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31 Jul

Les premiers jours d'Août 1792:

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Calendrier

 

SCÈNE VI.

Premifrs jours d'août.

Le château des Tuileries.— Chambre à coucher du Roi. — Le Roi et le serrurier Gamin sont dans l'embrasure de la porte qui conduit à l'appartement du dauphin. — Des clous, des vis , des feuilles de tôle et des outils sont à terre.

LE ROI , GAMIN, PUIS LA REINE, ENSUITE
MADAME CAMPAN.

LE ROI.

Revois un peu ta feuille, je crois qu'elle est trop grande.

Ga.min, tenant un morceau de lambris.

J'avais cependant bien pris mes mesures Attendez, c'est que nous l'avions mal posée. ( // la retourne et la place differemment. ) Tenez , voyez-vous, sire?

LE ROI.

C'est cela. Surtout ne fais pas de bruit; il me tarde que cette cache soit terminée.

GAMIN.

Du diable si on la pourra trouver, allez. Cette doublure en tôle fera bien, tout de même.

Le Roi. Oui.

GAMIN.

Et puis dans l'embrasure d'une porte comme ça, qui diable irait trouver le nid? Valait cependant encore mieux votre atelier de Versailles que celui-ci.

LE ROI.

Ne m'en parle pas : je crois bien que c'est fini, et nous ne le reverrons plus. A propos , y a-t-il longtemps que tu n'as vu Duret ! Je crois qu'il a quelques outils de notre atelier ! il n'a plus besoin de les affiler , il pourrait te les remettre.

GAMIN.

Je le lui dirai. Il y a quelque temps que je ne l'ai aperçu.

Le Roi.

Ce n'est pas tout : tu sais bien ces tableaux de chasse qui étaient près de l'escalier?

GAMIN.

Oui, oui, ces grands cartons, où Duret avait inscrit jour par jour toutes les belles chasses de votre règne.

LE ROI.

Précisément. Eh bien! j'y tiens beaucoup, car j'aimais passionnément la chasse, et j'étais assez adroit: je voudrais donc qu'il les mît en sûreté. Tu lui diras de les prendre et de les recoller, s'il en est besoin.

GAMIN.

Mais, sire , et ce grand télescope que vous aviez sur votre belvéder, là où vous alliez passer de si bonnes heures à voir les gens qui allaient et venaient dans le parc et les jardins du château.

Le Roi. Eh bien?

Gamin.

Plutôt que de le laisser perdre, si vous vouliez que je m'en charge aussi?

LE ROI.

Tu pourras le prendre : je te le donne même; mais, à condition que tu te chargeras de me représenter, euban état, tous lès outils de mon atelier. Arrange - toi comme tu voudras.

Gamin.

Bien des remerciements, sire, et vous pouvez être sûr que rien n'y manquera, pas plus qu'à cette petite cachette : tenez , ça va joliment.

Le' Roi.

Ne trouves-tu pas qu'elle porte un peu plus d'ici.... que de là...?

GAMIN.

Un rien peut-être».... En effet. {Il rajuste sa pièce. ) •Tenez, c'est ça.... Regardez; et je dis que c'est solide. ( // ramasse ses outils. ) Vous n'avez pas autre chose, sire?

LE ROIi

Non, tu peux aller. N'oublie pas de voir Durci, entends-tu.

GAMIN.

Sire, j'exécuterai vos ordres. A une autrefois.

Il s'incline et se retire.

Le Roi , seul, déblayant le lieu où il vient de travailler. Je ne sais, ma foi, si tous ces papiers-là iront dedans -, mais la reine m'importune tous les jours

pour les brûler : je puis lui donner cette satisfaction et la tranquilliser Oui, je ferai d'abord un portefeuille de toutes mes pièces officielles ; je séparerai les

autres, comme devant les brûler , j'en brûlerai

même quelques uaes, et puis le reste, je le mettrai en sûreté dans cette armoire ( 11 sonne.Un huissier se présente. ) Faites savoir à la reine que je l'attends.

Le Roi, à son bureau, arrange et sépare des papiers. — Entre la Reine. —Madame Campan est dans la pièce Je service qui précède le cabinet du Roi.

LA REINE.

Sire , chaque instant me rend plus inquiète ; je vous en supplie, prenez enfin une détermination, et faites disparaître ces papiers, qui vous perdront. Le Roi.

Je m'en occupais , madame, et je sépare ici même ce qu'il faut conserver de ce qu'il convient de brûler. Gamin vient de venir, nous avons vidé la cachette que vous redoutez tant Personne cependant

LA REINE.

Sire, pour Dieu! soyez moins confiant dans les gens qui vous entourent : votre bonté nous perdra. Le Roi.

Comment ! un homme que j'emploie depuis dix ans, et à qui je ne cesse de faire du bien! Non, il y a encore plus de droiture que vous ne supposez dans cette classe médiocre, qui n'est pas et ne peut pas être tourmentée de l'ambition des partis.

LA REINE.

Mais, si je vous disais, sire , que Gamin, l'honnête Gamin, cet homme , en apparence si simple et si bon , est lui-même un révolutionnaire exagéré, et qu'il est affilié au club des Jacobins.

Le Roi.

Cela ne peut être ;j'ai toujours reconnu de la

candeur dans cette âme simple Au reste, peu importe , et le motif de vos inquiétudes n'existe plus. Vous voyez là tous les papiers que j'avais mis en réserve , j'en fais revue. Si vous voulez m'aider, nous aurons plus vite fait.

LA REINE.

Bien volontiers.

LE ROI.

Si cela pouvait nous donner la paix Mon pauvre

fils, que deviendra-t-il ! Encore s'ils épargnaient ce cher enfant!...

LA REINE.

Il n'y aque le prince Frédéric qui puisse nous sauver....

Le Roi.

Eh! madame, je crains bien au contraire qu'il ne nous perde. Tenez, lisez ce que m'écrivent Messieurs de Trance eux-mêmes sur cet objet : vous en jugerez par vous.

La Reine , Usant.

<(. Nous gardons le silence; mais nous parlerons dès « que nous serons sûrs de l'appui général, et ce mo

« ment approche Si l'on veut que vous nousfas

« siez dire quelque chose , ne vous gênez pas. »

Le Roi.
Eh bien! qu'en pensez-vous?

LA REINE.

Et vous, sire?

LE ROI.

Moi? que le manifeste de Brunswick nous a porté le coup le plus funeste; qu'il sert de prétexte aux factieux , et que le langage mesuré de Monsieur aura de la peine à en atténuer le mauvais efl'et.

LA REINE.

Et à qui nous abandonner, cependant?

Le Roi.

Gagner à tout prix quelques hommes qui puissent nous seconder dans la lutte des partis.

LA REINE.

Pardon, sire, mais j'ai toujours pensé que les armées alliées pouvaient seules nous sauver.

LE ROI.

Madame, vous oubliez donc que dejà toutes nos relations sont interrompues; que je manque d'affidés, et que d'Ogny lui-même, qui reçoit mes lettres de l'étranger, me sera peut-être enlevé d'un jour à l'autre.

LA REINE.

Longwy et Verdun ne peuvent tarder cependant à être cernés : de là à Paris, il y a trois journées.

Le Roi.
Et si nous ne sommes plus alors?

LA REINE.

J'aurai péri à vos côtés.

T,E ROI.

Non , madame, croyez moi, il faut recourir à d'au très moyens. Mais nos ressources s'épuisent, et je suis obligé de renoncer aux dépenses les plus nécessaires . faute d'argent. Aujourd'hui même j'ai écrit, par exemple , au prince de Poix que je ne pouvais plus tenir mes promesses, et que je me voyais dans la nécessité d'abandonner les gentilshommes qui ont quitté leur famille pour aller à Coblentz. Cela me navre le cœur.

LA REINE.

Quoi! ces braves gardes-du-corps qui nous témoignèrent un si vif attachement dans les journées des 5 et 6 octobre au palais de Versailles! Le Roi.

Eh! madame, que voulez-vous : je renonce à bien d'autres choses; et je n'ai même plus les moyens de faire parvenir dans les campagnes ces feuilles rédigées dans le langage du peuple, et dont Molleville nous avait donné l'heureuse idée.

LA REINE.

C'est bien dommage , et ce que nous avions publié jusqu'à ce moment avait cependant eu son effet, témoin cette espèce d'allocution des Emûjrants au peuple.

Le Roi.

Que voulez-vous ! Aussi me suis-je rendu à votre avis pour ces papiers; car, j'en suis sûr, ils ne tarderont pas à se porter aux dernières extrémités. 11 s'appuie sur l'une de ses mains, et donne l'autre à la Reine, qui

la baise. LA REINE.

Ah ! de grâce, chassez ces tristes prévisions, et....

Le Roi.

Si ce n'était mon fils et ma famille, je pourrais peut-être abdiquer...

LA REINE.

. \

Abdiquer ! tout serait perdu....
Le Roi.

Vous avez peut-être raison ; mais , d'un autre côté, ce qui se passe en France est une imitation bien exacte de la révolution d'Angleterre sous Charles Ier. J'ai beau consulter les annales du temps , je ne trouve point ce qu'il y aurait à faire.

LA REINE.

Au moins, sire, prenez quelques précautions et vous garantissez des traîtres : un corset, une cuirasse, un gilet de plusieurs épaisseurs de taffetas vous défendrait du fer des assassins.

LE ROI.

Ils ne m'assassineront pas : leur plan est changé , ils me feront mourir autrement.

LA REINE.

Quoi qu'il en soit, pour ma tranquillité, sire.... j<; vous en supplie.

LE ROI.

Ce que vous voudrez, madame, mais c'est inutile. — Revenons à nos papiers : tenez, prenez ces procèsverbaux , et mettez-les à part, pour un portefeuille que je veux composer de pièces authentiques.

LA REINE.

Je comprends, sire....

Le Roi.

Oui; et s'ils en viennent à un procès , eh bien! ils verront que si j'ai été opposé à la guerre, ce n'a été que de l'avis de mon conseil d'état. Le procès-verbal en fera foi; il est signé de tous les ministres. Mettez-y aussi ces pièces, qui sont relatives aux dépenses de ma liste civile.

LA REINE.

Et vous ne craignez pas?

Le Roi.

Que puis-je craindre... Il est vrai, cependant, qu'on y a porté les dépenses relatives aux secours, je pourrais dire aux secours alimentaires, que j'envoie à mes anciens serviteurs.... Au reste, joignons-les à ma correspondance privée. Aussi-bien, tout est crime à leurs yeux, et ils m'en feraient un d'avoir pourvu à la dépense de la maison de mes neveux Antoine et CharlesFerdinand à Turin.

La Reine.

Et les fonds que vous avez fait parvenir à M. de Rochefort, pour l'émigration, ne se trouvent-ils pas indiqués là?....

LE ROI.

Oui, et aussi quelque argent envoyé, en février dernier , à mesdames de Polignac et Lavauguyon....

LA REIMK.

Brûlez-les donc, brûlez tous ces comptes.
Le Roi.

Mettez-les là. — Mais, pardon , voici une pièce relative au conseil de la aarde nationale parisienne : j'ai encore besoin de ce document ; il faut le mettre à part.

LA REINE.

J'y suis : l'enrôlement des honnêtes gens et la formation de la légion sacrée, par des inscriptions chez les notaires?....

Le Roi.

Précisément Mais le succès n'a pas trop répondu... — Venons à une autre affaire : il faut que nous ayons Pétion,et que nous le détachions de ses complices. Madame Elisabeth dit avoir trouvé un homme sûr qui se charge de le gagner. Ce n'est peut-être qu'un fripon qui s'entremet encore; mais , à une duperie près , il faut essayer: c'est d'ailleurs le seul moyen que nous ayons de nous débarrasser de cet homme, que ni l'arrêt du département, ni ma sanction royale n'ont pu chasser du poste qu'il occupe. C'est un ennemi trop redoutable.

LA REINE.

Et que ferait-il pour nous?

Le Roi.

Il se mettrait à notre dévotion, et déjouerait les conspirateurs dans leurs plans.

LA REINE.

Je n'y puis croire....

Le Roi.

Madame Elisabeth assure cependant qu'il y consent, et qu'il offre, à notre première entrevue, de tenir le doigt posé sous l'œil pendant ^quelques secondes, «n signe d'intelligence.

LA REINE.

Et quelle somme demande le publicain?
Le Roi.

Enorme, et telle que je me vois forcé de céder aux offres que vous m'avez faites, et d'accepter les 10o,000 fr. de votre épargne que vous avez bien voulu mettre à ma disposition. Comme cela cependant ne suffirait pas encore, vous ferez dire à La Ferté, par madame Campan, que je prendrai aussi les 24,ooo fr. qu'il m'a fait offrir; et vous chargerez votre dame d'honneur de changer le tout en assignats, pour en augmenter la valeur. Dès que j'aurai votre somme, je reverrai madame Elisabeth. Mais ce ne sont là , je le crains bien, que des moyens illusoires...— Et la Normandie?...

LA REINE.

De grâce, n'eu parlons plus : un moment j'ai pu y accéder; mais Molleville n'a pas pensé qu'il nous mettait entre les mains des constitutionnels. D'ailleurs, le duc de Brunswik lui-même nous fait dire qu'il faut rester à Paris : dès que c'est son avis, il faut le suivre,

Le Roi.

Mais, madame, quels peuvent donc être vos pressentiments contre un homme aussi probe que M. de Liancourt, et qui me réitère encore ses offres pour Gaillon , en me faisant dire qu'il met son immense fortune à notre disposition, ne se réservant que cent louis de rente.

LA REINE.

Je ne conteste pas la délicatesse de monsieur de Liancourt, sire, pas plus que celle de monsieur le marquis de Lafayette; mais il vaut mieux périr, que de devoir son salut aux hommes qui nous ont fait le plus de mal.

LE ROI.

J'avais cependant le sentiment que le duc de La Rochefoucauld eût pu sauver la monarchie. LA Reine.

Je ne puis le croire; car si les Marseillais et les gens des faubourgs venaient nous chercher à Gaillou , nous ne pourrions repousser leur attaque: il ne resterait qu'à s'évader dans un bateau pécheur, et peut-être à finir comme le Roi Jacques: autant vaut périr ici. Mais, sire, je vois que votre portefeuille est rempli: j?ai là madame Campan ; voulez-vous que je l'invite à le prendre?

LK ROI.

Oui, faites-la entrer. Entre madame Campan.

LE ROI.

Vous voilà, madame : acceptez-vous la charge que je vous confie, et voulez-vous recevoir ce portefeuille.

Mme CAMPAN.

Oui, sire, et j'espère vous le remettre tel que je le reçois.

Elle essaie de le soulever
LE ROI.

C'est bien lourd, n'est-ce pas?

Mme CAMPAN.

Sire, je ne ne puis même pas...

Le Roi, se levant.
Attendez, attendez, je vais vous le porter.

Ils sortent et se rendent dans le cabinet intérieur de madame
Campan.

LE ROI, déposant son portefeuille. La Reine vous dira ce que cela contient.

LA HEINE.

Vos ordres seront exécutés sire; mais, au nom de ce que vous avez de plus cher, brûlez les autres papiers , qu'ils ne puissent jamais passer dans la main de vos ennemis.... Je vous rappelle surtout les pièces relatives à votre liste civile...

LE ROI.

Soyez tranquille.

Il te retire. Mme CAMPAN.

Et que ferai-je de ces papiers?

LA REINE.

Vous les garderez, ou vous les remettrez à qui vous voudrez: vous en êtes seule responsable. Ne vous éloignez pas du palais , même dans vos mois de repos; il peut être utile d'avoir ce portefeuille sous la main. Du reste, ce sont des pièces qui seraient des plus funestes pour le Roi si on allait jusqu'à lui faire son procès. Je n'ajouterai rien: vous comprenez de quel prix elles sont pour nous. Je vous laisse.

 

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