16 octobre 1793: Midi sonne
Midi sonne
Elle descend sans aide, monte les marches de l'échafaud, "à la bravade", rapporte un témoin.
Va-t-elle marcher sur le pied du bourreau ?
Perdre sa chaussure ?
Ou se taire en faisant choir son bonnet d'un mouvement crâne ?

Voilà le récit qu’on trouve dans le livre Histoire de la Conciergerie du Palais de Paris: depuis les origines jusqu'à nos jours (1031-1886) par Eugène Pottet, œuvre publiée en 1887 par Quantin à Paris (pp. 197-198)
Une demoiselle Fouché, fille d'une revendeuse de la rue Saint-Martin qui avait recueilli M. l'abbé Magnin (pendant la révolution M. Charles), parvint, après des efforts inouïs, à pénétrer dans le cachot de la Reine.
Son but était d'adoucir son sort, autant que cela était matériellement possible et de lui faciliter l'obtention de secours religieux.
Bien que contestés par plusieurs auteurs, les faits que nous allons raconter, paraissent cependant véridiques.
Suivant M. le comte de Robiano (Fragments historiques), Mlle Fouché, après argent donné à Richard (prédécesseur de Bault), fut introduite auprès de la Reine au milieu de la nuit
Elle la trouva levée.
Tout d'abord, Marie-Antoinette se montra surprise et défiante.
Mlle Fouché, après avoir parlé avec elle, lui offrit quelques aliments et lui manifesta l'intention de manger la première, mais elle n'obtint pas de réponse satisfaisante.
En la quittant, elle lui demanda si elle devait revenir
« Comme vous voudrez », lui répondit la Reine.
Voici, du reste, le récit de Mlle Fouché à ce sujet :
« La Reine fut surprise de mon apparition. Elle fut d'abord dans la crainte, mais elle comprit bientôt qu'elle pouvait avoir toute confiance en moi et que je lui étais toute dévouée. Je lui parlais de M. l'abbé Magnin et je lui proposai de lui conduire cet excellent prêtre.
« Mais, répondit-elle, vous en connaissez donc un qui ne soit pas jureur?
« Rassurée sur ce point, auquel elle attachait la plus grande importance, il fut convenu que je chercherais à lui amener M. l’abbé Magnin.
« Richard, voyant que nous avions grand soin de ne pas le compromettre consentit à ouvrir le cachot à l'abbé Magnin.
« La reine se confessa, plusieurs fois, à lui, et environ quinze jours après son admission, ce saint prêtre lui apporta la communion dans une boîte suspendue sur sa poitrine. »
Quelques jours après, Marie-Antoinette voyant arriver le moment de son jugement, pria Mlle Fouché de demander au nouveau concierge, Bault, d'autoriser l’abbé Magnin à lui dire la messe.
Cette faveur fut accordée.
L’abbé Magnin apporta tout ce qui était nécessaire pour cette cérémonie et dit la messe sur une simple table recouverte d'un linge.
La Reine communia, paraît-il, ainsi que deux des gendarmes (1) chargés de la garder, pendant que deux autres envoyaient de la famée de tabac à travers le paravent qui les séparait du cachot.
M. Charles (l’abbé Magnin) aurait revêtu pour pénétrer dans la prison un uniforme de garde national.
La communion de la Reine à la Conciergerie a été mentionnée par Rosalie Lamorlière.
Il en est question dans les ouvrages de Campardon, de Troche, dans les « Souvenirs » de Mme la marquise de Créquy, dans le Dictionnaire historique (t. VIII), dans la Déclaration du vicomte de Walsh, etc.
Enfin une peinture de Drölling (1817), qui se trouve encore actuellement dans le cachot de la Reine, en a consacré le souvenir.
Ce tableau, dit Communion de la Reine, représente, outre la prisonnière, M. l’abbé Magnin, Mlle Fouché et les deux gendarmes.
Cet acte religieux accompli, on s'explique dès lors parfaitement que la Reine ait refusé, à ses derniers moments, les secours du prêtre qui lui fut envoyé, M. Girard, prêtre assermenté, ancien curé de Saint-Landry.
On ajoute, du reste, que M. l’abbé Magnin (2), tombé malade, peu de temps avant l'exécution de la Reine, avait été remplacé auprès d'elle par M. Cholet, prêtre vendéen, qui lui donna les sacrements la surveille de sa comparution devant le tribunal révolutionnaire.
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(1) L'un était officier, l'autre simple brigadier
(2) M. l’abbé Magnin est mort curé de Saint-Germain-l'Auxerrois. Il avait quatre-vingt-trois ans.
On a cité pour contredire le témoignage de Mlle Fouché ces mots de la Reine dans sa dernière lettre ou « testament » :
« Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j’ai été élevée et que j’ai toujours professée, n’ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s’ils y entraient une fois. »
Mais il est tout à fait naturel que Marie-Antoinette écrivît de cette façon pour dérouter ses bourreaux, qui allaient assurément lire sa lettre adressée à Madame Elisabeth : elle en effet ne voulait aucunement compromettre le prêtre qui avait risqué sa liberté et même sa vie pour la secourir spirituellement.
On peut donc croire pieusement, avec fondement, qu'elle mourut en Reine Très Chrétienne.