22 septembre 1813: Rose Bertin
Rose Bertin
ou encore « Mademoiselle Martin »
de vrai nom Marie-Jeanne Bertin
née à Bellancourt à côté d'Abbeville, (une rue abbevilloise porte aujourd'hui son nom), le 2 juillet 1747
morte à Épinay-sur-Seine le 22 septembre 1813
Fille de Nicolas Bertin, cavalier de la maréchaussée d'origine picarde, et de Marie-Marguerite Méquignon, garde-malade, la future Rose Bertin part à Paris dès seize ans pour travailler comme modiste au Trait Galant, sous les ordres de Mlle Forgel, maison qui fournissait Marguerite de Rancurel de la Saune, maitresse du comte de Charolais et mère de ses deux filles.
Comme cette dernière passa commande au Trait Galant des robes de mariage de ses deux filles, Rose Bertin, chargée de la livraison, rencontra à cette occasion la princesse de Conti, qui devint sa première protectrice1.
En 1770, elle ouvre son propre magasin de modes à l'enseigne « Le Grand Mogol », dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris.
Sa créativité et son sens des affaires font que l'affaire se développe rapidement et emploie bientôt trente salariées et cent-vingt fournisseurs.
Sa clientèle est essentiellement aristocratique.

Louise Marie Adélaïde de Bourbon, duchesse de Chartres la présente à celle qui est depuis un jour reine, le 11 mai 1774, à Marly, alors que Louis XV vient d'expirer2.
Elle jouit de la faveur de la reine de France Marie-Antoinette qui trouve en elle sa « ministre des modes » ; elle est d'ailleurs jalousée de sa proximité avec la souveraine.
Fait inédit, cette jeune femme qui vient du bas-peuple peut être considérée comme une entrepreneuse avant l'heure, ne devant sa réussite qu'à son talent ; en outre, les métiers de conception de mode sont surtout à l'époque une affaires d'hommes : Rose Bertin inaugure avant l'heure ainsi l'ère des couturières, qui prendra son essor le siècle suivant3.
Elle achève la révolution opérée dans les modes par Madame de Pompadour et Madame du Barry.
Elle se vit bientôt réclamée dans toutes les cours d’Europe4 Les modes explosent de diversité et d’invention (coiffure à la belle poule, pouf aux sentiments, chapeau feu l’Opéra, à la Montgolfier ou à la Philadelphie…)5
Elle deviendra une proche de la reine Marie-Antoinette, elle lui conseilla notamment quand celle-ci ne parvenait pas à avoir d'enfant, d'effectuer le pèlerinage de Notre-Dame de Monflières, petit hameau de son village natal de Bellancourt.
Pendant la Révolution française, le destin de Rose Bertin et de Marie-Antoinette suivent des routes parallèles, se rejoignent à Versailles et se séparent sur la place de la Révolution, en octobre 1793.
Elle est accusée d'entretenir les passions dispendieuses de l'ancienne souveraine.
Pendant la Terreur, Bertin détruit tous ses livres de caisse et ses factures.
Elle continue à travailler et n'émigre qu'au dernier moment en Angleterre.
La maison de Rose Bertin.
Elle revient en 1794 et récupère ses biens, dont sa maison d'Épinay-sur-Seine (qu'elle surnomme le « pavillon Béatus » ; il est classé aux monuments historiques en 1933) où elle décide de rester un an plus tard, mais le Premier Empire ne lui permet pas de retrouver son succès d'antan.
Située au bord du fleuve à Épinay-sur-Seine, la maison peut être aperçue depuis l'île Saint-Denis, à la droite de la mairie d'Épinay6.
Vie privée
Rose Bertin aurait eu une liaison tumultueuse avec le chevalier d’Éon, mais son cœur battait, disait-on, pour un prince russe.
Elle était officiellement célibataire.
Œuvres
- Mémoires de Mlle Bertin sur la reine Marie-Antoinette, avec des notes et des éclaircissements7 Bossange Frères, Paris, 1824.
Filmographie
Dans Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot (2012), Rose Bertin est interprétée par Anne Benoît.
Citations
« Il n'y a de nouveau que ce qui est oublié»8
Legs
Le Dictionnaire Bouillet indique qu’elle substitua, au « grand dommage des industries françaises, un luxe fantasque et léger à la magnificence des vieilles étoffes »
Elle a fait l'objet de biographies de référence, au début du XXe siècle écrites par Émile Anglade, Pierre de Nouvion et Jacques Doucet.
Bibliographie
- François-César Louandre, Biographie d'Abbeville et de ses environs, article Rose Bertin, Abbeville, Devérité, 1829.
- Madame Campan, Mémoires sur la vie de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre : suivis de souvenirs et anecdotes historiques sur les règnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, Chapitre IV, Abbeville, Devérité, 1829.
- Jacques Delille, L'Imagination, chants premier et troisième (Tome 1), 1806.
- Catherine Guennec, La Modiste de la reine, Paris, Jean-Claude Lattès, 2004.
- Michelle Sapori :
- Rose Bertin : Ministre des modes de Marie-Antoinette, Paris, Institut français de la mode et Éditions du Regard (distribution Seuil), octobre 2003, 318 pages (ISBN 2-914863-04-7)
- Rose Bertin, la couturière de Marie Antoinette, Paris, Perrin, 2010 (ISBN 9782262032487)9.
- Mémoires de Mlle Bertin, où elle raconte cette rencontre en détail.
- Madame la duchesse de Chartres... introduisit dans l'intérieur de la reine mademoiselle Bertin, marchande de modes, devenue fameuse à cette époque par le changement total qu'elle introduisit dans la parure des dames françaises (in Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, chapitre IV).
- http://ahrf.revues.org/2015 [archive]
- Elle faisait alors envoyer tous les mois à Saint-Pétersbourg un mannequin revêtu de ses dernières créations afin que la cour russe soit constamment au fait de la dernière mode versaillaise.
- Ce fait est d'ailleurs rapporté par Delille dans les vers qu'il consacre à Rose Bertin dans son poème l'Imagination (chant III):
... Ainsi, de la parure aimable souveraine,
Par la Mode, du moins, la France est encor reine;
Et, jusqu'au fond du Nord portant nos goûts divers,,
Le mannequin despote asservit l'univers.
(Le mot Nord rappelle ici le titre de comte du Nord, porté par le futur empereur Paul Ier, lors de son voyage en France, en 1782, et fait donc référence à Saint-Pétersbourg). - Cet engouement pour les créations les plus excentriques de Mlle Bertin est rapporté et critiqué par Madame Campan dans ses mémoires, qui en fait une des raisons de la détestation du peuple à l'égard de Marie-Antoinette : « On peut dire que l'admission d'une marchande de modes fut suivie de résultats fâcheux pour Sa Majesté. » (in Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, chapitre IV).
- Section d'un site dédié à la maison de Rose Bertin, à Épinay-sur-Seine. [archive]
- Le réel rédacteur serait l'avocat parisien Jacques Peuchet (1758-1830).
- Paroles rapportées par Jacques Peuchet, rédacteur des mémoires de Rose Bertin.
- Dans une conférence [archive] à l'Institut français de la mode, Michelle Sapori déplore le choix du terme de couturière et non de modiste par son éditeur.
