15 octobre 1793: Les dernières heures de Marie-Antoinette
http://www.justice.gouv.fr/histoire-et-patrimoine-10050/proces-historiques-10411/le-proces-de-marie-antoinette-22697.html
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6211467t
Le procès
Le mercredi 15 octobre 1793, à huit heures du matin, dans l'ancienne Grande Chambre du Palais de Justice, où siégeait naguère le Parlement, celle qui fut jadis reine de FRance s'avance, pâle et majestueuse
Elle comparaît aujourd'hui devant le tribunal révolutionnaire
Elle est vêtue de noir, coiffée d'un bonnet de veuve en linon blanc rehaussé d'un crêpe de deuil, elle s'assied sur le fauteuil qu'on lui a préparé bien en vue, sur une petite estrade, devant la table de l'accusateur public assisté des autres juges
Derrière les juges, les jurés viennent de sinstaller
ils sont tous dévoués à Robespierre et à Fouquier-Tinville.
Une simple balustrade de bois sépare le prétoire du public avide de contempler "l'Autrichienne", dont il attend la condamnation
un public nombreux assiste à l'audience du tribunal révolutionnaire, chargé de juger Marie-Antoinette.
Ceux qui avaient déjà vu Marie-Antoinette ont peine à la reconnaître dans cette femme amaigrie, au visage ravagé par la souffrance
En face, sont assis Armand Herman, entouré de ses assesseurs, Étienne Foucault, Joseph Donzé de Verteuil, et Marie Joseph Emmanuel Lanne.
Dans un coin sombre est assis Fouquier-Tinville.
Les douze jurés font leur entrée.
D'après Castelot ( Le procès de Marie Antoinette, Perrin, éd. 1993, p. 186 sqq), la dernière audience a duré plus de vingt heures.
Voici d'ailleurs le témoignage d'un des jurés qui ont condamné Marie Antoinette : "Je t'aprans, mon frerre, que jé été un des jurés qui ont jugé la bête féroche qui a dévoré une grande partie de la République, celle que lon califiait cideven de Raine"
Après avoir sommé la reine de décliner ses nom, prénom, âge et profession, le greffier donne lecture de l'acte d'accusation
Fabricius, le greffier lit les huit feuillets de l'acte d'accusation.
Un chef-d'oeuvre de rhétorique révolutionnaire. Comparant Marie-Antoinette aux reines maudites de l'Antiquité et du Moyen-Âge, l'accusateur public lui attribue tous les malheurs de la France depuis son arrivée dans ce pays
De ce très long exposé on retient essentiellement trois chefs d'accusation, ceux "d'avoir épuisé le trésor national", "d'avoir entretenu des intelligences et des correspondances " avec l'ennemi et "d'avoir tramé des conspirations contre la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat"
Le procès intenté à Marie-Antoinette est bel et bien un procès de haute trahison
Reprenant enfin la déclaration de l'enfant-roi, il charge l'ancienne souveraine du crime d'inceste avec son fils
impassible, le regard perdu dans le lointain, la reine pianote sur le bras de son siège pendant l'énoncé de ses "forfaits"
pas un muscle de son visage ne trahit la moindre émotion
Commence alors l'interminable défilé des témoins.
Misérables comparses, leurs dépositions ne pourraient être sérieusement retenues par aucun tribunal digne de ce nom
Ainsi, un chirurgien nommé Rossillon prétend avoir trouvé aux Tuileries, sous le lit de la reine, après la journée du 10 août, des bouteilles de vin destinées à remonter le moral des troupes. Il accuse, sans l'ombre d'une preuve, d'avoir été l'inspiratrice du massacre du Champ-de-Mars ainsi que d'avoir fait passer de l'argent à son frère.
Une servante, nommée Reine Millot soutient avoir entendu dire par le duc de Coigny, en 1788, que la reine faisait passer deux cent millions à son frère l'empereur
un autre témoin racontera qu'elle portait des pistolets pour assassiner le duc d'Orléans ...
Durant quatre séances, étalées sur deux jours, ils seront quarante et un à être appelés à la barre.
La reine se défend vigoureusement
A aucun moment le président ne parvient à la prendre en flagrant délit de mensonge ou à la mettre en contradiction avec elle-même
L'exclamation indignée de la reine reste dans toutes les mémoires :
"...J'en appelle à toutes les mères !"
"J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici"
Les femmes du peuple, qui pourtant haïssent l'ancienne souveraine, qu'on leur à dépeinte, depuis des années, sous les traits les plus noirs, sont soudain prises de compassion pour la mère honteusement calomniée
En lançant cette accusation ignoble contre Marie-Antoinette, c'est comme si on avait voulu les atteindre toutes
La salle devient houleuse et
Hermann doit suspendre donc l'audience pendant dix minutes
"N'ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse?" murmure la reine à son avocat.
il la tranquillise: "Madame, soyez vous-même et vous serez toujours bien"
Cette observation dira Chauveau-Lagarde, prouvait qu'elle avait encore l'espoir de ne pas être condamnée à mort. Lorsqu'il apprendra cet incident de séance, Robespierre maudira Hébert, auquel il reprochera d'avoir donné à la reine l'occasion d'obtenir son "dernier triomphe public"
A 4 H de l'après-midi, on interrompt pour une heure ces débats qui n'ont pas connu la moindre trêve depuis le matin
La reine à juste le temps de boire un bouillon et d'échanger quelques mots avec ses avocats qu'elle intimide grandement, en dépit de la douceur résignée qu'elle manifeste à leur égard
A 5H, l'audience reprend
Les témoins qu'on entend sont tout aussi médiocres que les précédents
Leur audition terminée, le président demande à la reine si elle n'a rien à ajouter pour sa défense
"Hier, répond-elle, je ne connaissais pas les témoins. J'ignorais ce qu'ils allaient déposer. Eh bien, personne n'a articulé contre moi aucun fait positif. Je finis en observant que je n'étais que la femme de louis XVI, et qu'il fallait bien que je me conformasse à ses volontés"
Les débats sont achevés
Après une brève suspension d'audience, Fouquier-Tinville prononce un réquisitoire dans lequel il déclare regarder: "Antoinette comme l'ennemie déclarée de la nation française"
Ayant juste eu le temps de jeter quelques notes sur le papier, ceux-ci sont contraints d'improviser.
"sur la prétendue conspiration avec les ennemis de l'intérieur"
Reprenant les principaux griefs énumérés contre la reine, ils opposent à la gravité des accusations l'absence de preuves
"N'ai-je pas vu ces deux avocats du diable, non seulement se démener comme des diables dans un bénitier, pour prouver l’innocence de la guenon, mais oser pleurer la mort du traître Capet et dire aux juges que c'était assez d'avoir puni le gros cochon, qu'il fallait au moins faire grâce à sa saloperie de femme", écrira le lendemain le Père Duchesne
Émue par la fougue de Chaveau-Lagarde, Marie-Antoinette remercie chaleureusement son défenseur
(Arrêté en plein prétoire, il sera libéré après l'exécution de la reine, non sans avoir subi un interrogatoire)
Cependant, le dernier mot ne devait pas appartenir à la défense
Après avoir fait sortir l'accusée et avant que les jurés se retirent pour délibérer, le président Hermann prononçant un long discours qui constitue, en quelque sorte, un second réquisitoire
Assimilant le procès de la reine à celui du roi, il accuse Marie-Antoinette d'avoir été "la complice ou plutôt l'instigatrice de la plupart des crimes dont s'était rendu coupable ce dernier tyran de la France"
Hébert soumet quatre questions au jury:
Dès lors, la délibération des jurés est de pure forme.
1: Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences avec les puissances étrangères et autres ennemis extérieurs de la république, lesdites manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à y faciliter le progrès de leurs armes ?"
2: Marie-Antoinette d'Autriche est-elle convaincue d'avoir coopéré à ces manœuvres et d'avoir entretenu ces intelligences ?"
3: Est-il constant qu'il a existé un complot et une conspiration tendant à allumer la guerre civile dans l'intérieur de la république ?"
4: Marie-Antoinette d'Autriche (...) est-elle convaincue d'avoir participé à ce complot et à cette conspiration? "
Les jurés se retirent pour délibérer
La reine est épuisée, mais espère être condamnée à la déportation
Certes, elle se croyait innocente des crimes dont on l'accusait car elle avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver la monarchie telle qu'elle la concevait
Mais nous le savons aujourd'hui par quantité de pièces d'archives, elle s'était bien rendue coupable de haute trahison en livrant les plans d'attaque militaire de la France
toutefois, si l'accusation des républicains était fondée, elle n'était pas prouvée
Aucune preuve de cette trahison n'avait été produite
Juridiquement, le procès était unique
Mais les jurés ne s'embarrassèrent pas de telles considérations
ils feignirent de passer une heure à délibérer pour laisser croire que le verdict n'était pas décidé d'avance
Hors les murs du Palais de justice, en dépit d'un froid assez vif, une foule nombreuse et anxieuse piétine en attendant le verdict
lorsqu'on annonce la fin des délibérations, le plus profond silence règne aussitôt dans la salle qui regorge de monde
"Antoinette, voilà quelle est la déclaration du jury", lui annonce Hermann
Et Fouquier-Tinville de clamer haut et fort que l'accusée est condamnée à la peine de mort pour crime de haute trahison
Les jurés ont répondu OUI aux quatre questions, à savoir si la reine est coupable d'intelligence avec l'ennemi et de participation à un complot contre la République.
La Reine entend l'arrêt
Herman demande à Marie-Antoinette si elle "a quelques réclamations à faire sur l'application des lois invoquées par l'accusateur public.
La reine secoue la tête négativement.
Herman s'adresse aux avocats, ramenés entre deux gendarmes.
Chauveau-Lagarde reste muet.
Tronson-Ducoudray ajoute que son ministère à l'égard de la veuve Capet est terminé.
Le président condamne alors ladite Marie-Antoinette, dite Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet, à la peine de mort.
Le présent jugement sera exécuté sur la place de la Révolution, imprimé et affiché dans toute l'étendue de la République.
4 H
Vers quatre heures du matin, nous dit Rosalie Lamorlière, elle apprend le verdict.
4H 30
Vers quatre heures trente, Marie Antoinette se met à rédiger.
Elle porte toujours sa robe de veuve, celle dans laquelle elle a comparu. Combien de temps met-elle à écrire sa lettre à Elisabeth ?
On l'ignore.
Toujours est-il que quand, vers sept heures, Rosalie entre dans le cachot de la reine, elle la trouve allongée sur son lit, la tête appuyée sur sa main.
C'est là qu'elle accepte un peu de bouillon, et qu'elle demande à Rosalie Lamorlière de revenir vers huit heures pour l'aider à s'habiller.
Rosalie obtempère, mais le garde posté dans la cellule refuse de s'écarter, même "au nom de l'honnêteté"
Marie Antoinette doit donc se vêtir en sa présence, tout de blanc.
Acte d’accusation du procès de Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire. | Dernière lettre de Marie-Antoinette. | Dernière lettre de Marie-Antoinette. |
© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie
Titre : Acte d’accusation du procès de Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire.
Date de création : 1793
Date représentée : 13 octobre 1793
Dimensions : Hauteur 33.8 cm - Largeur 22 cm
Technique et autres indications : manuscrit; cahier monté sur onglet
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris)
site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03
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Référence de l'image : W/290/179/pce 50
Contexte historique
Le procès de la reine
Le peuple de Paris voit en Marie-Antoinette celle qui inspire au Roi ses tentatives de résistance au développement des mesures révolutionnaires.
On la surnomme « Madame Veto » tout autant que « l'Autrichienne » et « Madame Déficit »
Après la suspension du roi, elle est emprisonnée au Temple avec le roi, le dauphin et sa sœur Marie-Thérèse-Charlotte (Madame Royale), et Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, le 13 août 1792.
Après l’exécution de Louis XVI, les membres de la famille royale restent réunis au Temple pendant plusieurs mois.
Puis, le 1er juillet 1793, le dauphin est séparé de sa famille. La Convention passée entièrement aux mains des Montagnards vote, le 1er août 1793, le renvoi de la reine devant le Tribunal révolutionnaire, juridiction d'exception créée le 10 mars.
Le lendemain, elle est transférée à la Conciergerie, lieu de détention des accusés devant comparaître devant le Tribunal révolutionnaire.
Marie-Antoinette a pour avocats Chauveau-Lagarde et Tronson-Ducoudray, commis d'office la veille de l'ouverture du procès, qui a lieu les 14 et 15 octobre 1793.
Les débats durent vingt heures consécutives. Le Tribunal révolutionnaire la reconnaît coupable "d'avoir coopéré directement aux manœuvres et intelligences avec les puissances étrangères et les ennemis extérieurs de la République ainsi qu'aux complots et conspirations tendant à allumer la guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres", comme l’indique le compte rendu de la séance du Tribunal, et la condamne à la mort.
Le verdict, prononcé par le jury du Tribunal révolutionnaire, le 16, à quatre heures du matin, est exécuté, sans délai, à midi et quart, Place de la Révolution, sur les lieux mêmes où Louis XVI avait été guillotiné le 21 janvier (aujourd’hui Place de la Concorde).
Un témoin oculaire, un nommé Lapierre, écrit à la société populaire de Carentan que la reine, qu’il appelle la garce « a été à l’échafaud avec une fermeté incroyable, sans broncher ».
Analyse des images
Une lettre discrète et anonyme
Transcription de la lettre[1]
Cette lettre n’est connue qu’en 1816, lorsque Louis XVIII fait saisir les documents conservés par le conventionnel Courtois qui avait été chargé de l’inventaire des papiers de Robespierre, après le 10 thermidor.
Son authenticité a parfois été mise en cause mais elle faisait partie, semble-t-il, de documents gardés par lui, depuis cette date.
Marie-Antoinette la rédige dans son cachot de la Conciergerie, d’une écriture rapide et serrée, sur un papier de petites dimensions (23 x 19 cm) plié en deux, le 16 octobre 1793, à 4h30 du matin, après l’annonce de sa condamnation.
L’ex-reine ne la signe pas et ne mentionne aucun nom, dans l’espoir, peut-être, de la faire parvenir discrètement.
Elle l’adresse à la sœur de Louis XVI, qui partage la captivité des enfants royaux au Temple.
Madame Elisabeth, qui sera elle-même guillotinée, le 10 mai 1794, n’en a jamais pris connaissance.
La missive qui est revêtue des signatures (en page 2) et des paraphes (en haut de la page 1) de l’accusateur public, A.Q.(Antoine Quentin) Fouquier-Tinville et des députés à la Convention Lecointre, Legot, Guffroy, Massieu, était restée aux mains des Jacobins.
La lettre fait allusion à une circonstance pénible du procès : Marie-Antoinette eut à répondre à des insinuations sur la nature incestueuse de ses relations avec son petit garçon.
Alors âgé de huit ans, l’enfant s’était appliqué à répéter sans les comprendre des calomnies qu’on faisait courir sur sa mère et sur sa tante.
Malgré son exécution très proche et son isolement, Marie-Antoinette récuse d’avance toute assistance d’un prêtre assermenté car ces prêtres qui ont prêté le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé, condamnée par Rome, sont considérés comme ne faisant plus partie de l’Eglise catholique.
Interprétation
Que recommander d’essentiel à ses enfants avant de mourir ?
Marie-Antoinette qui vient de vivre seule une captivité de deux mois et demi sans pouvoir communiquer avec ses enfants, tente de leur faire passer par cette lettre à sa belle sœur ses dernières recommandations.
La reine que Jérôme Pétion décrivait, encore en juin 1791, comme autoritaire et superficielle s’exprime à ce dernier instant sans détours.
Sa préoccupation essentielle concerne l’état d’esprit dans lequel ses enfants assumeront la mort de leur parents, dans leur vie à venir dont elle ne veut pas douter.
A ses yeux, le plus important est qu’ils vivent dans un esprit de pardon, loin de toute idée de vengeance, mais en recherchant au contraire une véritable union entre eux, et qu’ils s’appuient, comme elle-même, sur la confiance en Dieu.
Sans un mot de plainte ni de regret pour sa situation passée, Marie-Antoinette, qui se prépare avec lucidité à son exécution dans les heures qui suivent, ne songe plus qu’à laisser dans un langage simple, un héritage spirituel à ses enfants.
Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS
Notes
Ce 16 8bre, 4heures ½ du matin
C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère.
Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments.
Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse !
J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra, recevez pour eux deux ici ma bénédiction.
J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins.
Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de leurs devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur ; que ma fille sente à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que son [mot rayé dans l'original] l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services, que l'amitié peut inspirer ; qu'ils entent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union, qu'ils prennent exemple de nous : combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ?
Que mon fils n'oublie jamais les dernier mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche pas à venger notre mort.
J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur.
Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il et facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas ; un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux.
Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées.
J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurais réellement pas eu le temps.
Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois.
Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe.
J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté.
Je demande pardon à tout (sic) ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer.
Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait.
Je dis adieu à mes tantes et (un mot rayé] et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant, qu'ils sachent au moins que, jusqu'au dernier moment, j'ai pensé à eux.
Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver !
Pensez toujours à moi, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants : mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels.
Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger.
Bibliographie
- Olivier BLANC, La dernière lettre. Prisons et condamnés de la Révolution 1793-1794, Paris, Robert Laffont, 1984.
- A. DUCROT, Histoire de faux ? Une lettre de Marie-Antoinette à la princesse de Lamballe, dans Histoires d’archives. Recueil d’articles offert à Lucie Favier par ses collègues et amis, Paris, Société des amis des Archives de France, 1987. P.277-289.
- A. KUSCINSKY, Dictionnaire des conventionnels, Paris, 1916, réimpr.1987.
- L’Affaire des papiers de l’ex-conventionnel Courtois, par son fils, Paris.
- H. SANSON, Sept générations d’Exécuteurs, 1688-1847, Mémoires des Sanson, mis en ordre, rédigés et publiés par H. Sanson, Paris, Décembre-Alonnier, s.d.




