16 octobre 1793: 8 H
8H
Marie-Antoinette a tant perdu de sang depuis la veille!
La Reine ne devait pas être conduite au supplice dans sa tenue de veuve
La malheureuse étale sur le lit une chemise neuve, se glisse dans la petite ruelle aménagée entre le lit de sangle et la muraille et laisse tomber sa robe noire
Sur un geste de la Reine, la jeune servante vient se placer devant elle, elle se baissa dans la ruelle et abattit sa robe afin de changer de linge pour la dernière fois mais l'officier de gendarmerie s'avance et penché au-dessus du traversin, regarde...
Sa Majesté aussitôt remit son fichu sur ses épaules et, avec une grande douceur, elle dit à ce jeune homme:
"Au nom de l'honnêteté, Monsieur, permettez que je change de linge sans témoin"
"Je ne saurais y consentir, répond l'homme brusquement, mes ordres portent que je dois avoir l'oeil sur tous vos mouvements"
La Reine soupire...et, avec toutes les précautions et toute la modestie possibles", enlève sa chemise tachée
Elle veut mourir en blanc
Le deuil des Reines
Sur sa chemise neuve elle passe le déshabillé blanc qu'elle met habituellement le matin, puis elle déploie un grand fichu de mousseline qu'elle croise haut, sous le menton et se coiffe d'un bonnet blanc de linon (Fine toile de lin), sans voile de deuil
Rosalie la voit ensuite "rouler soigneusement sa pauvre chemise ensanglantée, la refermer dans une de ses manches comme dans un fourreau", puis porter autour d'elle "des regards pleins d'anxiété comme pour chercher quelque objet qu'elle craignait de pouvoir découvrir", soudain, avec "l'expression d'une ineffable satisfaction", elle glisse le linge souillé dans un renfoncement qu'elle venait d'apercevoir dans le mur derrière un lambeau de la toile à papier
Sans oser lui dire au revoir, Rosalie la quitte et l'horrible attente commence ... Ici s'arrête pour nous le témoignage de Rosalie Lamorlière,
Sous son léger déshabillé de piqué blanc, Marie-Antoinette tremble de froid
L'abbé Girard, prêtre-jureur envoyé par le Tribunal entre
Il lui conseille de mettre son oreiller sur ses jambes
Il lui offre ensuite "les services de son ministère"
La condamnée refuse...
et, en dépit de l'indifférence de la reine, qui ne veut pas du ministère d'un prêtre jureur, il reste à ses côtés.
"Mais, Madame, que dira-t-on lorsqu'on saura que vous avez refusé les secours de la religion dans ces suprêmes moments ?"
"Vous direz aux personnes qui vous en parleront que la miséricorde de Dieu y a pourvu"
Timidement, le prêtre demande:
"pourrai-je vous accompagner Madame ?"
"Comme vous voudrez"
Quelques instants plus tard elle interroge le gendarme:
"Croyez-vous que le peuple ma laissera aller à l'échafaud sans me mettre en pièces?"
Larivière entre dans le cachot et, avec une pauvre voix, Marie-Antoinette lui dit:
"Larivière, vous savez qu'on va me faire mourir ?"
A cette même heure, les conjurés se dirigent vers la rue Saint-Honoré où doit passer la suppliciée
En se rendant à leur poste ils sont pleins d'espoir: ils seront cins cents tout à l'heure
Quinze cents même, pensent certains ! et bondiront sur la charrette
Quels sont ces ultimes défenseurs de Marie-Antoinette qui vont perdre leur vie pour sauver celle de la Reine ?
D'anciens gardes du corps?
D'anciens officiers de la Maison de la Reine ?
D'anciens amis de Trianon qui, autrefois, pour baiser le bout des doigts roses de leur Souveraine, se seraient fait tuer?
Non !
A la tête de la conspiration se trouve une ancienne ouvrière qui a perdu la vue en faisant de la dentelle; c'est une auvergnate, bossue, nommée Catherine Urgon, femme Fournier
Son état-major est composé de son fils, un décrotteur de 14 ans et de deux perruquiers: Guillaume Lemille et Jean-Baptiste Basset
Ce dernier, âgé de 18 ans et demi a réussi, à lui tout seul, à réunir 460 hommes
Leur quartier général se tient chez un marchand de vin de la rue de la Vannerie, à l'enseigne de La Cave des Charbonniers
Leurs principaux lieutenants? Deux serruriers, trois pâtissiers, deux marchands de vin, deux épiciers, deuxc charcutiers, deux convoyeurs, deux maçons, un rémouleur, un peintre en bâtiment, un jardinier, un fripier, un limonadier...et quatre perruquiers !
Et tous demeurent dans la Section des Incorruptibles, autrement dit la Section des Arcis qui s'étend au nord de la place de Grève à deux pas de la Conciergerie
ils ont comme signe de ralliement une petite carte ronde portant à son centre un coeur et sur son pourtour ces mots:
"Vive Louis XVII, roi de France"
Leurs principales "forces" ont été recrutées parmi les Volontaires casernés à Vanves et à Courbevoie
on parle de 15 000 hommes et la dentellière bossue et aveugle sait leur parler !
"Il ne nous faut pas des gens à paroles ! il faut des braves, des gens qui sachent frapper ! Enfin tous des "Charlotte Corday" !
Au début du mois, ils avaient tout d'abord voulu se ruer sur la Conciergerie
"Il faut agir tout de suite, s'était écrié l'un des perruquiers, sans cela cette malheureuse périra !"
Leurs armes ? 15 00 pistolets !
Leur plan? Il était ingénieux et dû au jeune Basset: allumer, de jour tous les réverbères du quartier, de façon que, faute d'huile, ils s'éteignent au milieu de la nuit
Profitant de l'obscurité, on se serait alors porté en masse à la Conciergerie
Mais six bas policiers, ont eu vent du projet
En se faisant passer pour ardents royalistes, ils ont réussi à capter la confiance des perruquiers et à faire différer l'attaque de la prison...à la faire tellement retarder que le procès avait commencé
La bossue manifesta alors " un désespoir affreux"
"il n'y a pas un instant à perdre pour sauver la pauvre Reine. Il faut absolument que l'on donne des ordres pour faire un rassemblement et enlever la condamnée au cours du trajet !
Et ordre est donné aux conjurés de se porter rue Saint-Honoré...
A la même heure, Hermann, flanqué des juges Foucauld et Douzé-Verteuil, pénètre dans le cachot
Fabrius, tenant une grande feuille de papier à la main, les suit
La condamnée qui prie, à genoux, auprès de son lit, se lève
"Soyez attentive, déclare Hermann, on va vous lire votre sentence"
Contrairement à la coutume, les quatre hommes habillés de noir enlèvent leur chapeau
ils semblent "saisis" devant l'air majestueux de la condamnée qui leur déclare, en élevant la voix:
"Cette lecture est inutile, je ne connais que trop cette sentence"
"il n'importe, déclare l'un des juges, il faut qu'elle vous soit lue une seconde fois"