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21 Jan

21 janvier 1793: 5 H du matin

Publié par Louis XVI  - Catégories :  #[1789-1793]

Lundi 21 janvier 1793 

A cinq heures

Il fait encore nuit noire sur Paris

 

Cléry son fidèle serviteur réveille le Roi, comme celui-ci le lui a demandé la veille

Il allume le feu pour réchauffer les dernières heures de Louis XVI

En cette aube blafarde, le souverain déchu s'apprête à effectuer l'ultime voyage, qui le mènera de la prison du Temple à l'échafaud

Au peu de bruit qu'il fait, Louis XVI ouvre les yeux, tire son rideau

- Cinq heures sont-elles sonnées ?

- Sire, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.

- J'ai bien dormi, soupire celui qui n'est plus désormais que Louis Capet. "J'en avais besoin, la journée d'hier m'avait fatigué".

Il s'exprime, comme d'habitude, avec calme.

Le tempérament de Louis XVI n'a jamais été sanguin ni volcanique.

Ce détachement, aujourd'hui le protège, il le sait.

Celui qui fut roi de France ne perdra pas la face, juste la vie : ainsi en a-t-il décidé.

Où est M. de Firmont.

- Sur mon lit.

- Et vous? Où avez-vous dormi?

- Sur cette chaise.

- J'en suis fâché, murmure Louis XVI, soucieux toujours du bien-être de ses serviteurs.

- Ah, sire, dit Cléry en lui baisant la main, puis-je penser à moi dans ce moment?

Il fait sa toilette à l'ordinaire en repensant à la journée de la veille, celle de sa condamnation, des touchants adieux à sa famille.

Il avait demandé un délai de trois jours à ses juges pour se préparer à la mort, on ne lui a accordé que l'assistance d'un prêtre et une ultime rencontre avec les siens.

L'abbé Edgeworth de Firmont, le confesseur qu'il a choisi, s'est entretenu avec lui.

Puis Marie Antoinette, Madame Elisabeth, sa soeur, le petit dauphin et Madame Royale, ses deux enfants chéris, sont venus le voir.

La famille est restée réunie pendant près de deux heures.

Le roi parlait, tâchant d'expliquer sa condamnation, pendant que les siens pleuraient.

Ils se sont quittés sur la promesse de se revoir encore une fois, à l'aube du tout dernier jour.

Mais à présent, l'abbé de Firmont, qui l'a rejoint dans le cabinet de la Tourelle, déconseille cette entrevue, songeant que la douleur serait fatale à Marie Antoinette.

Pour l'amour de la reine, le roi se résout à se priver de cette ultime consolation.

 

 

Cléry habille le Roi.

Il lui change sa chemise, lui mit le gilet blanc qu'il portait la veille et lui passa l'un de ses deux habits marron pâle, doublé de toile fine écrue et orné de boutons de métal doré

Sur le rebord de la cheminée Louis déposa sa montre et son anneau nuptial qu'il regarda longuement.

Sur cet anneau d'or était écrit: (MAAA (Marie Antonia Arciduscissa Austriae) et 19 aprilis 1770 (date du mariage par procuration)

Puis Louis sortit de son habit son portefeuille, sa lorgnette, sa boite à tabac, sa bourse et quelques menus objets

et coiffe son maître devant plusieurs municipaux qui, sans respect, sont entrés dans la chambre.

Le Roi, pour la première fois depuis le 9 août, assiste à la messe

L'abbé a obtenu de la Commune de faire venir dans la nuit de la paroisse Saint-François d'Assise tous les objets nécessaires à la célébration

Puis Cléry transporte une commode au milieu de la pièce (la chambre du Roi) pour servir d'autel de fortune et le recouvre d'une nappe

Le Roi lui demanda de servir la messe

Pendant ce temps, l'abbé revêtait la chasuble tissée d'or et d'argent et semée de bouquets multicolores

La messe commence à 6 H

  Louis XVI entend sa dernière messe, concentré et recueilli.

 Les bruits venus du dehors annoncent le rassemblement des gardes nationaux qui vont l'escorter jusqu'à l'échafaud. 

 Cela ne perturbe en rien le recueillement de Louis, pas plus que les incessantes allées et venues des gardes municipaux
   
 
 A 7 H
 
 Le roi appelle Cléry, le remercie pour la fidélité qu'il a témoignée tout au long des jours sombres. Il lui confie un sachet contenant des mèches de cheveux de ceux qu'il aime et son cachet, destiné au dauphin, le futur Louis XVII. 
 
 Pour sa femme, il lui remet son anneau de mariage.
  "Je vous charge de leur faire mes adieux"murmure-t-il, éclatant en sanglots. 
 
 Louis XVI voudrait aussi que Cléry lui coupe aussi les cheveux. 
 Mais on lui refuse les ciseaux par crainte qu'il ne se donne la mort. Puis Louis XVI veut de nouveau s'entretenir avec son confesseur. 
 
 A 9 H
 Santerre, commandant de la Garde Nationale, ouvre brutalement la porte. 
 
 A la dizaine de gendarmes et de gardes qui s'apprêtent à l'emmener, le roi lance avec autorité : "Je suis en affaire". Et il prend le temps de s'agenouiller devant l'abbé de Firmont afin de recevoir une dernière fois sa bénédiction. 
 
 Après quoi, il est prêt. 

 

Les municipaux se retirèrent dans l'antichambre dont on garda un des battants ouvert

   http://4.bp.blogspot.com/_wwe_WiNJu8s/R5S-k136wWI/AAAAAAAAArQ/BiowvceHsm0/s400/Jean-Jacques%2BHauer,%2BLa%2Bconfession%2Bde%2BLouis%2BXVI%2Bpar%2Bl%27abb%C3%A9%2BEdgeworth.jpg

Louis XVI demeure à genoux pendant toute a durée de l'office

Il communie dans le plus profond recueillement, recevant ainsi le viatique (du latin viaticum « provisions de voyage ») est l'eucharistie donnée à un mourant)

C'est la fête de Sainte Agnès, vierge et martyre

Le Roi resta quelques moments en prière après la messe, puis alla s'asseoir, près du poêle pour se réchauffer

"Mon Dieu, dit-il à son confesseur, que je suis heureux d'avoir conservé mes principes! Sans eux, où en serais-je maintenant? MAis, avec eux, que la mort doit me paraître douce! Oui, il existe en haut un juge incorruptible qui saura bien me rendre la justice que les hommes me refusent ici-bat"

Il est prêt

http://vierville.free.fr/PhotosDocuments4/Firmont.jpg

L'abbé Edgeworth

par alix - Collection Lenôtre

Henry Essex Edgeworth, né à Edgeworthstown, dans le comté de Longford, en Irlande en 1745 et mort le 22 mai 1807 à Mittau, également connu sous le nom d’abbé Edgeworth de Firmont, est un prêtre catholique et confesseur de Louis XVI.

L'abbé le supplia instamment de ne pas revoir sa famille malgré la promesse de la veille, épreuve qu'elle n'aurait pas la force de soutenir

"Vous avez raison, répondit-il tout en laissant paraître l'expression d'une profonde douleur, ce serait lui donner le coup de la mort; il vaut mieux me priver de cette douce consolation et la laisser vivre l'espérance quelques moments de plus"

7 H

Après s'être entretenu une dernière fois avec l'abbé dans la tourelle, le Roi rentre dans sa chambre et attirant Cléry dans l'embrasure de la fenêtre, lui confia, à destination du Dauphin, un petit cachet portant l'écusson de France

- Vous lui remettrez ce cachet, vous donnerez cet anneau à la reine, dites-lui que je le quitte avec peine...

Ce petit paquet contient des cheveux de toute ma famille, vous le lui remettrez aussi.

"Dites à la reine, à mes chers enfants, à ma soeur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j'ai voulu leur épargner la douleur d'une séparation si cruelle. Combien il m'en coûte de partir sans recevoir les derniers embrassements! "

Et, essuyant une larme, il ajouta:

"Je vous charge de leur faire mes adieux"

Les municipaux s'étaient approchés, et voyant les objets dans les mains du serviteur, se concertèrent et décidèrent de les lui laisser provisoirement

(Ses reliques remises ensuite au conseil du Temple, furent audacieusement dérobées par le municipal Toulan, de garde dans la nuit du 26 au 27 janvier, qui força le tiroir de la commode où elles se trouvaient. Toulan les remit secrètement à la reine. Lorsque le même Toulan parvint à introduire au Temple le général de Jarjayes, dans le but de faire évader la famille royale, la reine les confia à ce dernier, avec un court billet signé d'elle, du dauphin, devenu louis XVII, de Madame Royale et de Madame Elisabeth. c'est par ce canal que le dépôt parvint aux mains du comte de Provence)

 

Le Roi a demandé des ciseaux pour que Cléry lui coupe les cheveux au lieu du bourreau.

Nouvelle concertation d'une demie-heure

Le conseil finalement refusa de remettre les ciseaux demandés

"Ces gens-là voient partout des poignards et du poison, dit en souriant ; ils craignent que je me tue. Héla ! Ils me connaissent bien mal: me tuer serait une faiblesse. Non, puisqu'il le faut, je saurai mourir"

Le jour commençait à poindre

Paris était sous les armes depuis les premières heures de la nuit

Des affiches placardées la veille avaient annoncé l'exécution publique pour le lendemain

Dans l'aube triste de ce dimanche d'hiver, un grand bruit environne la Tour.

Alertées par la Commune, toutes les troupes de Paris sont sous les armes.

L'assassinat, la veille au soir, de Lepeletier de Saint-Fargeau, l'exalté Montagnard, tué d'un coup de sabre par l'ancien garde du corps Deparis, a fait redoubler les précautions militaires.

Partout les tambours battent la gênéraie.

Les sections armées défilent dans les rues, les vitres résonnent du passage des canons sur les pavés.

 

 Louis XVI remet son testament au municipal Jacques Roux. 
 
 Puis il demande instamment que son cher Cléry soit bien traité après sa mort, que nul ne lui tienne rigueur de sa fidélité. 
 "Allons!"
 
 Le mot du roi sonne comme un ordre. 
 
 Louis Capet sort dans le brouillard glacé qui s'est abattu sur Paris.
 
 Il traverse la cour du Temple, se retournant vers le donjon où sa famille est emprisonnée. 
 Il prend place dans une voiture fermée, en compagnie de son confesseur et de deux gendarmes. 
 
 Tandis que le véhicule s'ébranle, Louis prend le bréviaire de l'abbé et se met à réciter les psaumes des agonisants. Lorsqu'il se tait, le roi "entend" le lourd silence de la foule contenue par deux haies de gardes nationaux. 
 Les Parisiens se sont massés tout au long du chemin qui mène du Temple à la Place de la Révolution, qui deviendra la Place de la Concorde. 
 Parfois, un "grâce" s'élève timidement. 
 Soudain, la voiture s'immobilise.
  "Nous voilà arrivés", constate le roi. 
 La portière est ouverte par le bourreau. 
 Calmement, Louis descend. 
 D'un pas tranquille, il s'avance, regardant l'échafaud dressé au début des Champs Elysées et faisant face aux Tuileries 

 

 

 

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