment de Flandres à pied et les grenadiers des Gardes françaises

 

on partit ainsi à 13 heures

 

Quoique l'on fasse d'ordinaire le chemin de Versailles à Paris en deux petites heures, nous n'arrivâmes cependant à la barrière qu'à 18 heures

 

Tout ler long du chemin, les brigands ne cessaient de tirer des coups de fusil, et c'était unitilement que M. de La Fayette voulait s'y opposer; on crier aussi beaucoup:

"Vive la Nation! A bas les calotins, c'est-à-dire: à bas les prêtres!"

 

Enfin, à notre arrivée à la barrière, on y trouva M. de Bailly, maire de Paris, qui conformément à l'ancien usage, présenta à mon père les clefs de la ville, sur un plateau d'or, il fit un grand discours où il témoigna le plaisir  qu'aurait la bonne ville de Paris de possèder son Roi qu'il invitait très instamment à vouloir bien se rendre à l'hôtel de ville

 

Mon père faisait difficulté de consentir, disant que cela durerait trop longtemps et fatiguerait trop ses enfants

 

Cependant M. de Bailly insistant toujourts et M. de La Fayette étant du même avis, parce qu'il pensait qu'il valait mieux y aller le même jour que d'attendre au lendemein, où l'on serait obligé de s'y rendre, mon père s'y décida enfin

 

Etant entrés dans Paris, les cris, les clameurs et les injures augmentèrent avec la foule de la populace; l'on mit au moins deux heures pr parvenir à l'hôtel de ville

 

Mon père avait fait ordonner aux personnes de sa suite qui étaient dans les autres voitures  d'aller droit aux Tuleries: il alla donc seul avec sa famille à l'hôtel de ville où la Municipalité et M. de Bailly le reçurent assez honnêtement encore; on lui fit un nouveau discours sur leur joie de ce qu'il voulait bien s'établir à Paris

 

Mon père y répondit en peu de mots, à quoi ils purent voir qu'il sentait bien sa position

 

On l'engagea ensuite à se reposer un instant, après huit heures qu'il n'avait pas quitter sa voiture

 

Le peuple qui remplissait la palce criait beaucoup et demandait à voir le Roi; il se mit donc à la fenêtre et comme il faisait déjà nuit obscure, on y plaça des flambeaux afin qu'on pût le reconnaître

 

On remonta ensuite en voiture et nous arrivâmes aux Tuileries à 22 heures

 

Ainsi se passa cette fatale journée, qui fut l'époque de l'emprisonnement de la famille royale et le commencement des avanies et des cruautés qu'elle eut à souffrir par la suite

 

Le reste de l'année et la suivante de 1790 se passa dans une lutte continuelle enbtre la puissance royale et celle que s'arrogeait l'Assemblée, cette dernière gagant toujours davantage le dessus sans qu'il se passât durant tout ce temps des évènements très remarquables relativement à la situation personnelle de ma famille

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