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07 Dec

07 décembre 1792: Jean-Baptiste Cléry raconte

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Journal de Cléry

Jeudi

Le sept décembre, un Municipal , à la tête d'une députation de la Commune, vint lire au Roi un arrêté qui ordonnoit d'ôter aux détenus, couteaux, rasoirs, ciseaux, canifs, et tous autres instrumens tranchaus dont on prive les prisonniers présumés criminels , et d'en faire la plus exacte recherche, tant sur leurs personnes que dans leurs appartenons.

 

 Pendant cette lecture, le Municipal avoit la voix altérée; il étoit aisé de s'apercevoir de la violence qu'il se faisoit à lui-même, et il a prouvé depuis, par sa conduite, qu'il n'avoit consenti à être envoyé au Temple, que pour chercher à être utile à la famille royale.

 

Le Roi tira de ses poches un couteau et un petit nécessaire en maroquin rouge: il en ôta des ciseaux et un canif.

 

Les Municipaux firent les recherches les plus exactes dans l'appartement, prirent les rasoirs, le compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de petits instrumens pour nettoyer les dents, et d'autres objets en or et en areent.

 

De semblables recherches eurent lieu dans ma chambre, et il me fut ordonné de me fouiller.

 

Les Municipaux montèrent ensuite chez la Reine, lurent aux trois Princesses le même arrêté, et enlevèrent jusqu'aux petits meubles utiles à leur travail.

 

Une heure après on me fît descendre à la chambre du Conseil, et l'on me demanda si je n'avois pas connoissance des objets qui étoient restés dans le nécessaire que le Roi avoit remis dans sa poche  

 

Je vous ordonne, me dit un Municipal nommé Sermaize , de reprendre ce soir le nécessaire.

 

— "Ce n'est point à moi, lui répondis-je, à mettre à exécution les arrétés de la Commune, ni à fouiller dans les poches du Roi."

 

— "Clèry a raison, dit un autre Municipal : c'étoit à vous, en s'adressant à Sermaize, à faire cette recherche."

 

On dressa procès-verbal de tous les objets enlevés à la famille royale, et on les distribua en paquets que l'on cacheta : on m'ordonna ensuite de mettre ma signature au bas d'un arrêté qui m'enjoignoit d'avertir le Conseil, si je trouvois sur le Roi, sur les Princesses, ou dans leur appartement, des instrumens tranchans : ces différentes pièces furent envoyées à la Commune.

 

On pourroit voir, en compulsant les registres du conseil du Temple , que j'ai été souvent forcé de signer des arrêtés et des demandes, dont j'étois bien éloigné d'approuver la forme et la rédaction.

 

Je n'ai jamais rien signé, rien dit, rien fait, que d'après les ordres précis du Roi ou de la Reine.

 

Un refus de ma part m'auroit éloignéde Leurs Majestés auxquelles j'avois consacré mon existence; ma signature au bas de certains arrêtés n'avoit d'autre objet que de faire connoître que ces pièces m'avoient été Ï6es.

 

Le même Sermaize, dont je viens de parler, me conduisit alors dans l'appartement de Sa Majesté.

 

Le Roi étoit assis près [de la cheminée, les pincettes à la main; Sermaize lui demanda de la part du Conseil à voir ce qui étoit resté dans le nécessaire; le Roi le tira de sa poche et l'ouvrit: il y avoit un tournevis, un tirebourre et un petit briquet.  

 

Sermaize se les fit remettre.

 

"Ces pincettes que je rions en main ne sont-elles pas aussi un instrument tranchant?" lui dit le Roi, en lui tournant le dos.

 

Ce Municipal étant descendu, j'eus occasion de rendre compte à Sa Majesté de tout ce qui s'étoit passé au Conseil relativement à cette seconde recherche.

 

Au moment du dîner, il s'éleva une contestation entre les Commissaires.

 

Les uns s'opposoient à ce que la famille royale se servît de fourchettes et de couteaux: d'autres consentoient à laisser les fourchettes;

enfin il fut décidé qu'on ne feroit aucun changement, mais qu'on enlèverait les couteaux et les fourchettes à la fin de chaque repas.

 

La privation des petits meubles enlevés aux Princesses, leur devint d'autant plus sensible qu'elles furent obligées de renoncer à différens ouvrages, qui jusqu'alors avoient servi à les distraire dans les longues journées d'une prison.

 

Un jour madame Elizabeth cousoit les habits du Roi, et n'ayant point de ciseaux, elle rompoit le fil avec ses dents.

 

"Quel contraste, lui dit le Roi, qui la fixoit avec attendrissement, il ne vous manquoit rien dans votre jolie maison de Montreuil."

 

— "Ah! mon frère, répondit-elle , puis-je avoir des y regrets , quand je partage vos mal heurs? 

 

Cependant chaque jour amenoit de nouveaux arrêtés dont chacun étoit une nouvelle tyrannie.

 

La brusquerie et la dureté des, Municipaux envers moi étoit plus remarquable que jamais.

 

On venoit de renouveler aux trois servans la défense de me parler, et tout me faisoit craindre quelques nouveaux malheurs.

 

La Reine et madame Elizabeth frappées du même pressentiment, me demàndoient sans cesse des nouvelles, et je ne pouvois leur en donner; je n'attendois ma femme que dans trois jours, mon impatience étoit extrême.

 

Enfin ma femme arriva.

 

On me fit descendre au Conseil; elle affecta de me parler à haute voix, pour éloigner les soupçons de nos nouveaux surveillans: et pendant qu'elle me donnoit des détails sur nos affaires domestiques : Mardi prochain (12 décembre 1792) me dit son amie, on conduit le Roi à la Convention, le procès va commencer, Sa Majesté pourra prendre un conseil : tout cela est certain.

 

Je ne savois comment annoncer directement au Roi cette affreuse nouvelle: j'aurois voulu en instruire d'abord la Reine ou madame Elizabeth, mais j'étois dans les plus vives alarmes : le temps pressoit et le Roi m'avoit défendu de lui rien cacher.

 

Le sffir en le déshabillant, je lui rendis compte de tout ce que j'avois appris; je lui fis même pressentir, qu'on avoit le projet, pendant le procès, de le séparer de sa famille , et j'ajoutai qu'il n'y avoit plus que quatre jours pour conci rt ;r avec laReine que'que manière de correspondre avec elle.

 

Je l'assurai que j'étois décidé à tout entreprendre pour lui en faciliter les moyens.

 

 

L'arrivée du Municipal ne me permit pas d'en dire davantage et empêcha Sa Majesté de me répondre.

 

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