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13 Jan

Manque de pain

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #Calendrier

Plusieurs facteurs ont permis le déclenchement de la Révolution française.

On distingue généralement des causes structurelles profondes, auxquelles se sont combinées d'autres causes dues à la conjoncture de la période.

La révolution n'est pas due à un seul événement mais à un ensemble d'événements qui, associés, ont créé un choc suffisamment important pour occasionner des transformations irréversibles dans la conception de l'organisation du pouvoir politique, de la société et des libertés individuelles.

La France en crise: des causes multiples


Crise institutionnelle

Le blocage est aussi un blocage institutionnel.

Le roi gouverne seul, ses divers conseillers n'ont pas de pouvoir décisionnel et sont de simples techniciens.

Le pouvoir est tiraillé entre deux logiques : la centralisation monarchique, et l'octroi de libertés provinciales matérialisées par les Parlements.

La monarchie absolue est contestée : la bourgeoisie et la noblesse veulent une monarchie parlementaire où elles puissent partager le pouvoir du roi.

Les parlements, en vertu de leurs droits de remontrance, peuvent refuser d’enregistrer les édits royaux ; car Louis XVI, à son avènement avait annulé la réforme de Maupeou, leur restituant tous leurs pouvoirs traditionnels.

En France, les provinces ne coïncident pas avec les généralités ; les lois, les impôts et les unités de mesure sont différentes selon les régions ; et il existe des douanes intérieures.

Cette dissonance générale complique l’administration et multiplie le désordre.

Crise morale

De nombreux scandales éclaboussent la cour et la reine (par exemple l'affaire du collier de la reine), discréditant un peu plus le régime. Marie-Antoinette incarne aux yeux du peuple la noblesse de cour parasite, égoïste et rapace.

La simplicité bourgeoise du roi, qui fait contraste, la rend plus haïssable.

Mais elle ne vaut pas à celui-ci une véritable sympathie car on méprise le mari trompé et incapable de faire obéir sa femme.

Louis XVI, par son manque de prestance et son désir de mener une vie simple, a enlevé à la personnalité du roi cette majesté qui commande au respect et qui persuade vraiment le peuple que le souverain est le représentant de Dieu sur la terre.

Il ne devient plus, aux yeux de la multitude, qu’un homme ordinaire. La monarchie perd alors son caractère sacré et se prive du « droit divin » qui lui donnait sa légitimité.

Crise religieuse

Le pouvoir des autorités catholiques est contesté :

Crise sociale

Le système social français est hérité du système féodal.

La société est hiérarchisée en trois ordres inégalitaires.

On peut parler de société inégalitaire car les deux premiers ordres, le clergé et la noblesse possèdent des privilèges honorifiques, fiscaux, ceci dit le tiers-état possède aussi des privilèges.

Chaque ordre est hétérogène ; et en leur sein, les individus sont plus ou moins privilégiés : le haut clergé est très riche alors que le bas clergé ne reçoit que la portion congrue ; seule la haute noblesse reçoit des pensions du roi alors que la petite noblesse s’accroche désespérément à ses droits seigneuriaux pour survivre.

De ce fait les inégalités s’accroissent, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres.

Le classement se fait selon le service rendu à chaque ordre ; il est lié à la vocation, à la naissance, ou à l’estime accordée à certains rôles.

La présence de privilèges n’étant expliqués ni par le mérite ni par le service rendu à la nation, il est totalement injustifié.

Mais, après l’innovation de Louis XIV qui avait pris soin de ne pas séparer totalement les ordres, on exige, au XVIIIe siècle des quartiers de noblesse pour accéder aux différentes charges publiques.

Cette organisation de la société est figée par des principes dépassés, d’une autre époque car il ne prend pas en compte l’ascension récente de la bourgeoisie.

La société d’ordres et de privilèges est contestée par les non privilégiés.

Le clergé : 0,5 %

Origine : les nouveaux membres du clergé sont cooptés par les précédents, souvent sur des recommandations extérieures (Les notables et les nobles, lettrés et influents, voyaient leurs fils mieux traités que les roturiers)

  • Fonction : sociale et religieuse : instruction, culte, sacrements, assistance aux pauvres et aux malades, état civil.
  • Privilèges : il a des privilèges fiscaux (exemption de la taille) et judiciaires (tribunaux spéciaux).
    • Haut clergé : évêque, abbés ; issus de la noblesse, riches (dîme)
    • Bas clergé : prêtres ; issus du Tiers-état, pauvres (portion congrue)
  • Revendications :
    • Le haut clergé veut garder ses privilèges.
    • Le bas clergé attend une amélioration de ses conditions de vie.
La noblesse : 1.5 %
  • Origine : La noblesse est transmise par hérédité, s'achète ou se mérite (lettre d'anoblissement). On peut perdre sa noblesse par un travail manuel (déroger).
  • Fonction : militaire et administrative ; défend l’État (armée, marine), conseille le roi, gestion de ses biens.
  • Richesse : La noblesse n’a d’autre source de revenus que l’exploitation de ses propriétés, les droits seigneuriaux, le grand commerce maritime et le service du roi à la cour, à l’armée ou dans les hautes charges de l’État. Ainsi s’explique l’âpreté avec laquelle les nobles se disputaient les moindres faveurs du roi et défendaient leurs privilèges financiers.
  • Privilèges : ils ont des privilèges fiscaux (pas d’impôts directs), honorifiques (épée, chapeau, premier rang dans les cérémonies) et judiciaires (propres tribunaux). Il y a des privilèges pour un service rendu, mais la noblesse oublie le service et garde le privilège.
  • Divisions :
    • La vieille noblesse de sang, d’épée :
      • La haute noblesse : riche, vit à la cour (pensions du roi, droits seigneuriaux, location de ses terres).
      • La petite noblesse de campagne : pauvre (elle s’accroche aux droits seigneuriaux).
    • La noblesse récente : noblesse de robe acquise par l’achat de charges anoblissantes ; riche, cultivée, vit à la ville.
  • Revendications :
    • Elle veut conserver ses privilèges.
    • Elle revendique les hautes charges
    • Elle veut partager le pouvoir du roi dans une monarchie parlementaire où les parlements auraient le pouvoir législatif.
Le Tiers-état : 98 %
  • Fonction : économique et fiscale ; industrie, agriculture, artisanat. C’est un ordre qui travaille pour produire ce dont la collectivité a besoin.
  • Privilèges : ordre sans privilèges individuels. Mais les villes et les corporations ont des privilèges (économiques).
La bourgeoisie 
5 %
  • Origine : Au XVIIIe siècle, les transformations de la vie économique ont permis l’ascension de la bourgeoisie qui joue, par son activité et sa richesse, un rôle très important dans la vie de la Nation. Riches et cultivés, ils vivent en ville dans des hôtels particuliers.
  • Divisions :
    • Bourgeoisie marchande : banquiers, négociants, industriels
    • Bourgeoisie de robe : hommes de loi, officiers, professions libérales (médecins, savants, professeurs, artistes…)
  • Revendications :
    • Étant la classe dirigeante du pays au point de vue économique, elle aspirait à l’être au point de vue politique et social.
    • Elle veut une monarchie limitée, avec les trois pouvoirs séparés.
    • Elle veut l’égalité devant la loi, l’impôt et l’emploi.
    • Elle veut le libéralisme économique.
Les paysans 
85 %
  • Conditions de vie : les paysans ont des conditions de vie très difficiles en raison des lourdes charges et des faibles rendements agricoles. Ils se plaignent de leur exploitation fiscale.
  • Impôts :
    • Droits seigneuriaux :
      • Champart : prélèvement d'une part de leur récolte
      • Cens : versement d'une taxe monétaire
      • Corvées : service dû au seigneur
      • Banalités : L'utilisation du four, du moulin et du pressoir est soumise à l'impôt
    • Au roi: Taille
    • Au clergé: Dîme
  • Divisions :
    • Laboureur : paysan, propriétaire d'une terre, plus riche et instruit que la moyenne.
    • Tenancier : il a peu de terres et survit grâce au travail à domicile
    • Manouvrier : il loue ses services ; il est la première victime des famines
  • Revendications :
    • L’égalité devant l’impôt
    • La fin des droits seigneuriaux
Les artisans 
7 %
  • Conditions de vie : les artisans ont des conditions de vie difficiles en raison du chômage, des accidents du travail, des faibles salaires, des maladies, des famines…
  • Divisions :
    • Artisans des corporations
    • Ouvriers des manufactures
    • Petits métiers (marchands ambulants…)
    • Domestiques
    • Mendiants
  • Revendications : ils veulent du pain bon marché, ainsi que de l'argent que leurs vole le roi Louis
Crise financière

La France se trouve devant un déficit budgétaire dû à son intervention dans la Guerre d'indépendance des États-Unis.

Aussi, les dépenses jugées superflues, comme celles de la cour, sont-elles particulièrement impopulaires.

Les impôts, tout en pesant lourdement sur les contribuables, sont inégalement répartis et mal perçus pour pouvoir remonter les finances.

Crise économique

À cause d’une forte sécheresse, de grêle et d’un hiver très froid, l’année 1788 est catastrophique et la France connaît une importante crise alimentaire.

De plus, les récoltes de 1789 s’annoncent mauvaises.

Cela entraîne un manque de pain et une montée en flèche de son prix : entre janvier 1787 et juillet 1789, le prix du pain a augmenté de 75%.

La population dépense tout son argent pour l’achat du pain et ne peut plus acheter les produits de l’artisanat.

Les manufactures doivent restreindre leur production, réduisant au chômage.

La crise financière inquiète les créditeurs de l’État qui désespèrent de se faire rembourser.

Les attentes politiques sont de plus en plus vives.

La crise économique développe la peur de la famine, surtout pendant la soudure, au printemps 1789.

Le contexte est marqué par une angoisse populaire.

La crise sociale entraîne des tensions de plus en plus fortes entre les différents ordres.

Quelques révoltes éclatent : Avril 1789 

Faubourg Saint-Antoine, pillage de la fabrique de papier peint.

Ne pouvant emprunter d’avantage pour faire face au remboursement de la dette, les ministres de Louis XVI tentent de réformer le système fiscal.

En effet, on ne peut indéfiniment augmenter les impôts existants qui ne frappent que les plus pauvres, donc l’unique remède serait d’en faire porter le poids sur tous.

Mais toutes les tentatives de réforme se heurtent à l’opposition des deux premiers ordres du royaume, que leurs privilèges dispensent d’impôts directs.

Les difficultés financières françaises étaient insolubles et la monarchie française en est morte.

De 1774 à 1790, dix personnes se succèdent au poste de ministre des finances.

Cela montre l’incapacité du roi à soutenir ses ministres devant l’opposition des privilégiés.

1774-1776 

Avant même que la Guerre d’Indépendance des États-Unis ne crée un gouffre irrémédiable dans les finances de l’État, Turgot tente de relever les finances de l’État, qui est au bord de la banqueroute : « point de banqueroute, point d’augmentation d’impôt, point d’emprunts » a-t-il dit.

Il s’occupe d’abord de faire des économies, en luttant contre le gaspillage, en abaissant les frais de recouvrement d’impôts et en supprimant beaucoup d’offices inutiles.

Mais il ne peut obtenir du roi la réduction des dépenses de la cour.

Turgot s'attèle ensuite à libéraliser l’économie : il proclame d’abord l’entière liberté du commerce des grains, jusque-là soumis à une étroite réglementation (1774), puis la liberté du travail industriel par la suppression des corporations.

Mais il échoue devant la résistance générale des privilégiés.

Par ses réformes, il s’est attiré tant d’hostilité que Louis XVI le renvoie.

1777-1781 

Necker procède à de nombreux emprunts afin de financer la Guerre d’Amérique.

Il publie un compte-rendu qui explique pourquoi et comment le trésor royal se vide.

Mais il ne mentionne pas les dépenses liées à la guerre d’Indépendance des États-Unis.

Les dépenses de la cour, bien que ne représentant que 6% de l’ensemble, prennent un caractère scandaleux, parce que, à la différence des vaisseaux de guerre, elles apparaissent totalement injustifiées.

Aucun de ses successeurs ne pourra se passer de rendre publics les comptes, sauf à être accusé de vouloir dissimuler ses voleries.

1783-1787 

Calonne, ancien intendant, se voit confier le poste de ministre des finances.

Il affirme que pour inspirer confiance, il faut paraître riche et dépenser largement.

Il accorde donc à la reine, au roi et aux courtisans toutes les sommes qu’ils lui demandent.

Mais après trois années de semblables prodigalités, les banquiers refusent de nouveaux emprunts et Calonne se retrouve en présence de difficultés insurmontables.

Il lance un projet de réforme fiscale visant à la création d’un impôt unique.

Février 1787

Sachant que son projet se heurterait à l’opposition du Parlement, Calonne convoque une assemblée de notables, qu’on espère dociles, pour ratifier la réforme.

Mais ces notables, majoritairement issus de la noblesse, ne comptent pas lâcher leurs privilèges.

Ce désastre conduit au renvoi de Calonne.

1787-1788 

Brienne reprend à son compte les édits de Calonne.

Il renvoie les notables, mais se retrouve face au Parlement, furieux qu’on ait tenté de le court-circuiter.

Il tente de faire passer la réforme auprès du Parlement, mais échoue.

Le Parlement affirme que toute réforme fiscale relève de la représentation nationale et réclame la convocation des États Généraux.

En réclamant à cor et à cri la convocation des États Généraux, le Parlement de Paris, en majeure partie composé de nobles, ne pense absolument pas travailler pour le Tiers-état.

Il envisage de faire accorder aux États Généraux le contrôle de la gestion financière, mais en spéculant sur le fait qu’ils ne pourraient l’effectuer eux-mêmes puisqu’ils ne forment pas une assemblée régulière.

Il espère que la tâche lui sera alors confiée.

Il vise, en fait, à imposer la tutelle de l’aristocratie.

Et le Tiers-état est lui aussi favorable à la convocation des États Généraux car il espère que les réformes iront dans son sens.

Mais le roi refuse et exile le parlement à Troyes.

Une rébellion de toute la noblesse s’organise alors.

Les parlementaires réussissent à faire croire qu’ils défendent les intérêts de toute la nation, en présentant la loi sur l’impôt unique comme une charge supplémentaire qui pèsera sur les épaules du Tiers-état.

7 juin 1788 

Journée des Tuiles à Grenoble.

La révolte gagne les parlements de province. Lorsque l’armée royale tente d’arrêter les magistrats du parlement de Grenoble, la population, acquise aux parlementaires, monte sur les toits pour bombarder les soldats de tuiles. Le Parlement exige la convocation immédiate des États Généraux et invite les Français à refuser le paiement des impôts jusqu’à ce que le roi cède. Acculé à la banqueroute, le roi capitule : il convoque, pour 1789, les États Généraux (qui n’ont pas été réunis depuis 1614), pour voter les impôts. Pendant ce temps, la situation financière s’aggrave dangereusement, et seul Necker semble capable de gérer la crise.

1788-1790

Necker reprend la gestion des finances.

27 décembre 1788 : Sous la pression du Tiers-état, le roi accorde un doublement du nombre de ses députés ; ce qui revient à reconnaître la fin de la société d’ordres.

Février à mai 1789 

On organise les élections des États Généraux.

Le gouvernement décide que le bailliage servirait de circonscription électorale.

Les délégués rédigent des cahiers de doléance (60 000 en tout) qui expriment des plaintes et proposent des réformes.

Les Français sont profondément attachés à leur roi, mais attendent de grands changements.

Les revendications égalitaristes dépassent le domaine fiscal pour s’en prendre à l’organisation sociale figée en trois ordres inégalitaires. Personne n’envisage une révolution.

 

Bibliographie
  • Jean-Christian Petifils, Louis XVI
  • Simone Bertiere, Marie-Antoinette l'insoumise
  • François Furet, La Révolution
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